| Mohamad
Habib. Un nom qui commence à prendre de plus en plus d’ampleur
au sein de la confrérie des Frères musulmans. Numéro deux du
groupe, Habib a commencé, depuis avril dernier, à représenter
les Frères devant les médias à l’occasion d’événements importants.
Le dernier en date fut celui de la conférence tenue par la confrérie
le 30 juin dernier pour annoncer la formation de l’Alliance
nationale pour la réforme et le changement ayant pour but d’accélérer
la réforme politique. Le responsable de la confrérie qui a invité
les différents partis et courants politiques à cette conférence
n’était autre que Mohamad Habib. Or, ceci est normalement le
rôle du guide spirituel du groupe, Mahdi Akef.
Il s’agissait d’une
conférence à laquelle ont participé les partis du néo-Wafd (libéral)
et du Travail (de tendance islamiste, suspendu), le parti en
stade de formation Al-Karama (gauche), le courant des socialistes
révolutionnaires, le mouvement du rassemblement national pour
le changement ainsi que des représentants du mouvement de protestation
Kéfaya (qui n’étaient pas présents de façon officielle).
Aujourd’hui même,
mercredi 13 juillet, Mohamad Habib, à la tête d’une grande délégation
des Frères musulmans, et avec la participation des forces politiques
ayant pris part à l’Alliance, manifestera devant le palais présidentiel
de Abdine en plein centre-ville au Caire. Une manifestation
qui a été décidée lors de la conférence du 30 juin. Pour les
membres de la confrérie, il est devenu normal de voir Habib
à la tête d’un tel événement. En effet, au cours des trois derniers
mois, c’était le numéro deux du groupe qui organisait leurs
manifestations. Il a même pris une grande partie des prérogatives
du guide spirituel.
Tout cela à provoqué
des rumeurs, selon lesquelles la confrérie interdite souffrait
de scissions internes. Certains observateurs sont même allés
jusqu’à prévoir la prochaine nomination de Mohamad Habib au
poste de guide spirituel et la mise à l’écart de Akef. Des rumeurs
fermement niées par ce dernier. « Ces nouvelles erronées sont
répandues par des journaux et des chaînes de télévision financées
par des parties qui profitent de ces rumeurs », affirme Mahdi
Akef. Et d’insister : « Toutes les décisions de la confrérie
sont prises après des consultations internes. Personne ne peut
prendre une décision sans prendre l’avis du reste du groupe.
C’est là le secret de notre force. Je suis d’ailleurs fier d’être
le guide spirituel de cette forte formation ».
Mohamad Salah,
journaliste spécialisé dans les affaires de la confrérie, est
du même avis : « Je ne crois pas qu’il y ait des conflits au
sein de la confrérie, vu leurs principes très stricts. En fait,
toute opposition à la direction est interdite. Celui qui refuse
ce système ou qui pense le transgresser n’a qu’à quitter le
groupe. C’est ce qui est arrivé avec certains membres de la
confrérie qui ont formé un nouveau parti ». Salah estime également
que Akef est un homme fort qui jouit d’une grande estime de
la part des membres. « Pour eux, c’est un héros qui a passé
20 ans consécutifs en prison. A mon avis, ce qu’on voit actuellement
n’est autre qu’un partage des rôles entre Akef et Habib », ajoute
Mohamad Salah. Selon lui, Habib est plus jeune et plus dynamique,
ce qui le rend plus apte à représenter la confrérie dans des
événements comme les manifestations.
Un dissident de
la confrérie, qui fait partie du groupe désireux de fonder un
nouveau parti, Al-Wassat (Le Centre), renchérit en gardant l’anonymat
: « Les problèmes existent au sein du groupe depuis les années
1970. Mais la direction a toujours tenu à ce que ces conflits
n’apparaissent pas pour montrer une image forte et unifiée du
groupe ». Selon cet ancien membre des Frères musulmans, le choix
de Mahdi Akef à la tête du groupe a été fait dès le départ.
En fait, il a toujours été de coutume que le guide spirituel
appartienne à l’ancienne garde. Par ailleurs, les assistants
du guide doivent appartenir à la génération plus jeune. Car,
ce sont eux qui sont les véritables décideurs. C’est donc le
cas du premier adjoint de Akef, Mohamad Habib. Mais aussi de
Mahmoud Ezzat, secrétaire général de la confrérie, et de Khayrat
Al-Chater, deuxième adjoint de Akef.
Nabil Abdel-Fattah,
chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram, explique : « En avril dernier, Mahdi Akef a fait
des déclarations selon lesquelles les Frères ne voulaient pas
un changement constitutionnel et qu’ils acceptaient la candidature
du président Moubarak à un nouveau mandat présidentiel. Ces
déclarations ont déplu aux membres de la confrérie ». Et d’ajouter
: « Les membres de la confrérie, notamment les jeunes, n’ont
pas adopté cette politique de Akef qui fait partie de l’ancienne
garde et ont plutôt opté pour les tendances plus ouvertes de
Habib ». Selon Abdel-Fattah, la personnalité de Habib, appelé
« l’homme de fer », l’a aidé à imposer sa domination sur la
confrérie, même de façon indirecte. « Les conflits des Frères
doivent toujours rester secrets », affirme Abdel-Fattah. Il
s’attend donc à ce que la situation actuelle perdure, sans que
ceci ne conduise à une scission au sein de la confrérie .
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