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Terrorisme. Fortement affectée par les attentats qui ont frappé Londres jeudi dernier, la communauté musulmane redoute une recrudescence des actes islamophobes à son égard. Reportage.

Les musulmans dans l'angoisse

Londres,De notre correspondante —

Mosquée de Londres. La prière du vendredi est perturbée en raison du climat de terreur né des attentats. La présence de la police est renforcée pour éviter tout acte de haine. La communauté musulmane britannique est une fois de plus prise de panique et craint des actes de représailles. Pour se démarquer des attentats terroristes, l'Association islamique de Grande-Bretagne (The Moslem Association of Britain, MBC), qui a fortement condamné les attaques, a lancé un appel pour que les prières de ce vendredi soient consacrées aux victimes des attentats. Dans son prêche, l'imam, cheikh Abdul Qayum, condamne ces actes de violence. Il veut que les criminels soient poursuivis et punis « quelle que soit leur religion. Les musulmans de Londres sont eux aussi des victimes autant que leurs concitoyens ». L'une des familles musulmanes d'origine bengale présente se sent particulièrement concernée. Ses prières sont consacrées à Sahara Islam, 22 ans, disparue depuis les attentats. A la sortie de la prière, son grand-père, un vieux barbu tend, d'une main tremblante, une photo d'une jeune fille souriante vêtue d'une robe bengale, de couleur bleue. Dr Hasan, l'oncle de Sahara, explique : « Elle a été probablement piégée dans le tunnel entre les deux stations d'Aldgate et de Liverpool. Elle a deux portables et aucun d'eux ne répond. Jusqu'à présent, elle n'a été admise dans aucun hôpital ».

La photo de Sahara n'est seulement pas exposée à la mosquée. On la trouve, avec d'autres photos de disparus, devant les stations de métro mais aussi sur la une des journaux londoniens. L'Evening Standard, quotidien du soir qui ne s'est jamais peut-être aussi bien vendu. Sa « Une » au lendemain des attentats a été consacrée à trois disparus, Jamie, Neetu et Mike. Un Blanc, une Indo-Pakistanaise et un Vietnamien. Trois victimes d'origines différentes qui incarnent le caractère multiracial de Londres. Toutefois, si la presse dans sa quasi-totalité souligne l'unanimité de la société face à ces attaques, la crainte d'actes de haine anti-raciale est bien présente. Le spectre de l'après-11 septembre est toujours là.

Pourtant, cette fois-ci, la police et les médias ont en fait bien réagi. C'est ce qu'estime Massoud Shardjarareh, directeur de l'Association islamique des droits de l'homme, réputé pour ses virulentes critiques à l'égard de la police. Selon lui, la police et les médias ont été beaucoup plus compréhensifs, plus protecteurs à l'égard des communautés musulmanes qu'il y a 4 ans. « Le Home Office (ministère de l'Intérieur) a bien fait de ne pas vouloir désigner une communauté en particulier en tant que suspect. Tony Blair a été le seul à faire cette gaffe d'associer l'islam aux événements de jeudi », estime-t-il.

Cela dit, le discours officiel n'a pas porté ses fruits partout dans le pays. Et malgré la retenue générale, certains abus ont eu lieu. Selon l'Association islamique des droits de l'homme, certaines femmes voilées ont été agressées dans le centre de Londres et trois mosquées ont été attaquées. A Kent, dans le sud-est de la capitale, un temple sikh, pris pour une mosquée, a été aussi sujet de représailles. Au total, une soixantaine d'incidents ont été aussi rapportés à la police. Un chiffre qui pourrait être en deçà de la réalité car certains actes individuels ne sont pas répertoriés.

Finsbury Park. Autre mosquée, la Muslim Welfare House. Les fidèles se font rares. Les têtes blondes, des journalistes pour la plupart, sont bien plus nombreuses. Le directeur de la mosquée, Fadi Itani, distribue un prospectus sur lequel est affiché : « Venez et rencontrez vos voisins ». Il prépare des journées « portes ouvertes ». « Nous avions fait un gros travail d'explication après le 11 septembre, afin de dissocier l'islam de ce genre d'actions. Peut-être va-t-il falloir que nous recommencions ». Pour lui, il est nécessaire que les gens connaissent « le véritable esprit de l'islam ». Une tentative de se mettre à distance des attentats commis, notamment dans ce quartier du nord-est de Londres, surnommé le Londonistan en raison notamment des prêches enflammés que tenait le prédicateur Abou-Hamza Al-Masri, un Britannique d'origine égyptienne avant son arrestation pour incitation à la haine raciale. Ici, plus de 80 % de la population est musulmane. Si le directeur de la mosquée essaye de maintenir un discours apaisant et serein, contrairement à son prédécesseur, les habitants sont plutôt sur la défensive. S'éclipsant au plus vite, leurs réactions sont très réservées. Polies mais fermées, du genre « pas de commentaire ». Ou bien politiquement correct : « Ça n'a rien avec l'islam. C'est terrible ... »

Autre quartier à majorité musulmane, même ambiance. A Edgewarde Road, la communauté arabe est toujours sous le choc. La station du métro au coin de la rue a été l'une des cibles des attaques. Ce quartier est réputé par la forte présence des Arabes, résidents, mais aussi touristes en provenance de la région du Golfe. Ici, on favorise la théorie du complot anti-musulmans. Pour Ahmad Firsi, journaliste à Moslems News, « Ce crime a été commis contre les musulmans et la société britannique rien que pour semer la zizanie entre eux ». Des associations musulmanes avaient lancé des appels aux femmes voilées de ne sortir qu'en cas de besoin. « Notre expérience de 2001 nous a appris que les femmes voilées sont les plus vulnérables dans ce genre de situation », justifie Ahmad Cheikh, chef de l'Union musulmane de la Grande-Bretagne. Un mot d'ordre moyennement suivi. « Il fallait tout de même que je me rende à mon travail », explique une jeune professeur voilée. Et d'ajouter : « J'ai pris l'habitude d'ignorer les intimidations dans la rue. Même si cette fois-ci j'ai eu un peu plus peur en prenant le bus ». Un sentiment partagé par bien d'autres ... .

Khouloud Al-Gamal
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Un travail de fourmis
L'enquête sur les attentats de Londres s'annonce longue. Mais la piste islamiste reste privilégiée.

Premier élément de trouble sur l'enquête sur les attentats terroristes qui ont frappé Londres jeudi dernier : l'existence de deux revendications. Après une première revendication le jour même des attentats par une organisation Al-Qaëda/Djihad en Europe, ces attentats ont de nouveau été revendiqués samedi par un groupe affirmant appartenir à l'organisation terroriste d'Ossama bin Laden, le même qui avait revendiqué les attaques des trains à Madrid le 11 mars 2004 (191 morts). Cette deuxième revendication est signée des Brigades Abou-Hafs Al-Masri-Division d'Europe. Dans le même temps, officiellement, aucune arrestation n'a encore été effectuée, mais la presse britannique regorge de rumeurs visant des supposés militants islamistes, d'origine marocaine ou syrienne. Scotland Yard est resté muet sur des informations de presse selon lesquelles il aurait demandé l'aide des polices européennes pour retrouver Mohammed Al-Guerbouzi, un Marocain soupçonné d'être l'un des chefs du Groupe Islamique Combattant Marocain (GICM), et disparu de son domicile près de Londres depuis des mois. « Toute référence dans la presse concernant cette personne ne constitue pour l'instant que de la spéculation », a déclaré un porte-parole de Scotland Yard. De son côté, Al-Guerbouzi a démenti dimanche être recherché par les autorités dans une déclaration qu'il a lue sur la chaîne qatari Al-Jazeera.

Un autre militant islamiste, Moustapha Setmariam Nasar, un Syrien, est apparu à la Une de la presse dominicale britannique. Selon le Sunday Times, cet homme serait l'un des organisateurs des attentats de Madrid et est soupçonné d'avoir établi des « cellules dormantes » d'Al-Qaëda au Royaume-Uni. Là encore, aucune réaction officielle de Scotland Yard.

Pour le moment, ce dernier se contente de donner des précisions sur les attaques, révélant que les bombes qui ont ensanglanté le métro londonien ont explosé dans un intervalle de 50 secondes, alors que celle qui a été déposée dans un bus à double étage a explosé près d'une heure plus tard.

Le numéro 3 de Scotland Yard, Brian Paddick, a par ailleurs jugé vraisemblable que les bombes aient été déclenchées par un détonateur à retardement, plutôt que manuellement. D'autre part, selon les experts, la nature des explosifs montre qu'il s'agit d'attentats de « professionnels ». Scotland Yard a en outre estimé que « rien ne suggère la version d'un attentat-suicide » à propos du bus, sans écarter toutefois cette possibilité. Une bombe laissée sur un siège ou sur le sol et déclenchée à distance peut très bien être à l'origine de l'explosion.

Pour le moment, Scotland Yard fait appel aux témoignages. Il comptera aussi sur les caméras de surveillance dont Londres regorge et dont sont pourvus nombre de transports. Les messages échangés sur le Net, ainsi que les communications téléphoniques portables seront traqués.

Un travail de fourmis entouré d'un silence que l'enquête rend sans doute nécessaire. Les autorités ne veulent pas se mouiller tant que la question n'est pas claire. Ainsi, même si beaucoup d'analystes voient l'empreinte du terrorisme musulman, le Home Office et Scotland Yard ne veulent pas se prononcer à cet égard. Néanmoins, les autorités britanniques avaient affirmé prendre très au sérieux la première revendication liant les attentats à Al-Qaëda, en raison même de l'organisation des attaques londoniennes : opérations simultanées, visant à tuer un maximum de personnes, comme le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ou le 11 mars 2004 à Madrid.

Dans le même temps, l'opinion publique s'interroge sur la participation d'islamistes locaux à ce jeudi noir. Interrogé sur l'existence d'une cellule terroriste active sur le sol britannique, Ian Blair, chef du Scotland Yard, a indiqué que cela lui paraissait probable et même d'une « évidence aveuglante ». Pour son prédécesseur, John Stevens, les auteurs des attentats sont « presque certainement » nés au Royaume-Uni. Dans une déclaration qu'il a faite dimanche, ce dernier a estimé que c'était « un vœu pieux » de soupçonner des terroristes venus de l'étranger. « Je crains qu'il y ait un nombre suffisant de personnes dans ce pays désireuses de devenir des terroristes islamistes. Elles n'ont pas besoin d'être recrutées à l'étranger ». Selon lui, ces personnes appartiennent vraisemblablement à « des groupuscules liés entre eux de façon très lâche, qui suivent tous l'idéologie d'Al-Qaëda et qui sont à des niveaux divers d'extrémisme ».

Cette question remet sur le tapis le débat concernant la politique britannique en matière de droit d'asile et d'immigration. Après avoir autorisé pendant des années la présence sur son sol d'organisations islamistes, Londres avait durci récemment sa législation. Une mesure jugée tardive par de nombreux Britanniques .

Kh. G.
 

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