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Soudan.
Le pays est entré samedi dans une période intérimaire
de six ans associant le gouvernement et les anciens rebelles
sudistes, conformément à un accord de paix qui a mis fin
à la plus longue guerre civile en Afrique.
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Khartoum tourne la page |
L'ancien
chef rebelle sudiste John Garang a prêté serment samedi
comme premier vice-président du Soudan, six mois après
la signature d'un accord de paix avec le régime de Khartoum
ayant mis un terme à 21 ans de guerre civile. Le prédécesseur
de M. Garang, Ali Osmane Taha, qui devient désormais deuxième
vice-président, a ensuite prêté serm
ent. Le président
Béchir a pris la main de chacun de ses vice-présidents
et les a levées dans un geste triomphal, donnant l'espoir
que le Soudan puisse enfin retrouver la paix.
Une dizaine
de chefs d'Etat et de gouvernement ont assisté à la cérémonie
d'investiture, notamment ceux d'Afrique du Sud, de Centrafrique,
de Djibouti, du Sénégal et d'Ouganda. En outre, le secrétaire
général des Nations-Unies, Kofi Annan, celui de la Ligue
arabe, Amr Moussa, et le secrétaire d'Etat adjoint américain,
Robert Zoellick, étaient présents à cet événement historique,
nouvelle étape dans le processus de paix.
La paix au
Soudan doit être irréversible, a insisté M. Annan qui
a par ailleurs exhorté les pays donateurs à concrétiser
leurs promesses d'aides financières au Soudan, en soulignant
que le succès du processus de paix dépendrait du soutien
international.
M. Béchir
a alors signé le texte de la Constitution provisoire et
prêté serment à son tour comme président de la République
pour la période intérimaire. Au terme d'une période de
transition de six ans, les populations du sud seront appelées
à se prononcer par référendum en faveur de l'indépendance
ou de leur maintien dans un Soudan uni.
La signature
de la Constitution doit en outre être suivie de la levée
de l'état d'urgence en vigueur depuis 16 ans et de la
libération de tous les prisonniers politiques. L'accord
de paix prévoit notamment le partage du pouvoir et des
richesses. En outre, le sud, riche en pétrole, bénéficiera
d'un statut d'autonomie.
Auparavant;
le régime de Khartoum et le Mouvement populaire de libération
du Soudan (SPLM, ex-rébellion) ont signé un accord de
paix historique le 9 janvier à Nairobi, mettant un terme
à 21 ans de guerre civile qui avait fait entre 1,5 et
2 millions de morts et plus de 4 millions de déplacés
ou réfugiés.
Le lendemain
de la signature de cet accord, des Soudanais exprimaient
leur optimisme de l'entrée en vigueur d'institutions de
transition associant le gouvernement et l'ex-rébellion
sudiste, sur un retour durable de la paix dans le sud,
ravagé par plus de deux décennies de guerre civile. «
Je suis optimiste. Nous avons attendu si longtemps pour
que la paix arrive », indique Abdel-Kader, un Soudanais
de Khartoum. « La guerre nous a apporté beaucoup de souffrances.
Nous avons clos un chapitre et nous en ouvrons un nouveau
», ajoute-t-il.
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Tourabi et Mahdi attaquent
la Constitution
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Alors que
le Congrès National (CN, au pouvoir) de M. Béchir et
le SPLM ont promis de former un gouvernement d'union
nationale d'ici un mois, qui inclura la majorité des
forces politiques du pays, d'importantes formations
politiques, comme le Congrès Populaire (CP) du chef
de l'opposition islamiste soudanaise Hassan Al-Tourabi,
libéré de prison fin juin, ont indiqué qu'elles ne participeraient
pas au prochain gouvernement. Tourabi a lancé dimanche
une attaque contre la Constitution provisoire entrée
en vigueur la veille, refusant d'être associé au système
de partage du pouvoir qu'elle instaure au bénéfice du
gouvernement et l'ex-rébellion sudiste. De son côté,
Sadeq Al-Mahdi, chef du parti Al-Omma et allié du chef
de l'opposition islamiste Hassan Al-Tourabi, a attaqué
à son tour la Constitution. « Nous pensons que cette
Constitution est mauvaise », a-t-il déclaré lors d'une
conférence de presse tenue à Khartoum. Mahdi était le
chef du gouvernement déposé en 1989 lors du coup d'Etat
ayant porté au pouvoir le président actuel.
La nouvelle
Constitution stipule que, jusqu'aux prochaines élections
législatives devant avoir lieu dans les quatre ans à
venir, 52 % des postes gouvernementaux et des sièges
au Parlement reviendront au CN et 28 % au SPLM. Sur
les 20 % restants, 14 % iront à des partis d'opposition
du nord, et 6 % à des groupes sudistes. Mahdi s'en est
pris en particulier à cette clause. « Plus que toute
autre, elle est inacceptable », a-t-il dit, ajoutant
que l'alliance qu'il a forgée avec M. Tourabi et dix
autres partis refusait d'être associée au pouvoir dans
ces conditions. « Le pourcentage qui nous est dévolu
nous rendrait responsables des décisions prises sans
que nous ayons aucun pouvoir sur ces décisions », a-t-il
dit. En ajoutant qu'il y a de nombreux problèmes dans
l'est, dans l'ouest, et dans d'autres régions du Soudan,
dont la résolution nécessite un accord général qui soit
inscrit dans la Constitution, en faisant référence au
conflit qui déchire le Darfour, « ouest », et aux affrontements
opposant les troupes gouvernementales aux groupes rebelles
actifs dans les Etats de la mer Rouge et de Kessala,
« Est » (voir encadré).
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Inès
Eissa |
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Deux boulets à traîner |
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Après la réconciliation
nord-sud, Khartoum doit désormais se pencher sur deux
dossiers brûlants : le Darfour et le front Est. |
Pas de
paix au Soudan sans le règlement des deux foyers de tension
restants : le Darfour et l'Est. Tel est le constat général
au lendemain du début de la période de transition, qui
marque le couronnement de l'accord de paix entre Khartoum
et le sud. Le gouvernement de Khartoum a donc une tâche
d'envergure dans la période à venir : faire en sorte de
préserver l'unité du pays en évitant que la période de
transition ne se solde par une scission du sud et régler
en même temps les deux crises de l'ouest et de l'Est.
Pour les
plus optimistes, l'accord nord-sud doit permettre de donner
une impulsion aux autres régions en conflit, puisque le
problème du sud a été finalement résolu, alors qu'il était
plus difficile. Le président soudanais, Omar Al-Béchir,
a ainsi promis samedi d'œuvrer pour régler pacifiquement
ces deux conflits.
Des promesses
qu'il va sans doute tenter de tenir d'autant plus que
les pressions extérieures se font de plus en plus pressantes.
Le secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, a
ainsi affirmé que la paix au Soudan doit être « irréversible
» et a insisté sur la nécessité de régler politiquement
les deux conflits, affirmant que « seule une solution
politique globale pouvait mettre fin au conflit et à la
souffrance » dans ces régions. De même, le secrétaire
d'Etat adjoint américain, Robert Zoellick, a appelé samedi
les autorités de Khartoum à agir davantage pour y assurer
la sécurité et favoriser l'arrivée de l'aide humanitaire.
Robert Zoellick a également rappelé que les Etats-Unis
souhaitaient voir les responsables des atrocités commises
au Darfour traînés devant la Cour Pénale Internationale
(CPI). En effet, le Conseil de sécurité de l'Onu a établi
une liste de 51 responsables accusés de crimes de guerre
et contre l'humanité au Darfour, demandant qu'ils soient
jugés par la CPI, mais Khartoum, qui a créé une juridiction
spéciale pour juger les personnes accusées de crimes dans
cette région, refuse obstinément de les livrer.
A l'issue
de leur sommet de deux jours à Gleneagles (Ecosse), les
pays du G8 ont également invité Khartoum à collaborer
avec la CPI pour juger les crimes commis au Darfour.
Mais pour
l'heure, l'urgence est sans doute le règlement des conflits,
un premier pas nécessaire avant d'aborder la question
du jugement des responsables.
Pour ce qui
est du Darfour, en proie à une guerre civile entre groupes
rebelles et l'armée gouvernementale appuyée par des milices
arabes depuis février 2003, le cessez-le-feu, conclu en
avril 2004, n'a jamais été respecté, tandis que les négociations
politiques parrainées par l'Union Africaine (UA) à Abuja
(Nigeria) sont enlisées depuis des mois. Le dernier round,
qui s'est achevé la semaine dernière, n'a abouti à rien
sinon à une déclaration de principe régissant la suite
des négociations. C'est dire la difficulté de la situation.
Il faudra donc attendre fin août, date à laquelle les
pourparlers doivent reprendre. La seule note d'optimisme
est la pression croissante des médiateurs, qui pourraient
forcer les parties à parvenir à des résultats concrets.
Dans le même
temps, des négociations entre le Front de l'Est et Khartoum
se tiendront début août au bureau des Nations-Unies à
Nairobi (Kenya), selon le secrétaire général du front,
Mabrouk Moubarak Selim. Les rebelles du Front de l'Est
accusent Khartoum de « marginaliser » leur région et lancent
souvent des attaques contre les forces gouvernementales.
Cependant,
de nombreux observateurs estiment qu'il existe des facteurs
susceptibles de résoudre les questions en suspens. L'accord
du sud sera pris comme exemple. Car au fond, les problèmes
du sud et les autres régions sont les mêmes, à savoir
des populations marginalisées qui veulent avoir leur part
dans la richesse et le pouvoir central.
D'autre part,
la participation des sudistes au gouvernement de transition
va leur permettre d'exercer des pressions sur les nordistes
pour appliquer les mêmes solutions adoptées au sud, étant
donné qu'il est dans l'intérêt des sudistes de fragiliser
le pouvoir central.
Le dernier
facteur est la communauté internationale qui est fortement
impliquée. Cette implication a de fortes chances de se
poursuivre, voire de s'accentuer pour l'obtention de solutions
négociées pour les deux fronts restants et en faveur de
ces régions au détriment du gouvernement central. |
Ingy
Al-Qadi |
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