| Au
début du XXe siècle, l’Egypte a connu une génération de graveurs
célèbres tels Al-Hussein Fawzi, Abdallah Gohar, Menhatallah
Helmi, Saad Kamel … lesquels ont lancé des tendances nouvelles,
dès leur retour de France, d’Italie ou d’Angleterre. Ils ont
alors mené à l’épanouissement de cet art lié depuis toujours
aux grandes causes de l’humanité. Avec la technologie moderne,
l’art graphique s’est développé à travers la presse, la publicité
et les affiches. La première édition du Salon national de la
gravure date des années 1960, la deuxième des années 1970 et
la troisième se déroule en cette année 2005. C’est dire si cet
art doit relever un véritable défi : se faire connaître à sa
juste valeur.
Les raisons ? D’abord,
le nombre limité des graveurs. La place qu’occupe la gravure
sur la scène artistique pose problème.
Il est indéniable
que le public en général conçoit la gravure comme un moyen commercial
plutôt qu’un genre purement artistique. D’aucuns affirment même
qu’ils peuvent se rendre à une exposition de peinture, de photographie
ou de sculpture mais pas à une exposition de gravure.
En passant en revue
les œuvres exposées à ce salon, une question s’impose : y a-t-il
un fossé entre les pionniers de la gravure et la jeune génération
? Si oui, quelles en sont les conséquences sur l’art graphique
? « Il faut savoir que la gravure comprend deux facettes : une
commerciale et l’autre artistique. L’introduction de nouvelles
techniques ne veut pas forcément dire que le niveau artistique
est meilleur, du point de vue fond ou forme. La relation entre
la production des pionniers et celle des jeunes ressemble un
peu à la relation entre la poésie traditionnelle et la poésie
libre. Un poète peut préférer le deuxième genre, mais il doit
connaître et maîtriser les règles de la poésie traditionnelle
», souligne Hamdi Aboul-Maati, commissaire du salon.
Yasmine Gabr, une
jeune artiste, prend le relais de la conversation pour défendre
sa génération. Elle préfère suivre la voie traditionnelle pour
ce qui est du design et de la distribution des couleurs. Mais
le plus souvent, elle opte pour l’abstraction. « Les pionniers
avaient l’avantage d’avoir étudié et pratiqué tous les genres
: peinture, sculpture, gravure. Ce qui n’est pas le cas actuellement.
A la faculté des beaux-arts d’Alexandrie, on nous oblige à choisir
entre étudier la gravure en relief ou en creux. On est obligé
de se plier à une spécialisation très pointue, de quoi limiter
nos connaissances ».
Maha Darwich est
une autre jeune artiste. Son œuvre rappelle le surréalisme populaire
: motifs de serpent, d’oiseau et figures humaines. Elle explique
que ce qui distingue sa génération de celle des pionniers, c’est
surtout la précision quant au choix des couleurs. Hayssam Nawwar,
qui expose une œuvre intitulée La Peur, estime pour sa part
que l’époque historique a joué un rôle indéniable dans la formation
artistique des pionniers. « Ces derniers cherchaient à prouver
leur identité égyptienne en dépit de leur formation occidentale.
Ils étaient cependant enfermés dans les labyrinthes académiques.
La jeune génération n’est pas animée par une cause nationale
et cherche à se libérer des règles académiques. L’art de nos
jours est plutôt conceptuel que technique. C’est l’idée qui
importe et non pas le moyen employé pour la transmettre », dit
Nawwar.
En effet, le public
connaisseur pourra facilement constater que les gravures en
linoléum (matière qui ressemble au caoutchouc) sont nombreuses
par rapport à celles qui sont faites aux eaux fortes (technique
qui consiste à graver sur du métal par des réactions chimiques).
« Le problème est que ce genre de gravures exige un laboratoire
et des ustensiles spécifiques. Ceux-ci sont disponibles dans
les facultés qui ont des horaires fixes ou chez certains graveurs
de renom qui ont les moyens d’avoir leurs propres laboratoires
». Du coup, il faut appartenir au milieu académique ou être
suffisamment célèbre pour disposer de l’équipement nécessaire.
Le secteur des
arts plastiques accorde donc un certain intérêt à la gravure
en organisant ce troisième salon et en invitant les jeunes à
exposer. Mais cette action n’est pas suffisante. Il serait important
aussi de débattre des obstacles qui se dressent devant la nouvelle
génération.
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