Batman Begins,
ce film à succès qui passe sur les écrans du Caire est
une nouveauté par rapport à la série consacrée à ce
héros, mi-homme, mi-chauve-souris, du moins, un homme
qui se métamorphose pour devenir cet être de la nuit
capable de voler et de hanter tous les lieux et d’apporter
l’effroi à tous ceux qui craignent ces créatures de
la nuit. Si ce genre de films d’aventures est très courant
dans le cinéma de Hollywood, son caractère original
provient du fait qu’il semble épouser de nombreux aspects
de l’actualité : terrorisme, millénarisme, lutte contre
la corruption, déchéance politique des élus dans cette
ville de Gotham, symbole de cités américaines comme
tant d’autres, mais aussi des grandes villes qui ont
laissé leur trace sur l’imaginaire, dont Babel. En fait,
Gotham est châtiée comme une nouvelle Babel ou Rome,
par une sorte de secte qui se dit éternelle, et qui
revient de siècle en siècle ou de millénaire en millénaire
pour châtier le vice. Les théories millénaristes si
farfelues soient-elles ont foisonné à la fin des années
1990 du siècle dernier et au début de ce siècle avec
l’attente de toutes sortes de cataclysmes.
Les événements ont voulu donner un
aspect de réalité aux craintes manifestées au sujet
de ce XXIe siècle, notamment cette forte expansion du
terrorisme arborant les slogans fondamentalistes. Le
11 septembre, Al-Qaëda, Bin Laden et cette vision d’apocalypse
qui ont suivi. Or, dans ce film qui retrace les débuts
de Batman et explique pourquoi et pour qui Bruce Wayne
devient ce héros mythique, il est question justement
d’une organisation liée d’une certaine manière au crime
organisé à Gotham. Or, celle-ci décide de châtier la
ville. Batman, lui, avait fait son initiation aux arts
martiaux et à cet esprit de lutte contre le mal, dans
les critères de l’absolu, avec elle. C’est au moment
où il découvre à quel point la secte se voue à la destruction
totale qu’il rompt avec elle et décide de mener à lui
seul la bataille contre le mal qui ronge sa cité. Mais
il lui faudra sauver cette ville du néant avec le retour
de la secte qui a recours aux plus grands moyens pour
la détruire. Un 11 septembre en fait et il faut se référer
au nom arabe du chef, Ras Al-Ghoul (La tête de la goule)
pour comprendre le rapport.
D’ailleurs, en remontant aux origines
de Batman, le réalisateur fait donc un procès à rebours.
Cela dit, Batman Begins est un excellent film d’action.
On peut l’admirer dans ce contexte sans aller trop loin
dans ce genre de réflexion. Mais il est certain que
les thèmes terroristes et autres maux de ce temps lui
donnent un caractère qui va au-delà des traditions du
genre. Et c’est l’Amérique vertueuse qui triomphe, celle
du héros solitaire face au danger venu de l’Orient.
Un film américain de Christopher Nolan.