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Chambre du cinéma . Elle vient d’approuver une résolution interdisant la projection des productions étrangères durant tout l’été, au profit des films égyptiens.

Polémique sur une décision

Alors que l’Etat prétend favoriser un essor du 7e art, la Chambre du cinéma vient de surprendre investisseurs et distributeurs par sa nouvelle résolution. Toute projection de films étrangers durant l’été sera désormais interdite. Et ce, afin de laisser l’arène vide aux films égyptiens pour encourager la production nationale.
 

Bien qu’en apparence cette résolution semble favoriser le cinéma égyptien, elle révèle un état de désordre, mettant en avant des décisions prises à l’aveuglette. C’est un peu l’état qui prédomine le cinéma égyptien ces dernières années.

Omar Sérag, distributeur de films étrangers, proteste : « L’été est la saison la plus rentable pour les distributeurs de films étrangers, les priver de cet avantage signifie une grande perte pour eux. Ils ne représentent qu’une minorité parmi les membres de la Chambre du cinéma, on n’a pas pu empêcher la prise d’une telle décision ». Et d’ajouter : « Le public égyptien a commencé depuis quelques années à s’intéresser à la production cinématographique internationale qu’il suit à travers le satellite ou les DVD. Le public cherchait à découvrir de nouveaux films étrangers sur les écrans. Ces derniers temps, un film de Spielberg, de Tom Cruise ou un Star Wars, sortaient en Egypte en même temps qu’en Europe. Une telle décision va décourager les distributeurs dans le futur ! ».

Une opinion partagée par le critique Ahmad Saleh, qui estime que le milieu artistique a besoin de films étrangers pour créer une vraie concurrence qui pourrait conduire les cinéastes égyptiens à améliorer leurs productions. « Est-il logique de consacrer plus de 200 écrans à la projection de 13 films seulement pendant tout l’été ? », s’interroge Saleh.

Même son de cloche du côté des exploitants et propriétaires des salles. Pour eux, il s’agit « d’une crise inévitable ». Bahgat Chaker, directeur du complexe d’Osmane Group, s’insurge : « Je ne suis pas convaincu. Une telle résolution nuira au film égyptien en encourageant sa projection pendant deux mois seulement. Même si un film réalise des recettes par millions, il est certain qu’à long terme, il y aura moins de public intéressé par le cinéma égyptien ». Et de poursuivre : « Je suis contre l’idée d’imposer un genre en particulier aux responsables des salles comme au public. Car on finira par perdre une tranche du public ». Chaker n’avait pas jusqu’ici été officiellement informé de cette résolution. Du coup, il continuait la projection de Batman à travers ses salles.

Pour sa part, la Chambre du cinéma tente de défendre ses bonnes intentions : « On vise à servir les intérêts des producteurs égyptiens et à sauver le cinéma égyptien qui est en crise ». Son président, Mounib Chaféï, explique : « Nous avons pris cette décision à l’unanimité pour protéger le film égyptien contre une concurrence inégale. Cette résolution respecte les intérêts des distributeurs, en leur permettant de projeter les films étrangers déjà autorisés jusqu’à mi-juillet. Après cette date, l’autorisation ne sera accordée qu’aux propriétaires des complexes, ne trouvant pas de films égyptiens pour remplir leurs salles ». Chaféï mentionne par ailleurs l’exemple du cinéma indien qui a pu restreindre la projection des films étrangers au profit des films locaux. Il souligne en effet que le cinéma est en proie à plusieurs contradictions : « Presque tous les producteurs et propriétaires de salles approuvaient cette résolution. Toutefois, on a été surpris par la réaction de certains d’entre eux ayant soumis des pétitions réclamant non seulement la projection des films étrangers mais en plus que ces projections soient doublées ».

L’affaire est actuellement entre les mains du ministre de la Culture, lequel devra prononcer son verdict au plus vite. Si rien n’est fait, le public devra se contenter de films comme Bouha, Hamada yélaab, Sayed Al-Atefi ou Ali Spicy.

Yasser Moheb

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