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G8 . Ebranlé par les attentats de Londres, le sommet de Gleneagles s’est achevé vendredi sur une série d’annonces en faveur du développement des pays pauvres, jugées néanmoins insuffisantes.
La route est encore longue

« L’ombre du terrorisme a dominé notre réunion, mais elle ne l’éclipsera pas », a affirmé le premier ministre britannique, Tony Blair, en introduction à la déclaration finale du G8, entouré de tous ses homologues et des dirigeants de plusieurs pays africains : Algérie, Ethiopie, Ghana, Nigeria, Sénégal, Afrique du Sud et Tanzanie. « Je crois que nous avons démontré qu’il existe des moyens meilleurs et davantage porteurs d’espoir de conduire nos politiques à l’avenir », a-t-il poursuivi. Conséquence plus ou moins directe des grandes mobilisations altermondialistes de Seattle ou Gênes, la lutte contre la pauvreté et pour l’annulation de la dette s’est imposée dans le débat des grandes puissances. Les concerts du Live 8, le week-end dernier, et les manifestations ces derniers jours en Ecosse ont montré une mobilisation toujours forte.

Sur l’Afrique et le développement en général, les Huit ont mentionné un doublement de leur aide, d’ici à 2010, de 50 milliards à 100 milliards de dollars par an. Par ailleurs, les engagements des pays du G8 et d’autres donateurs conduiront à une augmentation de 25 milliards de dollars de l’aide à l’Afrique d’ici à 2010, soit un doublement par rapport à 2004. Blair avait proposé aux grands pays industrialisés de consacrer 0,7 % de leur PNB (Produit National Brut) à l’aide à l’Afrique. Or, les Etats-Unis n’y consacrent que 0,16 %, soit le chiffre le plus bas des pays de l’OCDE. Bush a accepté de seulement doubler l’aide américaine, avec comme objectif 4,3 milliards de dollars par an d’ici 2010. Les grandes puissances ont aussi passé l’éponge sur 40 milliards de dettes de 18 pays les plus pauvres. Parmi les bénéficiaires de cette annulation de dette figurent 14 pays africains (Bénin, Burkina-Faso, Ethiopie, Ghana, Madagascar, Mauritanie, Mali, Mozambique, Niger, Rwanda, Sénégal, Tanzanie, Ouganda et Zambie).

Beaucoup d’ONG ont jugé insuffisantes ces décisions face à l’ampleur du désastre de la pauvreté, bien qu’elles apparaissent comme les premières mesures concrètes d’envergure prises depuis des années par les grandes puissances pour soulager l’Afrique. « Pour la plupart des 50 millions d’enfants qui mourront de pauvreté au cours des cinq ans à venir, les dirigeants du G8 ont offert trop peu, trop tard », a affirmé le réseau Abolissons la pauvreté. Les chiffres africains font peur : selon l’Onu, l’espérance de vie a baissé aussi à 41 ans, et un enfant sur six meurt avant l’âge de cinq ans. Plus de la moitié des 900 millions d’Africains vivent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté, ne survivant qu’avec deux dollars par jour. Environ 320 millions vivent même dans une situation d’extrême pauvreté, avec moins d’un dollar par jour. Ce chiffre devrait avoisiner les 345 millions dans dix ans. Ce qui ferait alors de l’Afrique, si rien ne change, le seul continent à ne pas avoir atteint l’objectif de développement du Millénaire, visant à réduire l’extrême pauvreté de moitié d’ici 2015.

La déclaration de Gleneagles n’a pas non plus soulevé l’enthousiasme des participants au Forum des peuples, surnommé « Sommet des pauvres », au Mali, parce qu’organisé depuis quatre ans en contrepoint à celui « des riches » (G8), ouvert mercredi à Fana en présence de plusieurs centaines de personnes, des représentants de mouvements altermondialistes, des syndicalistes et des membres d’associations paysannes. « Nous sommes vraiment déçus. C’est une tempête dans un verre d’eau. On annonçait une réunion sur l’Afrique qui allait accoucher d’une montagne de décisions, la réunion a plutôt accouché d’une souris », a estimé Dounantié Dao, secrétaire général de la Coalition des alternatives dette et développement (CAD-Mali), un réseau d’organisations de la société civile, principal organisateur du forum. Mme Barry Aminata Touré, présidente du CAD-Mali, a de son côté rappelé que seuls 18 pays pauvres bénéficieront d’un effacement de la dette multilatérale à l’égard des pays industrialisés pour un montant de 40 milliards de dollars. Cela ne permet pas « de résoudre le problème de la dette, ni celui de la pauvreté », a-t-elle déclaré. Selon les derniers chiffres de la Banque mondiale, l’Afrique a 350 milliards de dette extérieure et consacre plus de 12 milliards par an au service de cette dette.

Autre problème alarmant dénoncé : celui des conditions liées à l’annulation de la dette et de la dispersion de l’aide. Ces conditions ne s’arrêtent pas à des mesures de lutte contre la corruption et de transparence de la part des gouvernements des pays en voie de développement, mais des conditions vis-à-vis des choix économiques que les pays doivent entreprendre. « Selon l’article 2 de la déclaration des ministres des Finances du G8 concernant l’annulation de la dette des pays les plus pauvres, les pays en voie de développement doivent entre autres encourager le secteur privé, ou ouvrir les marchés aux investisseurs étrangers, ce qui est une atteinte à la démocratie et au droit de choisir des pays », s’insurge Waël Khalil, du Groupe égyptien anti-mondialisation (AGEG). En plus, les politiques économiques des pays en voie de développement seront observées de très près par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, annoncés comme gestionnaires et contrôleurs des programmes de l’annulation de la dette par le communiqué final du G8. « Ces deux organisations étaient responsables des programmes de restructurations structurelles en Afrique, liés aux aides et aux crédits donnés au continent noir, du début des années 1980 jusqu’à la fin des années 90, une période qui a vu le revenu par tête en Afrique baisser de 10 % de 1980 à 2000 », ajoute Khalil.

Fouad Mansour

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Trois milliards de dollars pour les Palestiniens
Le sommet du G8 a décidé d’octroyer 3 milliards de dollars dans « les années à venir » à l’Autorité palestinienne. « Nous soutenons l’intention de M. Wolfensohn (ancien président de la Banque mondiale nommé envoyé spécial du Quartette) de stimuler des contributions financières mondiales allant jusqu’à 3 milliards de dollars par an sur les trois prochaines années », a annoncé le premier ministre britannique, Tony Blair, vendredi.
 

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