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L’empire américain
Par Mohamed Sid-Ahmed
Quelle est la légitimité sur laquelle s’appuie le sommet du G8 tenu cette semaine à Gleneagles en Ecosse et assombri par le terrorisme qui a frappé Londres ? La charte des Nations-Unies ou la composition du Conseil de sécurité ? Autrement dit, la légitimité du sommet du G8 vient-elle de l’autorité des pays membres du Conseil de sécurité y ayant acquis un droit de veto après leur victoire durant la seconde guerre mondiale ?

Il n’est plus possible — 60 ans après cette guerre — d’adopter cette vision. Car elle nous place face à une vraie problématique : L’Allemagne et le Japon ne peuvent pas être considérés aujourd’hui comme des pays vaincus et l’Union soviétique — qui n’existe plus — ne peut pas être considérée comme un pays vainqueur.

D’autre part, ce ne sont plus les pays disposant du droit de veto qui occupent seuls une position de force dans ce monde. En témoigne le fait que d’autres pays industrialisés sont membres du G8 comme le Canada. Il y a également la Russie, et cela pour de nombreuses raisons : c’est une puissance nucléaire qui se mesure sur ce plan aux Etats-Unis. S’ajoute à ceci que le sommet de Gleneagles a accueilli d’autres pays désormais stratégiquement très importants, comme l’Inde et l’Afrique du Sud.

Les débats engagés dernièrement sur la réforme des Nations-Unies ont attiré l’attention du monde entier sur l’impossibilité de maintenir le statu quo actuel et sur la nécessité de revoir la composition du Conseil de sécurité, même si d’importants désaccords persistent toujours à ce sujet. Partant, il n’est pas possible de considérer que l’ordre international en place est à même d’assumer la responsabilité qui lui incombe.

Peut-on parler de légitimité à l’heure où le monde témoigne d’une montée inédite d’actes terroristes ?

La question de la légitimité est en effet devenue controversée. Nous avons prévenu que les attentats du 11 septembre allaient être suivis par d’autres actes de violence plus audacieux aux quatre coins de la planète. Et c’est ce qui se passe aujourd’hui.

A la recherche d’une nouvelle légitimité

Le sommet était-il en train de rechercher une nouvelle légitimité internationale ? Il y a en effet une question qui se pose : que signifie le fait que le G8 — et pas l’Onu par exemple — devienne la seule instance à laquelle on se réfère à l’ombre de l’ordre international en place ?

Et qu’en est-il des Etats-Unis ? Prenons comme exemple les débats du G8 concernant les problèmes écologiques. L’Administration américaine trouve que le respect de la réduction de la production exigée pour faire face au réchauffement climatique signifie une baisse des marges des bénéfices des multinationales qui disposent d’une grande influence. Pour cette raison, Bush a tenu à refuser cette réduction. Mais ceci ne signifie pas qu’il soit impossible de parvenir à un compromis. En effet, Bush refuse avec acharnement que le sommet prenne une décision contraignante pour tous les membres. Il l’a dit ouvertement que s’ils veulent signer un Kyoto bis sa réponse sera non.

Est-ce que le sommet des 8 pays les plus riches de la planète cherche à conférer une légitimité à ces décisions ? Cherche-t-il à se donner la prérogative de déterminer le sort du monde ? Cherche-t-il une position légale et officielle ? Cherche-t-il une reconnaissance en se considérant comme le mieux placé pour gérer les grands conflits ?

En effet, le G8 n’a pas une légitimité déterminée dans le cadre de l’ordre international en place. Mais ses sommets ouvrent la voie à des délibérations directes entre les dirigeants des superpuissances industrielles. Et leur donnent par conséquent l’occasion de parvenir à des compromis si les parties antagonistes l’acceptent.

Ce groupe ne puise sa légitimité d’aucun ordre établi, d’aucun ordre légitime. Le seul point commun qui lie ses membres est qu’ils sont les grandes puissances industrielles de la planète. Ce qui les distingue, c’est leur puissance notamment militaire. Cela suffit-il pour considérer ses membres comme les plus aptes à prendre les décisions « politiques » et à appliquer la « démocratie » sur le plan international ?

Nous reconnaissons plus ou moins que les Etats-Unis ont des pouvoirs « impériaux » qui consacrent leur position en tant qu’unique superpuissance dans notre monde. Je dis des pouvoirs impériaux et non pas « impérialistes » ou « colonialistes ». J’insiste à faire la distinction entre les deux, car nous sommes dans une époque historique qui a des caractères différents de ceux de l’époque post-colonialiste. D’autre part, l’impérialisme en ces temps-là avait sa légitimité. Ce n’est pas le cas de « l’empire » à notre époque.

Il est à noter que les Etats-Unis ont été le seul pays au monde qui s’était opposé au protocole de Kyoto sur les problèmes écologiques et le réchauffement de la planète. Malgré le fait que ce pays soit seul contre le monde, il tient toujours à sa position et persiste à faire face aux différentes visions dans ce domaine.

Il est dans l’intérêt de Blair et de Bush de faire réussir le sommet pour améliorer leur image après la catastrophe de la guerre qu’ils ont déclenchée contre l’Iraq. Blair tient à redorer son blason après la baisse de sa cote de popularité. D’où l’intérêt qu’il accorde actuellement aux problèmes des pays africains les plus démunis et sa détermination pour que le G8 joue un rôle concret dans ce sens.

Les attentats de Londres qui ont coïncidé avec l’assassinat de l’ambassadeur égyptien ont créé un climat favorable pour s’attaquer au terrorisme sur les deux plans international et régional. Les parties arabes tireront-elles profit de la coïncidence des deux événements pour que la bataille contre la pauvreté, la faim et la maladie en Afrique dépasse les apparences et se concentre sur l’essentiel ?

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