Quelle est la légitimité
sur laquelle s’appuie le sommet du G8 tenu cette
semaine à Gleneagles en Ecosse et assombri par
le terrorisme qui a frappé Londres ? La charte
des Nations-Unies ou la composition du Conseil
de sécurité ? Autrement dit, la légitimité du
sommet du G8 vient-elle de l’autorité des pays
membres du Conseil de sécurité y ayant acquis
un droit de veto après leur victoire durant la
seconde guerre mondiale ?
Il
n’est plus possible — 60 ans après cette guerre
— d’adopter cette vision. Car elle nous place
face à une vraie problématique : L’Allemagne
et le Japon ne peuvent pas être considérés aujourd’hui
comme des pays vaincus et l’Union soviétique
— qui n’existe plus — ne peut pas être considérée
comme un pays vainqueur.
D’autre
part, ce ne sont plus les pays disposant du
droit de veto qui occupent seuls une position
de force dans ce monde. En témoigne le fait
que d’autres pays industrialisés sont membres
du G8 comme le Canada. Il y a également la Russie,
et cela pour de nombreuses raisons : c’est une
puissance nucléaire qui se mesure sur ce plan
aux Etats-Unis. S’ajoute à ceci que le sommet
de Gleneagles a accueilli d’autres pays désormais
stratégiquement très importants, comme l’Inde
et l’Afrique du Sud.
Les
débats engagés dernièrement sur la réforme des
Nations-Unies ont attiré l’attention du monde
entier sur l’impossibilité de maintenir le statu
quo actuel et sur la nécessité de revoir la
composition du Conseil de sécurité, même si
d’importants désaccords persistent toujours
à ce sujet. Partant, il n’est pas possible de
considérer que l’ordre international en place
est à même d’assumer la responsabilité qui lui
incombe.
Peut-on
parler de légitimité à l’heure où le monde témoigne
d’une montée inédite d’actes terroristes ?
La
question de la légitimité est en effet devenue
controversée. Nous avons prévenu que les attentats
du 11 septembre allaient être suivis par d’autres
actes de violence plus audacieux aux quatre
coins de la planète. Et c’est ce qui se passe
aujourd’hui.
A
la recherche d’une nouvelle légitimité
Le
sommet était-il en train de rechercher une nouvelle
légitimité internationale ? Il y a en effet
une question qui se pose : que signifie le fait
que le G8 — et pas l’Onu par exemple — devienne
la seule instance à laquelle on se réfère à
l’ombre de l’ordre international en place ?
Et
qu’en est-il des Etats-Unis ? Prenons comme
exemple les débats du G8 concernant les problèmes
écologiques. L’Administration américaine trouve
que le respect de la réduction de la production
exigée pour faire face au réchauffement climatique
signifie une baisse des marges des bénéfices
des multinationales qui disposent d’une grande
influence. Pour cette raison, Bush a tenu à
refuser cette réduction. Mais ceci ne signifie
pas qu’il soit impossible de parvenir à un compromis.
En effet, Bush refuse avec acharnement que le
sommet prenne une décision contraignante pour
tous les membres. Il l’a dit ouvertement que
s’ils veulent signer un Kyoto bis sa réponse
sera non.
Est-ce
que le sommet des 8 pays les plus riches de
la planète cherche à conférer une légitimité
à ces décisions ? Cherche-t-il à se donner la
prérogative de déterminer le sort du monde ?
Cherche-t-il une position légale et officielle
? Cherche-t-il une reconnaissance en se considérant
comme le mieux placé pour gérer les grands conflits
?
En
effet, le G8 n’a pas une légitimité déterminée
dans le cadre de l’ordre international en place.
Mais ses sommets ouvrent la voie à des délibérations
directes entre les dirigeants des superpuissances
industrielles. Et leur donnent par conséquent
l’occasion de parvenir à des compromis si les
parties antagonistes l’acceptent.
Ce
groupe ne puise sa légitimité d’aucun ordre
établi, d’aucun ordre légitime. Le seul point
commun qui lie ses membres est qu’ils sont les
grandes puissances industrielles de la planète.
Ce qui les distingue, c’est leur puissance notamment
militaire. Cela suffit-il pour considérer ses
membres comme les plus aptes à prendre les décisions
« politiques » et à appliquer la « démocratie
» sur le plan international ?
Nous
reconnaissons plus ou moins que les Etats-Unis
ont des pouvoirs « impériaux » qui consacrent
leur position en tant qu’unique superpuissance
dans notre monde. Je dis des pouvoirs impériaux
et non pas « impérialistes » ou « colonialistes
». J’insiste à faire la distinction entre les
deux, car nous sommes dans une époque historique
qui a des caractères différents de ceux de l’époque
post-colonialiste. D’autre part, l’impérialisme
en ces temps-là avait sa légitimité. Ce n’est
pas le cas de « l’empire » à notre époque.
Il
est à noter que les Etats-Unis ont été le seul
pays au monde qui s’était opposé au protocole
de Kyoto sur les problèmes écologiques et le
réchauffement de la planète. Malgré le fait
que ce pays soit seul contre le monde, il tient
toujours à sa position et persiste à faire face
aux différentes visions dans ce domaine.
Il
est dans l’intérêt de Blair et de Bush de faire
réussir le sommet pour améliorer leur image
après la catastrophe de la guerre qu’ils ont
déclenchée contre l’Iraq. Blair tient à redorer
son blason après la baisse de sa cote de popularité.
D’où l’intérêt qu’il accorde actuellement aux
problèmes des pays africains les plus démunis
et sa détermination pour que le G8 joue un rôle
concret dans ce sens.
Les
attentats de Londres qui ont coïncidé avec l’assassinat
de l’ambassadeur égyptien ont créé un climat
favorable pour s’attaquer au terrorisme sur
les deux plans international et régional. Les
parties arabes tireront-elles profit de la coïncidence
des deux événements pour que la bataille contre
la pauvreté, la faim et la maladie en Afrique
dépasse les apparences et se concentre sur l’essentiel
?