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Un jeu quadripartite
Par Mohamed Sid-Ahmed
Parallèlement au conflit traditionnel qui oppose la gauche à la droite, un autre conflit a fait récemment son apparition en France. Il s'agit du conflit opposant les partisans de la Constitution européenne à ses adversaires, autrement dit ceux qui ont voté « oui » à ceux qui ont voté « non ».

Les partisans de la droite n'ont pas tous choisi le « oui » et les partisans de la gauche n'ont pas tous dit « non ». Au sein du même camp, il y a ceux qui ont dit oui et ceux qui ont dit non et chacun avait ses raisons.

C'est ce qui rend ce conflit très compliqué et nous conduit à parler d'un jeu quadripartite. On entend des « oui » venant de la droite et des « oui » venant de la gauche. Des « non » de la droite et des « non » de la gauche.

Pour déterminer exactement la place que prend chaque équipe dans ce jeu, rappelons que :

— le « oui » de la droite au référendum était soutenu par le président Jacques Chirac.

— Le « non » de la gauche au référendum était soutenu par l'ex-premier ministre socialiste Laurent Fabius qui a dirigé la campagne du parti socialiste contre la Constitution.

— Le « oui » de la gauche au référendum exprime la position officielle adoptée par le Parti socialiste et qui a été soutenue par son secrétaire général François Hollande.

Le « non » donne à tort l'impression que l'on adopte une position de refus et que l'on veut en finir avec quelque chose. Et ce, au moment où le « oui » donne l'impression que l'on veut construire. Mais réellement, les tenants du « non » ne veulent pas en finir avec les négociations. Au contraire, ils veulent que ces négociations soient relancées à partir de bonnes bases. Ils exigent un nouveau vote sur des bases meilleures. Ils refusent le retour à la fameuse cohabitation entre la droite et la gauche.


Le point de départ

Pour Jacques Chirac, rien ne justifie son départ de la présidence après le résultat du référendum. D'un point de vue purement juridique, il a remporté les dernières élections présidentielles avec une majorité écrasante. Par conséquent, rien ne le contraint — juridiquement — à démissionner. Mais cela n'empêche qu'il existe pourtant une obligation morale, le résultat du référendum du 29 mai dernier ayant révélé qu'il a perdu la confiance de son peuple.

Hollande ne trouve aucun inconvénient à la position de Chirac. Mais c'est entre Chirac et Nicolas Sarkozy que se trouve le problème. Au moment où Chirac semble avoir perdu sa crédibilité, Sarkozy semble jouir d'une popularité écrasante. Il se peut que les vues de Sarkozy en ce qui concerne le référendum ne diffèrent pas avec celles de Chirac. Mais cela n'empêche qu'il affiche publiquement des positions en contradiction avec celles du président de la République concernant quelques questions secondaires. Ce qui met sa loyauté en doute et donne l'impression qu'il cherchera à briguer le poste de président aux prochaines élections qui se tiendront dans deux ans.

Revenons au référendum, il aurait fallu que l'un des grands responsables français se fasse endosser la responsabilité de la grande victoire des tenants du « non ». Ainsi, dès que le résultat fut annoncé, le président a convoqué le premier ministre Jean-Pierre Raffarin et l'a démis immédiatement de ses fonctions. Il aurait dû en même temps choisir un remplaçant. Ce remplaçant devait-il être Sarkozy dont la loyauté est remise en cause ? Ou bien la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie à laquelle on pourrait reprocher une certaine douceur ? Mais enfin, il a été décidé de choisir Dominique de Villepin.


Qui est le mieux placé ?

Il n'est pas facile d'écarter Chirac. Mais reste qu'il a un problème, c'est d'avoir perdu sa crédibilité et est privé de l'appui de la majorité écrasante des Français toutes tendances confondues. Cette majorité qui était déterminée à empêcher Le Pen et le fascisme d'accéder au pouvoir s'était unifiée et s'était rangée aux côtés de Chirac. Mais avec la marginalisation de Le Pen, chacun a regagné le courant politique auquel il appartenait. Et Chirac a été remis à sa véritable place.

Il est certain que l'année en cours sera l'année des préparations des élections. Ce sera une année de manœuvres. Les campagnes électorales pourraient donner naissance à des coalitions extraordinaires. Les confrontations du type quadripartite en sont le début. Et l'on peut s'attendre à davantage de nouveauté.

Il faut comprendre que le « non » est une tactique et non pas une stratégie. C'est un « non » qui a pour but de renégocier et non l'arrêt définitif des négociations. Partant, on peut dire que la bataille du « non » est une sorte de guerre d'usure. C'est un test pour savoir lequel des acteurs politiques a la capacité de tenir jusqu'au bout. C'est donc une guerre fatigante qui va dévoiler le véritable poids des différentes forces.

D'après la comparaison de la carte établie par le journal français Le Monde, c'est le niveau de vie et le degré de qualification qui expliquent le choix du « non » ou du « oui ». D'autre part, la comparaison entre le référendum sur Maastricht en 1992 et le référendum sur le traité constitutionnel européen le 29 mai dernier (13 ans les séparent) montre que le taux du « oui » a rétréci. Le résultat a été donc un « non » majoritaire.

Le jeu quadripartite a donc dévoilé que la France était sévèrement divisée entre ceux qui ont des diplômes supérieurs et ceux qui n'en ont pas. Par conséquent, on peut dire qu'il y a également un problème dans le domaine de l'enseignement, même en France.

On ne s'attend pas à ce que Chirac se présente pour briguer un troisième mandat. Il a de lui même donné l'occasion au Parti socialiste à l'époque du gouvernement d'Alain Juppé de lui arracher le pouvoir. Il y a quelques jours, un processus semblable s'est déroulé. On l'a décrit comme étant un « tsunami politique » à conséquence destructive tout comme le « tsunami environnemental » qui a frappé l'Asie il y a quelques mois. A quoi peut-on donc s'attendre dans l'avenir ?

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