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Patrimoine
. Le Coran et la nécessité de le transcrire
ont donné lieu à une évolution importante
de l’écriture arabe. |
| Le
support d’une civilisation |
| Cette
conférence, prononcée au Centre culturel français
d’Alexandrie par Frédéric Imbert, directeur
du département d’enseignement de l’arabe contemporain
au Caire et spécialiste d’épigraphie arabo-islamique
ainsi que maître de conférences à l’Université
de Provence, avait pour but de revenir aux
sources de l’écriture arabe. A partir de documents
gravés sur la pierre par les Arabes musulmans
des deux premiers siècles (VIIIe et IXe),
la conférence a proposé une série de réflexions
sur la place et le rôle de l’écriture dans
la société arabo-musulmane. De nombreuses
diapositives ponctuèrent la conférence pour
emmener les auditeurs à un voyage aux sources
du monde arabe, au commencement de l’islam,
durant ce premier siècle de l’hégire, le VIIe
de l’ère chrétienne. Un premier siècle trop
éblouissant après les âges trop obscurs de
l’ante-islam, ce que la tradition nomme la
« Gahéliya ». Pour cela, Frédéric Imbert s’est
fondé sur les documents qui racontent l’histoire
des hommes afin de tenter de mieux comprendre
la société arabe des premier et du deuxième
siècles, celui de l’écriture.
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Origine
de l’écriture arabe
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Que
possède-t-on de cette écriture avant l’année
610, début de la prédiction du prophète Mohamad
? En effet, on ne possède aucun document ni
épigraphie (écrit sur la pierre) ni un type
de papyrus ou parchemin. C’est pour cette
raison que les spécialistes de l’écriture
sémitique allèrent chercher les origines de
l’arabe ... Deux thèses s’affrontent : l’origine
nabatéenne et l’origine syriaque. |
Thèse
de l’origine nabatéenne de l’arabe
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Cette
variété de l’araméen prévalut longtemps :
elle était fondée sur des comparaisons de
formes de caractères plus que sur des considérations
historiques. Cette théorie fut remise en question
dans les années 1960. J. Starcky proposa alors
de chercher l’origine de l’arabe dans la notation
des autres langues du Proche-Orient entre
les IIIe et VIe siècles. Il avance l’idée
d’une filiation avec une variante du syriaque
; géographiquement, les plus anciennes inscriptions
arabes islamiques ont été découvertes dans
le nord-ouest du Proche-Orient où l’écriture
syriaque était pratiquée : près d’Alep, où
une inscription bilingue grec-syriaque est
datée de 512, et en Syrie du sud, à Jabal
Usays en 528, et aussi à Harrân en 568. Ainsi,
une variété de syriaque, employée chez les
tribus chrétiennes lakhmides de Hira, aurait
servi à transcrire le parler des Arabes bédouins
avec lesquels ils étaient en relation. Mais
dans la tradition arabo-islamique, le système
de filiation ne prend pas en compte ces critères,
mais plutôt des récits légendaires. Ces traditions
donnent à l’écriture arabe une valeur profondément
religieuse et symbolique pouvant légitimer
la mise par écrit du Coran, vers 650. Néanmoins,
il faudrait nous interroger, dit le conférencier,
sur l’état du système graphique arabe lorsque
le premier verset du Coran se trouve révélé
au prophète Mohamad vers 610.
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L’Arabie
occidentale, de Hedjaz, connaissait-elle l’emploi
de l’écriture ?
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A
l’aube du VIe siècle, les Arabes disposent
d’un outil qui leur est propre pour écrire
leur langue. La réelle diffusion de l’écriture
arabe depuis le bas-Iraq jusqu’à la région
de La Mecque date sans doute de la période
de la jeunesse du prophète, soit entre 570
et 600 environ. Il est clair dans ce cas que
très peu de personnes maîtrisaient cette écriture
à La Mecque peu avant l’hégire. Al-Balâdhuri,
Iraqien mort en 812, avança le chiffre de
17 hommes et de 7 femmes sachant lire ou écrire
à La Mecque.
Mais
qui écrivit avant l’islam ? Il paraît assuré
que l’écriture a été utilisée dès avant l’islam
... La péninsule arabique se signale par l’abondance
de son corpus épigraphique depuis le Xe siècle
arabique avant notre ère, des milliers de
textes en himyarite, en sabéen des écritures
dites « arabiques » traduisant des parlers
locaux arabes chez les sédentaires comme chez
les nomades. Mais l’écriture arabe est ignorée
en grande partie car encore « neuve ». |
Le
prophète connaissait-il l’écriture ?
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Le
Coran fait des allusions claires à l’écriture
à plusieurs endroits. On y évoque un « livre
» ou un écrit en arabe contenant des « versets
» qui sont « lus » ou récités. Il est même
fait allusion à des versets que le prophète
fait écrire. La tradition affirme que le prophète
était entouré de personnes qui consignèrent
pour lui des actes, des pactes et sans doute
des fragments du texte coranique. La situation
de l’émergence d’une nouvelle religion qui
accompagne la révélation d’un texte sacré
est ample. L’écriture qu’on qualifie de coufique
archaïque où sont absents les points qui différencient
les consonnes les unes des autres est une
écriture qui n’a pas terminé son évolution.
L’absence des points rendait les confusions
possibles entre différentes consonnes écrites
selon un même tracé. L’écriture à ce stade
n’est qu’un support mnémotechnique. La question
fondamentale est de savoir ce que nous connaissons
réellement de l’histoire de la toute première
société arabe, l’Arabie occidentale, à l’aube
du VIIe siècle. On ne possède aucune espèce
de document, aucun écrit contemporain de l’apparition
de l’islam, c’est-à-dire que des hommes ayant
vécu la naissance de la nouvelle religion
qui auraient consigné par écrit des notes
qui, plus tard, auraient servi à écrire l’Histoire,
nous entendons par là que je ne parle pas
des traditions orales ni des textes religieux
de tendances hagiographiques, c’est-à-dire
des biographies excessivement élogieuses qui
montrent le caractère de tel ou tel personnage.
On note que les principaux textes fondamentaux
de l’histoire arabo-islamique suffisent à
montrer qu’ils furent tous mis par écrit au
début du IIIe siècle de l’hégire, soit le
IXe siècle de notre ère : là, le conférencier
nomme à l’appui les auteurs tels que Ibn Hicham
qui fait référence à la biographie du prophète
qui meurt en 831, c’est-à-dire qu’il disparaît
209 ans après, Ibn Saad Al-Tabquât Al-Kubna
mort en 845 (223 ans après), etc. Dans ces
quelques domaines, nous n’avons pas d’ouvrages
antérieurs au IIIe siècle écrits qui ne nous
soient pas parvenus, dit F. Imbert. L’époque
des dictionnaires correspond à la période
où les chancelleries de l’Etat abbasside ont
enfin réussi à perfectionner l’écriture arabe,
permettant ainsi à des auteurs de pouvoir
s’exprimer. C’est ainsi qu’au XIe siècle,
Al-Bakri, géographe andalou, écrit le Dictionnaire
des noms de pays et des localités qui présentent
des difficultés à cause de l’absence de points.
En résumé, quels sont les textes réels palpables
et contemporains faits qui puissent nous donner
une idée réaliste et historique du premier
siècle de l’histoire de l’islam ? Archéologiquement,
si nous voulons parler des traces palpables,
nous n’avons rien de sûr avant 691, date de
la construction du Dôme du Rocher de Jérusalem,
soit 72 ans après l’hégire. Pourtant, dit
F. Imbert, nous avons le moyen de connaître
un certain nombre d’éléments réels de la toute
première histoire de l’islam. Voici donc le
plus ancien texte historique du monde arabe
: on ne le trouvera dans aucune bibliothèque,
même pas celle d’Alexandrie. Il repose dans
un désert du monde arabe. Il n’a jamais été
copié, ni soumis à une quelconque censure.
Le voici donc : « Moi, Zuhayr, j’ai écrit
au temps où est mort Omar en l’année 24. La
mort d’Omar est la date des premiers tourments
politiques qui agiteront le monde arabo-islamique
et l’on nommera la fitna ou grande discorde,
et aussi que certains antagonismes que l’on
appellera, bien plus tard, sunnisme ou chiisme,
trouvent leur source en 23 de l’hégire ».
L’histoire se lit entre les lignes de la pierre,
donc c’est l’épigraphie qui analyse et étudie
les textes anciens gravés sur la pierre. Les
textes arabes qui s’y trouvent inscrits n’ont
jamais été altérés, copiés ou changés, car
la pierre d’outils ne le permet pas. Ces textes
sont gravés à l’aide d’outils rudimentaires
sur les rochers des pistes du Proche-Orient,
en Arabie saoudite, en Jordanie, en Syrie,
en Iraq, en Palestine, en Egypte, etc.
Les
études éont été codifiées tout au début du
XXe siècle par le savant suisse Max Van Bercherm.
Ces textes gravés sur la pierre sont l’histoire
des Arabes. Ils prouvent l’Histoire par des
écrits indélébiles nous informant des dates
précises de la construction des grands monuments
religieux, civils ou militaires, nous donnent
les noms des gouverneurs ou des vizirs oubliés
des sources écrites des dynasties arabes,
nous renseignent sur l’état de la langue.
Ces textes nous renvoient l’image d’une civilisation
arabo-islamique bien officielle, celle des
grands notables religieux ou militaires de
la cour, des mosquées bien élevées. L’épigraphie
nous donne un élément de réponse. L’écriture
arabe se perfectionne au IIIe siècle et son
évolution est complète au VIIe siècle de l’hégire. |
Gisèle
Boulad |
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