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Métiers
. Forgerons, boulangers,
souffleurs de verre, repasseurs ... Leur activité implique
une exposition à de fortes températures, rendues insoutenables
dès l’approche de la fournaise de l’été. Mais ils ont
leur recette pour résister.
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| A la
sueur de leur front |
La
petite verrerie d'une vieille ruelle, dans Al-Gamaliya,
quartier du Caire historique, fait peur à voir. Le plafond
est brûlé et les murs sont noircis par la fumée. Seul
le feu ardent du four illumine l'endroit. Des bouteilles
en verre sont exposées sur de vieilles étagères et quelques
ventilateurs servent à sécher les objets de verre à
leur sortie du four. La porte et les fenêtres sont constamment
ouvertes pour faire un courant d'air qui semble inefficace,
car la chaleur qui se dégage du four est intense. Loin
de la source de chaleur, trois grandes bouteilles à
gaz servent à alimenter le four. Il occupe une grande
partie de la verrerie.
Dans cette
petite usine, les horaires d'été sont déjà appliqués.
Alors que la température extérieure avoisine les 40
degrés, la verrerie est une véritable fournaise. Les
souffleurs sont à leur poste depuis quatre heures du
matin. Installé face au four dont la température dépasse
1 200 degrés, Abou-Zeid, 40 ans, passe plus de 8 heures
dans l'usine. Eté comme hiver, il porte toujours les
mêmes vêtements. Un t-shirt en coton et un jean pour
absorber la transpiration. Dégoulinant de sueur, Abou-Zeid
tient un long tube de métal, à l'extrémité duquel il
a accroché quelques morceaux de verre. Il l'approche
du feu pour mettre en fusion le verre puis retire le
tout au bout d'un moment et souffle sur la matière pour
lui donner une forme. Il répète ce geste à plusieurs
reprises avant de façonner sur l'objet des motifs à
l'aide d'une pince en métal. A côté de lui, un jeune
homme fabrique de petites fleurs en verre qui serviront
à faire des colliers et des bracelets. Toujours avec
le même rythme de travail et comme si la chaleur étouffante
ne les indisposait guère, ils répètent les mêmes gestes
habiles sans manifester le moindre désagrément. Pour
protéger son corps de la chaleur, Abou-Zeid a disposé
une plaque en bois à ses pieds en guise de bouclier.
Dans cette fournaise, l'étranger qui pénètre ne peut
supporter de rester plus de 5 minutes sans suffoquer.
« Le feu fait partie de notre vie quotidienne. Avec
le temps, on a fini par s'y accommoder, il le faut bien,
car nous sommes payés à la pièce. J'avoue que l'été,
c'est plus pénible », explique Abou-Zeid tout en ajoutant
qu'à ses débuts dans le métier, il ne parvenait pas
à confectionner des objets en verre et qu'il avait du
mal à s'approcher du four. Ses bras sont couverts de
brûlures. Aujourd'hui, à force de travailler avec les
flammes, il est devenu plus expérimenté. « Le feu, c'est
comme la mer, c'est un traître. Il faut toujours faire
attention, car une brûlure, même si elle est superficielle,
c'est toujours très douloureux », confie-t-il.
Forgerons, ouvriers,
repasseurs, boulangers et beaucoup d'autres sont obligés
de s'accommoder à la chaleur pour gagner leur pain,
même en temps de grosse chaleur.
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Dompter les flammes
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Avec
l'expérience, ils ont fini par dompter le feu car très
jeunes, ils doivent faire leurs débuts.
Dans le bidonville d'Al-Gabal Al-Akhdar, proche de Madinet
Nasr sur le périphérique, se trouve la fonderie d'Abou-Dahab.
Là, des enfants de 14 ans commencent d'abord par maîtriser
leur peur du feu. Pour eux, les fourneaux sont impressionnants
et la densité des flammes ressemble à celle d'un volcan.
Ils rassemblent des métaux et avancent à petits pas pour
les jeter dans les fourneaux. Dès qu'ils deviennent des
chefs ou « ostas », on les initie au procédé de fusion
et d'affinage et à manipuler les bains de métaux pour
les verser dans des moules afin de former des lingots
d'alliage. Les plus habiles d'entre eux oseront se spécialiser
dans la fonte du fer doux vu que sa fusion nécessite une
température plus élevée. « La matière doit rester environ
trois heures dans un four à 1 600 degrés », explique osta
Ragab à Sayed, 16 ans. Ce dernier n'a plus de poils sur
les bras, à force d'être exposé en permanence à cette
source de chaleur. Autrefois, il achetait des pommades
pour traiter ses brûlures, maintenant, il a eu recours
à une astuce : il a couvert ses bras avec le bas d'un
vieux jeans pour se protéger de la chaleur. Ses yeux sont
toujours rougeâtres, son visage est exposé à une très
forte chaleur. Selon l'osta, il faut que le corps des
enfants s'acclimate à la chaleur dès leur plus jeune âge.
« J'ai eu du mal à m'habituer à cette chaleur. Au début,
j'attrapais souvent des rhumes et des bronchites, mais
avec le temps, mon corps a fini par s'adapter », confie
Sayed tout en saisissant une serviette placée à côté de
lui pour éponger la sueur qui perle de son visage. Et
d'ajouter : « Aujourd'hui, je fais plus attention et je
m'éloigne un bon moment du fourneau avant de sortir à
l'extérieur tout en prenant soin de bien couvrir ma poitrine
», explique-t-il.
Ces ouvriers
ne peuvent même pas assouvir leur soif avec de l'eau fraîche,
car le passage d'une température chaude à une température
froide risquerait de les rendre malades. Comparée à la
chaleur des fourneaux, la température extérieure de 40
degrés est un paradis pour eux.
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Un métier d'hommes
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| Dans la
boulangerie située dans le quartier d’Al-Husseiniya, spécialisée
dans la fabrication des galettes baladi, les clients ne
cessent d'affluer.
10 000 galettes
par jour doivent impérativement être produites, un quota
imposé par le ministère de l'Approvisionnement. Le métier
de boulanger est éreintant et présente des risques pour
la santé. « Le changement de température nous rend malades.
Nos poumons sont devenus fragiles à cause des courants
d'air et la poussière de la farine », explique Hag Chaker,
boulanger. « Nous essayons de nous partager équitablement
la tâche en travaillant par équipes de trois durant l'été
au lieu de deux pendant le reste de l'année », explique
Ragab.
Ici, les
boissons autorisées doivent être chaudes pour ne pas affecter
les poumons. Si certains souffrent de problèmes respiratoires,
pour d'autres, c'est la peau qui est affectée.
Sur une planche
à repasser, les gestes de Ramadan sont d'une agilité surprenante.
Il repasse en un temps record. Ramadan, qui ne doit pas
prendre de poids pour pouvoir se déplacer avec agilité,
assure qu'il est strictement déconseillé de placer un
ventilateur dans son petit atelier, car tout petit vent
dans l'air risquerait de lui brûler le visage. « Aucun
de mes gestes ne doit être exécuté au hasard, car le moindre
faux geste peut me causer une fracture de la colonne vertébrale
ou une brûlure grave », assure Ramadan, qui a hérité ce
métier de son père. Celui-ci a dû modifier l'intérieur
de son magasin pour pouvoir résister aux vagues de chaleur
d'été qu'a connues l'Egypte ces dix dernières années.
« Bien que le bois absorbe plus de chaleur, j'ai dû couvrir
les murs de bois vu que le ciment n'aurait pas tenu »,
assure Ramadan.
La canicule
n'est rien pour tous ceux qui travaillent au contact de
la chaleur. Ils ont un métier d'hommes qui comporte beaucoup
de difficultés et les expose à un danger qu'ils surmontent,
à force de patience et de volonté.
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Chahinaz
Gheith
Dina Darwich
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