Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Nulle part ailleurs

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Métiers . Forgerons, boulangers, souffleurs de verre, repasseurs ... Leur activité implique une exposition à de fortes températures, rendues insoutenables dès l’approche de la fournaise de l’été. Mais ils ont leur recette pour résister.

A la sueur de leur front

La petite verrerie d'une vieille ruelle, dans Al-Gamaliya, quartier du Caire historique, fait peur à voir. Le plafond est brûlé et les murs sont noircis par la fumée. Seul le feu ardent du four illumine l'endroit. Des bouteilles en verre sont exposées sur de vieilles étagères et quelques ventilateurs servent à sécher les objets de verre à leur sortie du four. La porte et les fenêtres sont constamment ouvertes pour faire un courant d'air qui semble inefficace, car la chaleur qui se dégage du four est intense. Loin de la source de chaleur, trois grandes bouteilles à gaz servent à alimenter le four. Il occupe une grande partie de la verrerie.

Dans cette petite usine, les horaires d'été sont déjà appliqués. Alors que la température extérieure avoisine les 40 degrés, la verrerie est une véritable fournaise. Les souffleurs sont à leur poste depuis quatre heures du matin. Installé face au four dont la température dépasse 1 200 degrés, Abou-Zeid, 40 ans, passe plus de 8 heures dans l'usine. Eté comme hiver, il porte toujours les mêmes vêtements. Un t-shirt en coton et un jean pour absorber la transpiration. Dégoulinant de sueur, Abou-Zeid tient un long tube de métal, à l'extrémité duquel il a accroché quelques morceaux de verre. Il l'approche du feu pour mettre en fusion le verre puis retire le tout au bout d'un moment et souffle sur la matière pour lui donner une forme. Il répète ce geste à plusieurs reprises avant de façonner sur l'objet des motifs à l'aide d'une pince en métal. A côté de lui, un jeune homme fabrique de petites fleurs en verre qui serviront à faire des colliers et des bracelets. Toujours avec le même rythme de travail et comme si la chaleur étouffante ne les indisposait guère, ils répètent les mêmes gestes habiles sans manifester le moindre désagrément. Pour protéger son corps de la chaleur, Abou-Zeid a disposé une plaque en bois à ses pieds en guise de bouclier. Dans cette fournaise, l'étranger qui pénètre ne peut supporter de rester plus de 5 minutes sans suffoquer. « Le feu fait partie de notre vie quotidienne. Avec le temps, on a fini par s'y accommoder, il le faut bien, car nous sommes payés à la pièce. J'avoue que l'été, c'est plus pénible », explique Abou-Zeid tout en ajoutant qu'à ses débuts dans le métier, il ne parvenait pas à confectionner des objets en verre et qu'il avait du mal à s'approcher du four. Ses bras sont couverts de brûlures. Aujourd'hui, à force de travailler avec les flammes, il est devenu plus expérimenté. « Le feu, c'est comme la mer, c'est un traître. Il faut toujours faire attention, car une brûlure, même si elle est superficielle, c'est toujours très douloureux », confie-t-il.
Forgerons, ouvriers, repasseurs, boulangers et beaucoup d'autres sont obligés de s'accommoder à la chaleur pour gagner leur pain, même en temps de grosse chaleur.


Dompter les flammes

Avec l'expérience, ils ont fini par dompter le feu car très jeunes, ils doivent faire leurs débuts.
Dans le bidonville d'Al-Gabal Al-Akhdar, proche de Madinet Nasr sur le périphérique, se trouve la fonderie d'Abou-Dahab. Là, des enfants de 14 ans commencent d'abord par maîtriser leur peur du feu. Pour eux, les fourneaux sont impressionnants et la densité des flammes ressemble à celle d'un volcan. Ils rassemblent des métaux et avancent à petits pas pour les jeter dans les fourneaux. Dès qu'ils deviennent des chefs ou « ostas », on les initie au procédé de fusion et d'affinage et à manipuler les bains de métaux pour les verser dans des moules afin de former des lingots d'alliage. Les plus habiles d'entre eux oseront se spécialiser dans la fonte du fer doux vu que sa fusion nécessite une température plus élevée. « La matière doit rester environ trois heures dans un four à 1 600 degrés », explique osta Ragab à Sayed, 16 ans. Ce dernier n'a plus de poils sur les bras, à force d'être exposé en permanence à cette source de chaleur. Autrefois, il achetait des pommades pour traiter ses brûlures, maintenant, il a eu recours à une astuce : il a couvert ses bras avec le bas d'un vieux jeans pour se protéger de la chaleur. Ses yeux sont toujours rougeâtres, son visage est exposé à une très forte chaleur. Selon l'osta, il faut que le corps des enfants s'acclimate à la chaleur dès leur plus jeune âge. « J'ai eu du mal à m'habituer à cette chaleur. Au début, j'attrapais souvent des rhumes et des bronchites, mais avec le temps, mon corps a fini par s'adapter », confie Sayed tout en saisissant une serviette placée à côté de lui pour éponger la sueur qui perle de son visage. Et d'ajouter : « Aujourd'hui, je fais plus attention et je m'éloigne un bon moment du fourneau avant de sortir à l'extérieur tout en prenant soin de bien couvrir ma poitrine », explique-t-il.

Ces ouvriers ne peuvent même pas assouvir leur soif avec de l'eau fraîche, car le passage d'une température chaude à une température froide risquerait de les rendre malades. Comparée à la chaleur des fourneaux, la température extérieure de 40 degrés est un paradis pour eux.


Un métier d'hommes

Dans la boulangerie située dans le quartier d’Al-Husseiniya, spécialisée dans la fabrication des galettes baladi, les clients ne cessent d'affluer.

10 000 galettes par jour doivent impérativement être produites, un quota imposé par le ministère de l'Approvisionnement. Le métier de boulanger est éreintant et présente des risques pour la santé. « Le changement de température nous rend malades. Nos poumons sont devenus fragiles à cause des courants d'air et la poussière de la farine », explique Hag Chaker, boulanger. « Nous essayons de nous partager équitablement la tâche en travaillant par équipes de trois durant l'été au lieu de deux pendant le reste de l'année », explique Ragab.

Ici, les boissons autorisées doivent être chaudes pour ne pas affecter les poumons. Si certains souffrent de problèmes respiratoires, pour d'autres, c'est la peau qui est affectée.

Sur une planche à repasser, les gestes de Ramadan sont d'une agilité surprenante. Il repasse en un temps record. Ramadan, qui ne doit pas prendre de poids pour pouvoir se déplacer avec agilité, assure qu'il est strictement déconseillé de placer un ventilateur dans son petit atelier, car tout petit vent dans l'air risquerait de lui brûler le visage. « Aucun de mes gestes ne doit être exécuté au hasard, car le moindre faux geste peut me causer une fracture de la colonne vertébrale ou une brûlure grave », assure Ramadan, qui a hérité ce métier de son père. Celui-ci a dû modifier l'intérieur de son magasin pour pouvoir résister aux vagues de chaleur d'été qu'a connues l'Egypte ces dix dernières années. « Bien que le bois absorbe plus de chaleur, j'ai dû couvrir les murs de bois vu que le ciment n'aurait pas tenu », assure Ramadan.

La canicule n'est rien pour tous ceux qui travaillent au contact de la chaleur. Ils ont un métier d'hommes qui comporte beaucoup de difficultés et les expose à un danger qu'ils surmontent, à force de patience et de volonté.

Chahinaz Gheith
Dina Darwich

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631