| Deux
semaines avant la clôture de la session parlementaire
actuelle, le gouvernement a déclaré qu’il venait d’achever
les quatre projets de lois sur les élections présidentielles,
l’exercice des droits politiques, les partis politiques,
le Parlement et le Conseil consultatif. Cette déclaration
a été accueillie par de fortes critiques au sein de l’opposition.
Celle-ci estime que le gouvernement veut profiter de la
courte durée de la session actuelle pour faire passer
rapidement ces projets de lois. « C’est tout le temps
le même scénario qui se répète. Quand le gouvernement
veut promulguer de tels projets de lois, il les fait passer
à la hâte vers la fin de la session parlementaire pour
que les partis politiques n’aient pas le temps de protester
», critique Al-Dessouqi Abaza, secrétaire général et membre
du Haut Comité du parti du néo-Wafd (libéral). Abaza affirme
que les partis d’opposition ont de nombreuses réserves
sur ces quatre projets.
Du côté du
gouvernement, on se dit surpris par cette attitude de
l’opposition qui a pourtant été invitée à un dialogue
national samedi pour discuter ces projets de lois. Or,
ceci n’était pas suffisant pour les membres des partis
de l’opposition qui voulaient être présents lors de l’élaboration
des projets de lois. « Nous avons été invités à discuter
des textes dont nous n’avons même pas lu les clauses.
Nous avons appris les détails à travers ce que les journaux
ont publié tout comme le reste des citoyens », se moque
Réfaat Al-Saïd, président du parti du Rassemblement (gauche).
Le premier
projet critiqué est celui relatif à l’élection du président
de la République. Il prévoit notamment la création d’une
commission chargée du processus électoral qui devra recevoir
les demandes de candidature et les publier à l’opinion
publique. Le projet de loi met des règles organisant la
campagne électorale et son financement. La clause la plus
controversée est celle qui organise la propagande électorale
dans les médias gouvernementaux. Conformément à cette
clause, le candidat qui veut présenter son programme à
travers les médias doit payer pour le faire. « Le gouvernement
essaye de nous convaincre que cette clause vise à réaliser
une égalité des chances entre les candidats à la présidence.
Or, tout le monde sait que les médias sont une propriété
de l’Etat. Il est donc tout à fait normal que le candidat
du PND soit tout le temps présent, alors que les autres
candidats sont obligés de payer pour une durée limitée
», explique Abdel-Azim Raslane, membre du parti du néo-Wafd.
Deuxième
projet critiqué, celui relatif aux partis politiques.
Selon l’opposition, ce projet de loi ne contient que des
modifications sur le plan de la forme. En fait, selon
le nouveau texte, tout nouveau parti politique ayant regroupé
1 000 membres (contre 50 selon la loi en vigueur), peut
commencer immédiatement ses activités. Toutefois, la loi
insiste pour garder la commission des partis politiques.
« C’est un paradoxe que je trouve très habituel pour le
gouvernement. Ce dernier a effectivement l’habitude de
préparer des projets de lois qui ont une apparence très
brillante afin de donner l’impression qu’il y a une véritable
réforme politique. Mais celui qui regarde de plus près
ne tarde pas à découvrir qu’il s’agit de modifications
superficielles », affirme Fawzi Ghazal, président du parti
Misr 2000. Et d’ajouter : « La commission des partis politiques
qui a été essentiellement créée pour avoir un contrôle
ferme sur les partis, garde toujours, selon le nouveau
texte, le droit de refuser tout nouveau parti dans un
délai de 60 jours. La commission a également le droit
de suspendre les partis qui s’opposent aux intérêts de
l’Etat ou qui s’impliquent dans des conflits internes.
Je ne trouve là aucun changement de la loi en vigueur.
Si le gouvernement tient à réaliser de vrais changements,
cette commission doit être complètement annulée », assure
Ghazal.
La nouvelle
loi a également gardé une clause qui porte un double sens
et qui fait de la création des partis une affaire dominée
par le gouvernement. Il s’agit de la clause qui interdit
la création de tout parti dont le nom ou le programme
ressemble à celui d’une autre formation politique déjà
existante. « Cette clause peut facilement être utilisée
comme une carte par le gouvernement pour interdire la
création de n’importe quel parti qui ne lui plaît pas,
comme c’est le cas actuellement », assure Hussein Abdel-Razeq,
secrétaire général du parti du Rassemblement. Et d’ajouter
: « Pour nous donner l’impression qu’il y a un vrai changement,
le gouvernement a annulé la clause qui consiste à interdire
la création de tout parti dont les principes s’opposent
à ceux de la Révolution du 23 Juillet 1952. Or, l’annulation
de cette clause n’a rien apporté de nouveau ».
Concernant
le projet de loi sur l’exercice des droits politiques,
il est le plus critiqué par l’opposition. Le nouveau texte
prévoit la création d’un comité indépendant pour les élections.
Ce comité devra s’occuper de la révision des listes électorales
et de l’annonce des résultats des élections dont s’occupe
actuellement le ministère de l’Intérieur. « A quoi servira
un tel comité ? Pourquoi le gouvernement ne donne-t-il
pas ces prérogatives aux juges par exemple et qu’ils soient
entièrement en charge du processus électoral ? Ce genre
de commission comprend généralement des personnalités
pro-gouvernementales », explique Helmi Salem, président
du parti Al-Ahrar.
Ce même projet
de loi contient une clause prévoyant le durcissement des
sanctions contre les personnes qui ont recours à la violence
lors des élections. Toutefois, cette clause est également
critiquée par l’opposition. « Cette clause est très superficielle.
Les candidats du PND seront-ils également soumis à cette
loi ou bien y aura-t-il des exceptions ? A mon avis, cette
clause est mise dans le nouveau texte uniquement pour
le décor. Plus encore, rien ne garantit que cette clause
soit appliquée », assure Salem.
Le nouveau
projet prévoit également un contrôle sur les dépenses
exagérées lors des campagnes électorales et l’interdiction
de tout financement étranger. Selon les partis d’opposition,
cette clause n’a rien ajouté de nouveau puisque selon
la loi en vigueur, il est interdit d’avoir recours à un
financement étranger. En plus, la loi actuelle définit
déjà le plafond des dépenses à 10 000 L.E. « Or, la loi
en vigueur n’a pas réussi à limiter les dépenses des candidats
du PND pour faire leur propagande électorale. Ceci était
très clair lors des législatives de 2000. C’est le gouvernement
qui a assumé toutes les dépenses de ces candidats, alors
que ceux de l’opposition ne pouvaient pas payer le quart
de cette somme », lâche Ragab Hilal Hémeida, membre du
parti Al-Ghad. Les débats sont en cours actuellement au
cours des séances parlementaires. |