Al-Ahram
Hebdo : Les juges étaient réunis en assemblée générale le 13
mai dernier dans leur club au Caire. Ils réclament plus d’indépendance.
Que répondez-vous à cela ?
Mahmoud Aboul-Leil
: L’indépendance des
juges est une question qui n’a jamais été contestée. C’est
un droit garanti par les articles 165 et 166 de la Constitution.
Aucun pouvoir n’a le droit de s’ingérer dans les affaires
des juges. L’Etat respecte cette indépendance. L’Egypte est
l’un des rares pays à conférer aux membres du Parquet général
et au procureur général la même immunité que les juges.
D’autre part,
le Conseil suprême de la magistrature qui supervise le travail
des juges et des membres du Parquet est formé de magistrats
uniquement. Il ne compte dans ses rangs aucun membre appartenant
au pouvoir exécutif comme c’est le cas dans d’autres pays.
Le ministère
de la Justice, de son côté, soutient tous les efforts et toutes
les propositions à même d’assurer plus d’indépendance aux
juges et au pouvoir judiciaire. Nous soutenons tout ce qui
contribue à améliorer leurs conditions financières et sociales.
C’est la raison pour laquelle nous avons accordé tout notre
intérêt au projet de loi élaboré par le Club des magistrats.
Une commission a été mise en place pour l’étudier avec la
participation du président du club et son secrétaire général.
Celle-ci a accompli son travail en un temps record et les
conclusions ont été soumises au Conseil suprême de la magistrature.
— Y a-t-il
une chance que ce projet de loi soit adopté avant les prochaines
élections présidentielles ?
— Le projet nous
a été présenté en février dernier par le président du Club
des magistrats. Comme je l’ai souligné, le ministère l’a soumis
à une commission pour l’étudier. Celle-ci a approuvé la majorité
des clauses et a renvoyé le projet au Conseil suprême de la
magistrature. Quant à savoir quand il sera adopté, ceci ne
relève pas de nous. D’après la Constitution, le projet doit
être remis au Conseil supérieur des organismes judiciaires
pour donner son avis. Il doit être ensuite approuvé par le
Conseil des ministres. Ensuite, il sera soumis au président
de la République. Le projet devra être ensuite remis au Conseil
consultatif puis à l’Assemblée du peuple. Le ministère de
la Justice a accompli la tâche qui lui revient. Mais nous
n’avons aucun pouvoir sur le travail des autres autorités.
— D’après
les magistrats, le ministère a reporté l’examen de deux points
essentiels : l’indépendance des juges par rapport au ministère
de la Justice et le rattachement de l’inspection des services
judiciaires au Conseil suprême de la magistrature. Pourquoi
?
— Avec l’approbation
des représentants du Club des magistrats, il a été décidé
que cette question soit étudiée profondément et sans hâte.
Ainsi, il a été décidé de reporter cette clause pour ne pas
retarder la promulgation de l’amendement de la loi. Idem pour
la question du budget.
— Les juges
ont menacé de ne pas superviser les prochaines élections présidentielles
et législatives. Quelles seront les mesures prises par le
ministère pour que les élections se déroulent de façon régulière
?
— Les juges sont
conscients qu’ils ont un devoir constitutionnel de superviser
les élections et ils y tiennent. En ce qui concerne l’amendement
de la loi sur l’exercice des droits politiques, ils avaient
fait quelques propositions qui ont été prises en considération.
Pour ce qui est des mesures prises pour garantir l’intégrité
des élections présidentielles, l’amendement de l’article 76
de la Constitution stipule la formation d’une commission électorale
placée sous l’autorité du président de la Cour constitutionnelle.
Elle sera composée de quatre grands magistrats : le président
de la Cour d’appel du Caire, le plus ancien vice-président
de la Haute Cour constitutionnelle, le plus ancien vice-président
de la Cour de cassation et le plus ancien vice-président du
Conseil d’Etat. La commission sera chargée de suivre toutes
les phases du processus électoral jusqu’à l’annonce des résultats.
Elle sera d’autre part chargée de recevoir et de statuer sur
les plaintes et les recours mettant en cause les élections.
Ceci outre le fait que ce sont des membres des organismes
judiciaires qui assureront la supervision du scrutin et du
dépouillement. Pour ce qui est des élections législatives,
on sait qu’elles se dérouleront sous contrôle juridique. Tous
les bureaux de vote seront présidés par des membres d’organismes
judiciaires. Une nouvelle mesure sera prise pour assurer l’intégrité
des élections, à savoir l’électeur devra apposer sa signature
et ses empreintes digitales à l’encre indélébile dans les
registres pour éviter qu’un même électeur ne vote dans plusieurs
circonscriptions. Il s’agit d’une disposition qui n’était
pas stipulée autrefois dans la loi.
— Les prochaines
élections seront organisées sur une seule journée. Certains
pensent que cela rendra difficile le contrôle. Qu’en pensez-vous
?
— Dans de nombreux
pays, les élections présidentielles se tiennent en un seul
jour. Ceci ne signifie pas que le contrôle juridique soit
bloqué. Nous aurons recours à tous les membres des organismes
judiciaires. Leur nombre est suffisant pour couvrir les divers
bureaux de vote. Ils seront ainsi chargés directement de superviser
le scrutin et le dépouillement des voix.
— Quelles
sont les mesures prises par le ministère de la Justice pour
améliorer le statut des juges dont les salaires sont relativement
bas ?
— Le ministère
de la Justice déploie des efforts continus pour améliorer
le statut des juges. Ils le savent bien et apprécient nos
efforts. Prenons à titre d’exemple le budget des services
sociaux et médicaux consacrés aux magistrats, qui a atteint
cette année 227 millions de L.E. contre 207 l’année dernière.
Quant aux salaires des juges, on travaille toujours pour qu’ils
soient meilleurs.
— Les juges
pensent qu’ils doivent être dépendants du Conseil suprême
de la magistrature et non du ministère de la Justice qui appartient
au pouvoir exécutif. Qu’en pensez-vous ?
— D’après la
loi sur le pouvoir judiciaire, les affaires des magistrats
et des membres du Parquet relèvent de la compétence du Conseil
suprême de la magistrature formé exclusivement de grands magistrats.
Le ministère de la Justice n’intervient pas dans le travail
des magistrats et de la magistrature. La nomination des magistrats
s’effectue généralement avec l’approbation du Conseil suprême
de la magistrature.
— L’opposition
estime que le récent amendement constitutionnel nuit à l’égalité
des chances entre les candidats. Partagez-vous cet avis ?
— L’amendement
constitutionnel approuvé par le Conseil consultatif et le
Parlement fait actuellement partie intégrante de la Constitution,
et tous les juristes savent bien que l’anticonstitutionnalité
ne peut pas être invoquée pour la loi fondamentale.
— Le Club
des juges a soumis des propositions concernant l’amendement
de la loi sur l’exercice des droits politiques. Quels sont
vos commentaires à ce sujet ?
— Le Club des
juges propose de confier à la commission électorale et non
pas au ministre de l’Intérieur la formation des comités et
des sous-comités chargés de superviser le processus électoral.
Il exige également que tout électeur présente un document
officiel portant sa photo avant de voter. Toutes ces propositions
ont été remises aux parties concernées qui étudient le projet
de loi sur l’exercice des droits politiques pour les examiner.