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Niqab .
Ce voile noir porté
par beaucoup de femmes qui veulent cacher tout le corps,
hormis les yeux, est devenu un vrai casse-tête pour les
autorités. Après les attentats de mai, des mesures plus
strictes sont désormais appliquées. Focus.
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Ces
femmes qu’on ne voit pas |
Dans
les banques, les clubs sportifs, les universités, les
écoles, les hôtels et tous les endroits publics, de nouvelles
décisions ont été prises pour contrôler les femmes portant
le niqab, ce voile noir qui enveloppe tout le corps et
ne laisse transparaître que les yeux. Le niqab obéit à
une interprétation très rigoriste de la religion qui veut
que le corps de la femme soit entièrement couvert, en
dehors des yeux. Les théologiens s’accordent sur le fait
que le niqab n’est pas une obligation religieuse.
Au club Al-Seid,
à Doqqi, des affiches sont collées depuis quelques semaines
dans tous les coins, exigeant des monaqqabate, comme on
les appelle, de ne rentrer que par la porte principale
où se tient une femme chargée de vérifier leurs papiers
d’identité et fouiller leurs objets personnels.
Dans les
banques, les monaqqabate doivent désormais dévoiler leur
visage au guichetier avant d’être servies. Dans les écoles,
d’autres mesures ont été prises par les enseignants et
les surveillants qui doivent s’assurer d’abord de l’identité
de la mère, avant de lui remettre son enfant. Dans les
administrations publiques, on a réservé un guichet pour
cette catégorie et toute femme qui porte le niqab doit
prouver son identité alors qu’auparavant, il lui suffisait
seulement de présenter sa carte d’identité. Et cette semaine,
deux procès ont été intentés par trois femmes portant
le niqab contre l’Université américaine du Caire et le
Club des juges, car l’accès leur a été interdit à cause
de leur tenue vestimentaire.
Ce branle-bas
a commencé suite à l’implication de deux femmes portant
le niqab dans l’attentat terroriste de mai dernier qui
a eu lieu dans le quartier de Sayeda Aïcha. Nagat Yassine,
22 ans, et Imane Khamis, 19 ans, qui ont essayé de mitrailler
un autobus transportant des touristes, se sont donné la
mort en retournant l’arme contre elles. Un événement sanglant
qui a secoué la société égyptienne. Décontenancés, les
services de sécurité ont depuis imposé une série de mesures
vigilantes vis-à-vis des monaqqabate.
Jamais le
niqab n’a plongé la société dans un tel désarroi. Les
services publics, faute de directives claires, ne savent
plus quelle attitude adopter face à ce phénomène en expansion.
A chaque événement ou crise, les responsables ont été
amenés à trouver des solutions temporaires. Et on a souvent
évité d’aborder un point aussi sensible, car pour beaucoup,
il s’agit avant tout de femmes pieuses attachées à leur
religion.
Pourtant,
il semble que les choses aient changé. La police considère
aujourd’hui le niqab comme un danger potentiel, un phénomène
qui dérange et une porte ouverte sur le crime. « L’usage
du niqab dans des actes criminels est devenu une véritable
menace pour la sécurité intérieure. Cette tenue, qui couvre
entièrement le corps de la femme et le visage, n’a jamais
éveillé les soupçons des services de sécurité. Pourtant,
un tel accoutrement permet à ce genre de femmes une flexibilité
de mouvement et un champ d’action plus large », explique
une source policière. Selon cette source, l’implication
de ces femmes dans des actes criminels signifie l’adhésion
de nouveaux éléments à des groupes terroristes. |
Loin des regards
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Un changement d’attitude qui déplaît
aux monaqqabate, qui se voient aujourd’hui pointées
du doigt, stigmatisées et classées comme des terroristes
potentiels. Hind, 34 ans, est mère de deux enfants.
Elle a vu dans le port du niqab une protection contre
les regards malséants des hommes lorsqu’elle marche
dans la rue. Depuis qu’elle porte le niqab, et cela
fait dix ans, elle se sent à l’aise. « Je me sens bien
dans ma peau ». La silhouette frêle, enveloppée dans
sa cape de couleur noire, les mains gantées et le visage
complètement voilé, ne laissant apparaître que des yeux
souriants, elle parle de son choix avec une simplicité
surprenante. « Je serais incapable de me dévoiler devant
une personne étrangère. Je mène un train de vie normal
et ne comprends pas pourquoi on ne me laisse pas tranquille
». Depuis qu’elle porte le niqab, Hind s’est presque
retirée de la vie sociale. Elle ne fréquente que très
peu d’endroits et a un cercle de connaissances très
restreint. « Je consacre ma vie à ma petite famille
et mon temps est partagé entre l’éducation de mes enfants,
les cours particuliers et leurs entraînements au club.
Je ne demande rien à personne, je veux uniquement qu’on
me laisse vivre en paix ». Habitant le quartier des
pyramides, elle avoue faire désormais face quotidiennement
à une série de situations qui l’offusquent. « Les choses
ne cessent de s’aggraver. Cette semaine, alors que je
marchais dans la rue des pyramides accompagnée de ma
fille, un agent de la sécurité m’a sommée de prendre
le trottoir d’en face. La raison : je passais devant
un hôtel, et pour lui, je pouvais porter une ceinture
d’explosifs ». Hind assure que ce genre de réflexion
s’est répété à plusieurs reprises, à des endroits différents
et avec des gens différents. « Partout où l’on va, on
nous fait comprendre que nous ne sommes pas les bienvenues.
Et quand il n’y a pas de remarques déplaisantes, les
regards suffisent à prouver une méfiance à mon égard
», dit Hind. Cette femme a préféré s’isoler pour ne
pas faire face à une société qu’elle juge très peu cordiale.
Mais, d’autres monaqqabate ont préféré réagir. La loi
de l’exclusion, elles la rejettent catégoriquement.
« Je suis une citoyenne comme les autres, je suis libre
de choisir la tenue vestimentaire qui me plaît et on
n’a pas le droit de me traiter comme un être inférieur
à cause de mon apparence », dit Fatma, 46 ans. Quand
elle a décidé de porter le niqab, elle a vu dans cette
décision une tentative d’être une musulmane fervente.
La relation avec Dieu nécessite un effort, de l’ijtihad
pour avoir plus de bénédiction. Le niqab est pour ces
femmes un symbole de chasteté. « Si les autres ne veulent
pas nous montrer assez de considération, qu’ils ne fassent
pas en plus pression sur nous ». Pour Fatma, il n’est
pas question d’enlever son niqab car cela serait considéré
comme une apostasie.
En croisant cette femme habillée de
noir, on a du mal à se faire une impression sur elle.
Mais, en la connaissant mieux, on découvre sa force
de caractère. De nature rebelle, elle n’accepte pas
la résignation . « Ce n’est pas parce que deux femmes
portant le niqab ont été impliquées dans un acte terroriste,
qu’il faut nous mettre toutes dans le même panier ».
Dans le club où elle est membre, elle a sensibilisé
toutes les monaqqabate pour adresser une plainte à l’administration.
Et elles ont eu gain de cause puisqu’elles sont de nouveau
autorisées à rentrer par toutes les portes où des femmes
seront chargées de vérifier leur identité.
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Bras de fer
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En effet, ce système de pression réciproque
entre la société et les monaqqabate ne semble pas nouveau.
Au cours des dix dernières années, cette relation a connu
des hauts et des bas. A chaque crise, les responsables
ont pris des mesures strictes et avec le temps, les choses
ont toujours fini par se tasser. Durant la guerre du Golfe,
au début des années 1990, les universités égyptiennes
avaient strictement interdit l’accès aux monaqqabate.
Auparavant, les clubs appartenant à la police et à l’armée
leur interdisaient l’accès, ainsi qu’aux personnes portant
des signes ostentatoires. Ce qui est nouveau aujourd’hui,
c’est la généralisation des mesures prises à l’égard des
monaqqabate et la diversité des endroits dans lesquels
elles sont appliquées. Ce qui accentue le sentiment d’être
face pour la première fois à une stratégie nouvelle vis-à-vis
de ces femmes. Face à ce contexte nouveau, les monaqqabate
sont bien conscientes que la situation ne va pas être
facile à gérer. Un avis soutenu par cheikh Abdel-Métaal,
imam d’une mosquée du quartier des pyramides. « Le port
du niqab n’est pas un choix facile. Ces femmes doivent
le savoir au préalable et doivent en assumer les conséquences.
Si elles veulenatteindre la perfection, il faut qu’elles
en payent le prix ».
Pourtant, dans plusieurs circonstances,
les monaqqabate ont montré qu’elles n’étaient pas prêtes
à baisser les bras. Le dernier procès intenté par trois
femmes contre l’Université américaine et le Club des juges
le prouve. Le jugement, reporté au 25 juin, révélera qui
des deux parties imposera sa loi. « Ces femmes disent
défendre leur liberté personnelle. Sous ce prétexte, on
pourrait aussi permettre à des filles en maillot de bain
de rentrer à l’université », s’indigne une professeur
à la retraite de l’Université américaine. Elle confie
ne pas pouvoir donner son cours lorsque des filles monaqqabate
sont présentes. « Cette tenue met une barrière psychologique
entre l’étudiante et son professeur. Aucune communication
ne peut se faire entre nous si je n’arrive pas à voir
l’expression de son visage. Comment puis-je lui demander
de faire une présentation à ses camarades de classe ?
», s’indigne le professeur.
Une série de situations ont lieu quotidiennement
dans plusieurs endroits. Dans un hôpital public situé
dans le quartier populaire de Choubra Al-Kheima, l’époux
d’une femme monaqqaba en colère a exigé que sa femme,
sur le point d’accoucher, soit prise en charge par un
personnel exclusivement féminin, alors qu’un seul gynécologue
homme était présent sur place.
Une bataille qui est appelée à durer.
Entre-temps, ces femmes fantômes, cachées derrière leur
voile noir, continueront à susciter la curiosité.
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Amira
Doss |
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