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PND . Cette formation au pouvoir fait face à des critiques virulentes aussi bien des partis d’opposition que de la société civile suite aux incidents du référendum. Elle est jugée anachronique à l’heure du pluralisme en tant qu’héritière du régime du parti unique.

Le syndrome du parti unique

Tout bouge en Egypte, cela est sûr. Manifestations des partis d’opposition, un référendum changeant le mode de scrutin de l’élection présidentielle, de l’agitation partout. Des revendications libertaires, des contre-attaques liberticides. Dans ce magma et au beau milieu de ce tiraillement, le rôle du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) s’est trouvé ou retrouvé au centre du débat. A l’heure d’un changement annoncé vers des élections présidentielles avec plusieurs candidats et donc la mise en œuvre nécessaire d’un système pluripartite plus évident, le PND a agi comme un vrai parti unique. Certes, nombreux sont ceux qui ont émis des réserves et des doutes sur la portée de l’amendement de l’article 76 de la Constitution, évoquant ses limites. Mais une chose est sûre : du moins pour la façade, l’heure n’est plus au pouvoir solitaire. Le PND s’est trouvé quasiment à contre-courant de la tendance générale. En agissant de manière musclée comme un garde chiourme de l’ordre établi, il a révélé des faiblesses et surtout une inadaptation au changement à venir.

Pourtant, nombreux sont ceux qui ont parlé d’un printemps du PND. La jeune garde prend place et tente de renvoyer, du moins limiter le rôle des caciques au pouvoir. Le comité politique dirigé par Gamal Moubarak a quasiment nommé en juillet dernier le nouveau gouvernement Ahmad Nazif, qui s’annonce beaucoup plus ouvert, misant sur la modernisation administrative et scientifique. Se voulant dans le vent, il lève les slogans de notre temps : électronique et informatique. L’euphorie s’est poursuivie lors de la campagne préréférendaire. Le PND, voulant vendre la réforme politique telle qu’il la conçoit ou telle qu’elle est envisagée en haute sphère, s’est modernisé, du moins, en apparence. La propagande a commencé à prendre une nouvelle forme. Le PND a eu recours à des réalisateurs de la nouvelle vague pour concevoir des annonces télévisées, des affiches attrayantes à placarder dans les places publiques, dans les stations de métro ou même les wagons ; le recours à des figures populaires et sympathiques en dehors du monde politique comme Karam Gaber, médaille d’or égyptienne aux Jeux olympiques d’Athènes. Cette approche moins rigide a coïncidé avec l’avènement de ce fameux comité politique et ses figures emblématiques.

A l’épreuve de la réalité, ces changements ou cet esprit de renouveau n’ont pas fait leurs preuves. Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, l’explique. Pour lui, il s’agissait de modifications de « forme et non de contenu ». Le fond reste le même. « La série de slogans levés, comme la réforme et l’amélioration du statut de la femme, n’ont jamais été appliqués. Tout le monde en semble lassé. Ce sont les mêmes depuis de longues années. Il y a un fossé en matière de crédibilité entre le parti et la rue », ajoute-t-il. La preuve en est, toujours selon Abdel-Fattah, « le peu d’empressement montré par les citoyens vis-à-vis du référendum ».


Une violence symptomatique

En fait, Nabil Abdel-Fattah comme d’autres analystes trouvent dans la violence commise contre les opposants, ceux du mouvement Kéfaya, les agressions et harcèlements quasi inédits dans la vie politique égyptienne, contre les femmes, la preuve par quatre que rien n’a changé dans ce grand parti du gouvernement. « Photos accablantes dans les journaux d’opposition, images dans les chaînes de télé non égyptiennes, rapports de condamnation de la part des ONG internationales, tout ceci incrimine des éléments politiques du PND », relève-t-il. Un manque de crédibilité qui témoigne selon lui d’un mensonge généralisé. Les slogans politiques seraient aussi truqués que les slogans des affiches électorales. « Un slogan politique tire sa force de sa crédibilité », commente-t-il. Une critique tous azimuts. Le PND tente de s’en défendre. Saïd Al-Daqqaq, secrétaire général du parti à Alexandrie et membre du Haut Comité politique, relève que le discours politique de sa formation « a évolué et gagné en crédibilité et réalisme, surtout après le huitième congrès de 2001 et la mise en œuvre de la réforme ». Une profession de foi qu’il défend énergiquement en reconnaissant des erreurs. « Le PND est capable de reconnaître l’existence de certaines lacunes et de les combler ». Pour lui, la propagande politique est plutôt une explication des activités du parti ou un reflet de son action. « La modernisation, c’est de voir le parti mettre surtout l’accent sur les causes de la nation ».

Mais là où le bât blesse, ce sont les violences du référendum qu’il tente d’attribuer à des excès d’une certaine « minorité qui n’est pas représentative du parti ». La loi doit avoir son mot, relève-t-il. « Et surtout pas de jugement par anticipation ».

Mais cette attitude d’une plèbe aux ordres de « certains courants » du parti ne veut-elle pas dire le rejet de l’opposition, et d’autres formations politiques en droit d’exiger l’alternance au pouvoir ?

Al-Daqqaq assure : « Nous amorçons l’ère du pluralisme politique. Puisque nous croyons en ce principe, cela veut dire que nous reconnaissons les autres partis et leur droit à l’égalité des chances ». Selon lui, les dernières déclarations des cadres du parti en sont la preuve. « Nous avons invité les médias nationaux à accepter le point de vue de l’opposition et lui donner la chance de s’exprimer à l’exemple du PND », relève-t-il. Vœux pieux ? On ne les a jamais vus, ces opposants, cependant à la télé ou ailleurs. Al-Daqqaq reconnaît qu’il ne sait pas pourquoi.

Au-delà, il est clair que la question dépasse le simple débat de l’heure. C’est un lourd héritage politique et aussi, comme d’autres le soutiennent, une fuite en avant de crainte des échéances du futur.


Un lourd héritage

En parlant du PND comme de l’héritier d’un système du parti unique établi en Egypte depuis 1953 et officiellement élargi vers le pluralisme en 1976, on ne fait pas tant le procès de ce parti que l’on décrit son état des lieux. Il est dans une large mesure le successeur de l’Union socialiste arabe. Cette formation politique créée sous Nasser se présentait comme une sorte d’alliance des forces nationales sans identité précise à moins qu’il ne s’agisse du « socialisme arabe » lui-même difficile à définir. On le sait, ce socialisme était une sorte d’égalitarisme et la formation politique ouverte à tous les fidèles. A l’époque d’ailleurs, les théoriciens du régime rechignaient à parler d’un parti unique ou même d’un parti tout court. Ce terme semblait révolu et même déprécié se rapportant à la période monarchique accablée alors de tous les maux. C’était donc la nation représentée avec toutes ses composantes. Une sorte d’équilibre que seuls maintenaient le charisme de Nasser et tout un contexte politique fait de lutte pour l’indépendance encore à parachever, un engagement prioritaire pour la cause palestinienne et le panarabisme, et à l’intérieur, la construction d’un socialisme devant apporter bien-être et justice. Ainsi, le parti faisait corps avec toute la société.

Les échecs du système ont amené sous Anouar Al-Sadate à une tentative de revenir au pluripartisme. Tout d’abord, sous forme de minbar ou tribunes (centre, droite et gauche) au sein de l’organisation politique avant d’évoluer vers l’autorisation de la présence de plusieurs partis, sous condition évidemment. Dans la plupart des cas, il s’est agi de l’éclatement de l’Union socialiste en plusieurs formations. Il reste qu’un grand parti de l’Etat gagnait tout de suite un statut hégémonique. Il se considérait comme la principale formation, les autres étant condamnées à jouer le rôle de figurants. Tant et si bien que Sadate, alors président du parti au pouvoir, a demandé à Ibrahim Choukri, un membre de cette formation, d’aller fonder un parti d’opposition « qui soit à la hauteur ». Une opposition donc marginalisée dès le départ et vue comme élément secondaire. D’autant plus que le pouvoir a toujours refusé de voir des partis émerger en dehors de cette matrice qu’est l’Union socialiste. Seul le néo-Wafd, résurgence du Wafd, grand parti nationaliste d’avant la Révolution, a pu obtenir gain de cause en recourant à la justice en 1978.


Le jeu de l’équilibriste

On peut donc parler de « statu quo » comme l’affirme l’historien Younane Labib Rizq. « C’est-à-dire que l’expérience pluripartite a conservé de nombreuses caractéristiques du système parti unique, même si la dénomination n’existe plus ». Face au PND, les chances des autres partis « sont presque inexistantes ». Ce qui fait que le PND n’a jamais songé à l’idée d’une opposition sérieuse, d’où l’agacement ressenti lors de la campagne référendaire. Il se considère comme l’héritier « de la philosophie que Sadate a souhaité donner au minbar du centre par rapport aux minbars de droite et de gauche. L’ensemble de ces personnalités, notamment sur le plan local, adhèrent au PND car elles sont conscientes des limites de l’ouverture du jeu politique, depuis le passage au pluralisme restreint dans les années 1970 », relève la chercheuse Sarah Ben Nefissa dans Maghreb-Machreq, Hiver 2004-2005. A ceci, elle ajoute la tendance idéologique voulant tout ramener à un centre considéré comme l’expression véritable de la nation. « Le discours traditionnel du PND est par ailleurs fondé sur le principe de regroupement de représentants des tendances les plus modérées de la scène politique, à savoir les islamistes, les libéraux et la gauche ».

Ce jeu d’équilibre a toujours été renforcé par le souci d’indépendance.

Aujourd’hui, dans sa plaidoirie contre un élargissement de la démocratie et du pluralisme, le PND s’élève contre « l’ingérence étrangère », c’est-à-dire celle des Etats-Unis qui voudraient imposer des réformes au régime. Fort de ce patriotisme dont il s’affuble, il n’a pas manqué d’accuser les autres formations et même le mouvement Kéfaya de faire le jeu de l’étranger.

Pourtant, malgré cette mainmise, le PND, lors des dernières élections législatives en 2000, n’avait pas obtenu la majorité. 172 sièges sur 444 contre une quarantaine de sièges pour l’opposition. Les vainqueurs étaient les indépendants, avec 206 sièges. La plupart d’entre eux ont rejoint le PND par calcul politique le sauvant ainsi de la déroute, mais aussi confirmant son statut du parti du gouvernement.

Or pour Younane Labib Rizq, cette définition de la formation au pouvoir contre celle des partis d’opposition est « anormale ». Il souligne que « dans un système correct, les différents partis bénéficient de l’alternance au pouvoir et n’ont pas une appellation immuable, pouvoir et opposition. (...) même à l’époque où le Wafd jouissait de l’appui de la majorité des Egyptiens, il était qualifié dans les études historiques de parti de la majorité face aux partis de la minorité. Et la différence entre ces deux appellations est importante ».

Ces facteurs démontrent la présence d’un blocage politique s’articulant autour de la volonté du PND de jouer le rôle de parti unique et qui s’est manifestée très fort lors du référendum.

La solution, comme la propose Rizq, est conditionnée par une séparation entre le PND et l’institution présidentielle, de manière à ce qu’il se transforme de parti au gouvernement en parti de la majorité si les électeurs lui accordent leur confiance. Une mue difficile mais salutaire plus importante que les innovations de façade et les formules sophistiquées de propagande.

Ahmed Loutfi
Chaïmaa Abdel-Hamid

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3 QUESTIONS À

Mohamad Al-Sayed Saïd, vice-directeur du Centre d’études politiques et stratégiques d’Al-Ahram.

Al-Ahram Hebdo : Le Parti National Démocrate (PND) a-t-il une idéologie ?

Mohamad Al-Sayed Saïd : Il faut distinguer entre deux sortes d’idéologies. L’une est explicite, elle s’exprime dans des textes, des documents, des écrits et une philosophie. L’autre est implicite. Elle est susceptible d’être analysée et comprise à partir du comportement effectif des hommes politiques, de leurs discours et des idées éparses. Toute pensée ou politique a un fond idéologique. Le PND, à l’exemple des autres partis, en a un. La seule différence est que cette idéologie n’est pas claire. Elle n’a pas d’arrière-plan ou de philosophies bien élaborées. C’est une idéologie fondée sur le suivi et la justification des déclarations du chef de l’Etat et du pouvoir. C’est le parti présidentiel. Son idéologie est statique. Elle est fondée sur l’idée de la stabilité. La plupart des membres du PND font partie de l’appareil de l’Etat. Des fonctionnaires ou bien des personnalités qui ambitionnent des postes. L’action du parti se fonde sur la mise à l’écart des rivaux, une manière de vouloir monopoliser le pouvoir.

— Le PND serait-il donc soluble dans un vrai système multipartite ?

— Dans un contexte de litige et de conflit pour accéder au gouvernement, cette formation risque d’être désintégrée, à moins qu’elle ne soit prise en charge par des éléments capables de produire une idéologie indépendante de l’Etat. Je m’attends à la désarticulation. Il y aurait un parti alternatif, de moindre dimension, regroupant les éléments de caractère pragmatique, ceux qui ont le sens pratique. Le seul avantage du PND est son adhésion à l’Etat. Si ce dernier devenait neutre, le parti risquerait de se désintégrer. Sa survie dépend de l’aide de l’Etat et des avantages qu’il lui procure : pouvoir, fonctions. Cela dit, il est impossible dans la conjoncture actuelle que le pouvoir abandonne le PND. Il fait partie de sa structure. Il rassemble toutes sortes d’autorités et les manipule.

— Peut-on parler de tendances opposées ou de divisions au sein du parti ?

— A mon avis, il s’agit de différends dans un cadre purement formel. Le PND est basé sur des nominations et non sur des élections. Il n’a pas de structure démocratique. Ceux qui ont adhéré au comité politique avaient des vues sur l’Etat. Tout le monde sait que c’est le passage obligé des hautes fonctions. Le comité politique ne peut pas être compétitif dans des élections libres et transparentes. Ceci parce qu’il compte une grande partie d’hommes d’affaires, d’académiciens et d’anciens ministres. Ce qui les distingue, c’est le contact qu’ils ont avec les hautes sphères politiques. Ils sont plus sensibles aux changements internationaux. Ils n’ont pas la volonté d’agir avec la violence, qui est celle de l’ancienne garde qui n’a comme arme que la répression et le faux. Ils sont plus modernistes. S’ils ont de l’influence, c’est qu’il y a eu une passation de pouvoir dans le calme puisque la structure du parti n’est pas démocratique. Mais je pense que même l’amendement de la Constitution n’a pas été débattu. Au PND, on ne discute que lorsqu’on vous le demande. Si on vous demande de dire oui, vous le faites. Vous êtes là pour cette raison.

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal

 

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