Ces déclarations
peuvent être lues de différentes façons. Si nous
en prenons le côté positif, il y a une insistance
américaine de voir se réaliser des réformes politiques
couronnées par des élections libres qu’elles soient
parlementaires ou présidentielles, toutes prévues
pour l’automne prochain. Mais il peut aussi y avoir
un côté négatif. En effet, de nombreux Egyptiens
considèrent cette position comme une ingérence américaine
claire dans l’une des questions relatives à la souveraineté
égyptienne. Surtout que le président Bush a lui-même
déclaré à plusieurs occasions qu’il appuyait le
principe d’un contrôle international des élections
égyptiennes.
Qu’est-ce que les
Etats-Unis veulent-ils exactement de l’Egypte ?
Surtout que les Egyptiens sont très sensibles à
toute évolution qui implique une quelconque ingérence
dans leurs affaires internes comme l’idée de contrôler
les élections. Il est connu qu’il y a des doutes
concernant la politique américaine relative à l’instauration
de la démocratie dans les pays arabes. Surtout que
le rôle américain en Iraq est douteux et personne
en Egypte ne le défend.
La stratégie de
l’Administration Bush vise à réaliser de grands
changements que ce soit par la voie pacifique ou
par pression directe ou cachée, de façon à ce que
les régimes arabes actuels se transforment en régimes
démocratiques.
L’Egypte est au
cœur de cette stratégie. Le projet américain en
Iraq s’est avéré très coûteux tant sur le plan matériel
qu’humain et même stratégique. Pour compenser ces
« pertes », l’Administration Bush est à la recherche
d’une grande réalisation ailleurs. Or, l’Egypte
est un grand pays qui joue un rôle leader dans la
région arabe. Si le changement souhaité par les
Etats-Unis a lieu au Caire, il se transmettra aux
autres pays arabes sous la forme de vagues successives
de changement. D’où l’importance de la phase actuelle
dans les relations égypto-américaines.
La stratégie américaine
vise à exercer des pressions sur l’Egypte. Les déclarations
obscures sur l’ouverture d’un dialogue américain
avec le mouvement interdit mais toléré des Frères
musulmans vise à plonger toutes les composantes
de la sphère politique dans la confusion, du gouvernement
à la confrérie en passant par les partis actuels.
Les insinuations
américaines autour de la nécessité d’effectuer un
changement radical dans la vie politique égyptienne
sont assimilées comme étant une ingérence dans les
affaires intérieures. Chose qui n’est pas en conformité
avec la nature des relations habituelles d’amitié
et l’alliance existantes depuis de longues décennies.
Ceci signifie que les anciens principes d’amitié
entre les deux pays sont menacés de déséquilibre.
Mais de son côté, l’Egypte tient à ce que les relations
avec Washington se poursuivent avec la même force.
Il se peut que l’angoisse du Caire s’atténue si
les ingérences américaines restent dans les limites
des mots et d’une critique passagère dans les médias
américains, en particulier les journaux en étroite
liaison avec les cercles de l’Administration Bush.
Mais il semble que la question ne se limitera pas
à une critique passagère. Des études sont effectuées
par les centres de recherches américains en étroite
liaison avec le Congrès et l’Administration américaine
sur la façon de changer le régime égyptien et le
rôle que Washington peut jouer pour parvenir à cet
objectif.
Le paradoxe ici
réside dans le fait que le principe de changement
et de réforme politique en Egypte n’est pas sujet
de discorde, mais c’est la façon dont s’effectuera
ce changement qui semble l’être.
Il y a un changement
dramatique dans la position américaine envers le
régime du président Moubarak. Au cours des mois
passés, on a parlé, officieusement, de trois stratégies
envisagées par Washington et qui, selon l’Egypte,
ne peuvent être prises à la légère. Premièrement,
il y a des tentatives de créer un Karzaï ou un Iouchtchenko
égyptien. Les institutions américaines ont exagérément
critiqué l’arrestation du président du parti d’Al-Ghad
Aymane Nour accusé d’avoir falsifié des documents
nécessaires à la fondation de son parti. En même
temps, ils ont complètement négligé l’arrestation
d’un grand nombre de Frères musulmans qui avaient
participé à des manifestations pour réclamer des
réformes politiques plus amples. Ces faits prouvent
que la vision de Washington sur le changement se
limite au soutien à ceux que l’Administration Bush
considère comme des atouts servant les intérêts
américains.
La seconde mesure
appliquée par Washington a été de financer directement
par le biais de l’ambassade au Caire certaines organisations
non gouvernementales œuvrant dans le domaine des
droits de l’homme et de la promotion de la femme
et ceci sans suivre les procédures légales nécessaires.
C’est-à-dire obtenir l’autorisation préalable du
ministère des Affaires sociales, sachant que ces
organisations travaillent sur le contrôle des prochaines
élections. Ceci a suscité un malaise important dans
les milieux officiels. Quant à la troisième stratégie,
elle concerne l’aide fournie par Washington à l’Egypte.
Des tentatives à l’intérieur du Congrès américain
ont été menées pour annuler l’aide consacrée à l’Egypte
ou la lier à un certain nombre de conditions d’ordre
interne.
Au vu de tout ceci,
on peut dire que les relations égypto-américaines
traversent une période de confrontation. Cela peut
prendre une de ces deux directions. La première
est de faire appel aux expériences précédentes de
dialogue dans l’objectif de rétrécir les zones de
discorde et parvenir à des compromis par n’importe
quel moyen. Quant à la deuxième, c’est une amplification
de cette confrontation de façon à devenir incontrôlable.
Il est clair que
l’insistance du Caire à s’engager dans un dialogue
global avec les Etats-Unis se heurte à une décision
américaine négative. Par conséquent, l’amplification
de la confrontation semble être l’éventualité la
plus probable. En particulier en cas d’échec des
tentatives du Caire de faire face aux attaques dans
les médias américains et si les efforts déployés
pour la réforme politique ne donnent pas l’effet
escompté, surtout qu’il y a des critiques intérieures
importantes envers ce qui a effectivement été entrepris
et qui se limite jusqu’à maintenant à l’amendement
d’un seul article de la Constitution.
C’est un point faible
important qui doit être éliminé avant de penser
à une stratégie complète pour confronter les pressions
américaines. Sans une cohésion à l’intérieur, toute
confrontation risque de coûter cher tant pour le
pouvoir que pour le peuple. Et sans un projet politique
intérieur appuyé par tous les courants politiques,
les pressions américaines continueront de plus belle.