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Égypte - États-unis . Les relations entre les deux pays traversent une période de froid. Les pressions exercées par Washington en vue d’accélérer les réformes en Egypte irritent le gouvernement.
Jusqu’où iront les pressions
de Washington ?
Dans de récentes déclarations, le président américain George Bush a annoncé qu’il avait discuté avec le président Moubarak par téléphone de la nécessité de tenir en Egypte des élections libres et intègres pour que l’Egypte devienne un exemple à suivre. Selon Bush, cette question réalise les intérêts communs égypto-américains et ceux du monde entier.

Ces déclarations peuvent être lues de différentes façons. Si nous en prenons le côté positif, il y a une insistance américaine de voir se réaliser des réformes politiques couronnées par des élections libres qu’elles soient parlementaires ou présidentielles, toutes prévues pour l’automne prochain. Mais il peut aussi y avoir un côté négatif. En effet, de nombreux Egyptiens considèrent cette position comme une ingérence américaine claire dans l’une des questions relatives à la souveraineté égyptienne. Surtout que le président Bush a lui-même déclaré à plusieurs occasions qu’il appuyait le principe d’un contrôle international des élections égyptiennes.

Qu’est-ce que les Etats-Unis veulent-ils exactement de l’Egypte ? Surtout que les Egyptiens sont très sensibles à toute évolution qui implique une quelconque ingérence dans leurs affaires internes comme l’idée de contrôler les élections. Il est connu qu’il y a des doutes concernant la politique américaine relative à l’instauration de la démocratie dans les pays arabes. Surtout que le rôle américain en Iraq est douteux et personne en Egypte ne le défend.

La stratégie de l’Administration Bush vise à réaliser de grands changements que ce soit par la voie pacifique ou par pression directe ou cachée, de façon à ce que les régimes arabes actuels se transforment en régimes démocratiques.

L’Egypte est au cœur de cette stratégie. Le projet américain en Iraq s’est avéré très coûteux tant sur le plan matériel qu’humain et même stratégique. Pour compenser ces « pertes », l’Administration Bush est à la recherche d’une grande réalisation ailleurs. Or, l’Egypte est un grand pays qui joue un rôle leader dans la région arabe. Si le changement souhaité par les Etats-Unis a lieu au Caire, il se transmettra aux autres pays arabes sous la forme de vagues successives de changement. D’où l’importance de la phase actuelle dans les relations égypto-américaines.

La stratégie américaine vise à exercer des pressions sur l’Egypte. Les déclarations obscures sur l’ouverture d’un dialogue américain avec le mouvement interdit mais toléré des Frères musulmans vise à plonger toutes les composantes de la sphère politique dans la confusion, du gouvernement à la confrérie en passant par les partis actuels.

Les insinuations américaines autour de la nécessité d’effectuer un changement radical dans la vie politique égyptienne sont assimilées comme étant une ingérence dans les affaires intérieures. Chose qui n’est pas en conformité avec la nature des relations habituelles d’amitié et l’alliance existantes depuis de longues décennies. Ceci signifie que les anciens principes d’amitié entre les deux pays sont menacés de déséquilibre. Mais de son côté, l’Egypte tient à ce que les relations avec Washington se poursuivent avec la même force. Il se peut que l’angoisse du Caire s’atténue si les ingérences américaines restent dans les limites des mots et d’une critique passagère dans les médias américains, en particulier les journaux en étroite liaison avec les cercles de l’Administration Bush. Mais il semble que la question ne se limitera pas à une critique passagère. Des études sont effectuées par les centres de recherches américains en étroite liaison avec le Congrès et l’Administration américaine sur la façon de changer le régime égyptien et le rôle que Washington peut jouer pour parvenir à cet objectif.

Le paradoxe ici réside dans le fait que le principe de changement et de réforme politique en Egypte n’est pas sujet de discorde, mais c’est la façon dont s’effectuera ce changement qui semble l’être.

Il y a un changement dramatique dans la position américaine envers le régime du président Moubarak. Au cours des mois passés, on a parlé, officieusement, de trois stratégies envisagées par Washington et qui, selon l’Egypte, ne peuvent être prises à la légère. Premièrement, il y a des tentatives de créer un Karzaï ou un Iouchtchenko égyptien. Les institutions américaines ont exagérément critiqué l’arrestation du président du parti d’Al-Ghad Aymane Nour accusé d’avoir falsifié des documents nécessaires à la fondation de son parti. En même temps, ils ont complètement négligé l’arrestation d’un grand nombre de Frères musulmans qui avaient participé à des manifestations pour réclamer des réformes politiques plus amples. Ces faits prouvent que la vision de Washington sur le changement se limite au soutien à ceux que l’Administration Bush considère comme des atouts servant les intérêts américains.

La seconde mesure appliquée par Washington a été de financer directement par le biais de l’ambassade au Caire certaines organisations non gouvernementales œuvrant dans le domaine des droits de l’homme et de la promotion de la femme et ceci sans suivre les procédures légales nécessaires. C’est-à-dire obtenir l’autorisation préalable du ministère des Affaires sociales, sachant que ces organisations travaillent sur le contrôle des prochaines élections. Ceci a suscité un malaise important dans les milieux officiels. Quant à la troisième stratégie, elle concerne l’aide fournie par Washington à l’Egypte. Des tentatives à l’intérieur du Congrès américain ont été menées pour annuler l’aide consacrée à l’Egypte ou la lier à un certain nombre de conditions d’ordre interne.

Au vu de tout ceci, on peut dire que les relations égypto-américaines traversent une période de confrontation. Cela peut prendre une de ces deux directions. La première est de faire appel aux expériences précédentes de dialogue dans l’objectif de rétrécir les zones de discorde et parvenir à des compromis par n’importe quel moyen. Quant à la deuxième, c’est une amplification de cette confrontation de façon à devenir incontrôlable.

Il est clair que l’insistance du Caire à s’engager dans un dialogue global avec les Etats-Unis se heurte à une décision américaine négative. Par conséquent, l’amplification de la confrontation semble être l’éventualité la plus probable. En particulier en cas d’échec des tentatives du Caire de faire face aux attaques dans les médias américains et si les efforts déployés pour la réforme politique ne donnent pas l’effet escompté, surtout qu’il y a des critiques intérieures importantes envers ce qui a effectivement été entrepris et qui se limite jusqu’à maintenant à l’amendement d’un seul article de la Constitution.

C’est un point faible important qui doit être éliminé avant de penser à une stratégie complète pour confronter les pressions américaines. Sans une cohésion à l’intérieur, toute confrontation risque de coûter cher tant pour le pouvoir que pour le peuple. Et sans un projet politique intérieur appuyé par tous les courants politiques, les pressions américaines continueront de plus belle.

Hassan Abou-Taleb
3 QUESTIONS À

Marco Mazzocchi Alemani, chef de l’Unité de jumelage à la Commission européenne, à l’occasion d’un atelier de travail tenu au Caire les 29 et 30 mai dernier.

« Nous avons l’intention d’aider l’Egypte à moderniser ses institutions »

Al-Ahram Hebdo : En quoi consistent les mécanismes de jumelage que l’Union Européenne (UE) veut implanter en Egypte ?

Marco Mazzocchi Alemani : Cette formule de travail a pour cible le secteur public et non le secteur privé. Nous avons d’abord l’intention d’aider l’Egypte à moderniser ses institutions. Nous avons déjà de nombreux programmes avec le secteur privé comme celui de la modernisation des industries, mais nous avons réalisé que le secteur privé ne peut pas progresser si le secteur public a toujours du mal à fonctionner. Si nous voulons moderniser le secteur privé, il faut d’abord moderniser aussi les institutions publiques. Il faut fixer les priorités. La première chose à faire est de reconnaître les choses qui ne fonctionnent pas bien dans chaque institution, ensuite y remédier graduellement. Par exemple, si l’Agence de l’environnement, les Organismes de contrôle des frontières, la police, l’Organisme des ports, etc. ont besoin d’être modernisés, nous leurs faciliterons l’accès aux mécanismes de jumelage avec des institutions européennes qui pourront leur transférer leur expérience.

— Pourquoi l’UE a choisi ce moment précis pour mettre à exécution ce projet ?

— L’accord est entré en vigueur il y a plus d’un an. Je considère donc que nous avions déjà longtemps attendu. Dès que l’accord d’association commence à fonctionner dans un pays quelconque, nous accordons à ce pays une aide financière qui peut prendre des formes diverses. On peut faire ceci de la manière la plus traditionnelle en contribuant à améliorer l’infrastructure des institutions ou en leur accordant de l’assistance technique. Il y a deux ans, cependant, nous avons décidé d’introduire le jumelage avec les pays auxquels nous accordons l’assistance financière dont l’Egypte fait partie. Le jumelage a été utilisé dans le processus d’ascension de pays qui sont devenus aujourd’hui membres de l’Union européenne. Nous avons fait plus de 1 000 jumelages au cours des neuf dernières années. Et nous les considérons comme un pas vers l’accès à l’UE. Il est vrai que l’Egypte n’est pas un candidat à l’UE. Pourtant, le fait que l’Egypte ait signé avec l’Europe l’accord d’association et qu’elle négocie en ce moment avec nous les plans d’action de la politique de voisinage la place dans la catégorie des pays avec lesquels nous pouvons coopérer.

— Quels sont les bénéfices concrets que cette politique pourra apporter à l’Egypte ?

— Nous pensons que ces mécanismes peuvent générer beaucoup de bénéfices pour l’Egypte non seulement à cause de l’accord d’assistance technique, car nous considérons que cela est un mouvement à sens unique. Mais elle va profiter aussi des mécanismes de jumelage, car ceux-ci garantissent une relation à double sens. Nous avons des parties représentant l’Egypte et l’Union européenne qui travaillent ensemble en partenariat. Il s’agit de fonctionnaires publics des deux côtés et donc ils profitent sur le plan professionnel. Nous avons ainsi des collègues des deux parties de la Méditerranée qui travaillent ensemble pendant un ou deux ans avec un objectif commun. Ce qui les aide également à approfondir leurs relations sur tous les plans et effectuer un vrai rapprochement.

Propos recueillis par
Randa Achmawi

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