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Élections . Les dirigeants des trois principaux partis de l’opposition ont publié une liste de réformes « obligatoires » avant la tenue de toute nouvelle consultation électorale. Mais il y a peu de chances que leurs demandes soient satisfaites.

Recettes préélectorales

A l’issue de leur réunion la semaine dernière, les présidents des partis du Rassemblement (gauche), Réfaat Al-Saïd, du néo-Wafd (libéral), Noamane Gomaa, et nassérien, Diaeddine Daoud, ont décidé de « poursuivre leur concertation pour la réalisation de leurs objectifs communs ». Dénonçant « la falsification systématique de la volonté du peuple à travers les référendums et les élections », les trois dirigeants ont publié un communiqué revendiquant des réformes avant toute nouvelle consultation électorale. Il s’agit entre autres de lever « immédiatement » l’état d’urgence, de former un gouvernement « neutre » pour gérer les affaires du pays jusqu’en décembre, de former un comité « neutre » pour diriger les médias appartenant à l’Etat, de confier la supervision des élections à un conseil exclusivement formé de magistrats, et pour le président Moubarak de renoncer à la présidence du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir).

S’agit-il vraiment des conditions sine qua non ces partis ne participeront pas aux prochaines élections présidentielles, ou d’une manœuvre consistant à placer la barre très haut en vue d’éventuelles négociations avec le PND ?

« Non, ce n’est pas une manœuvre, ce sont de vraies revendications », rétorque Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du Rassemblement. Il retrace la petite histoire des panels ayant naguère regroupé des partis de tous bords et qui s’étaient soldés par des revendications pareilles : 1997, 2003, 2004 … « Il s’agit d’un programme de réforme politique et constitutionnelle qui gagne d’autant plus d’importance que la mobilisation sociale en faveur d’une réforme gagne du terrain », dit-il. « Pour ce qui est des prochaines élections présidentielles, les trois partis ont brandi la menace du boycott si leurs demandes ne sont pas satisfaites, du moins en substance », souligne Abdel-Razeq. « Si 80 % ou 70 % de nos demandes sont exaucées, les partis d’opposition pourront faire montre de flexibilité pour le reste. Quant à la possibilité de présenter un candidat unique représentant l’opposition, l’idée n’est pas exclue, mais il reste à savoir d’abord si on participera aux élections », affirme-t-il.

Des bruits courent selon lesquels le projet de loi régularisant les élections présidentielles qui sera prochainement soumis au Parlement tient compte de certaines de ces demandes. Cela serait dans l’intérêt de cette opposition. « Si les partis insistent sur ces conditions, cela signifie qu’ils ne participeront pas aux prochaines élections, et s’ils y renoncent, leur position en deviendra encore plus affaiblie », estime Wahid Abdel-Méguid, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « A moins que le régime décide d’adopter une politique plus flexible et de répondre favorablement à certaines de ces conditions, ouvrant ainsi la porte à une participation de l’opposition aux élections présidentielles », poursuit-il, estimant que le régime a intérêt à le faire pour éviter que les premières élections pluralistes ne se transforment en un autre plébiscite et pour prouver que l’amendement constitutionnel a changé quelque chose.

Même dans ce cas, l’opposition se trouvera face à un autre dilemme. Car si tout le monde sait d’emblée qu’aucun candidat n’aura de vraies chances face au président Moubarak, la situation sera encore pire pour l’opposition si chaque parti décide de présenter son propre candidat. Or, les divisions entre ces partis qui essayent de faire bloc sont trop importantes pour qu’ils tombent d’accord sur un candidat unique. Selon Abdel-Méguid, « le seul bénéfice que les partis de l’opposition puissent tirer des présidentielles c’est d’entretenir un contact avec les électeurs tout en ayant les yeux rivés sur les élections législatives. L’intérêt et le pragmatisme empêcheraient donc les partis de l’opposition de présenter un candidat unique ».

Ahmad Hassan, du Parti nassérien, exclut l’idée d’un candidat unique. « Je ne crois pas qu’il serait possible qu’un candidat puisse représenter les différents partis avec leurs différents programmes politiques et économiques. En tout cas, le sujet n’a pas encore été abordé ». Par ailleurs, Hassan affirme qu’il ne s’attend pas à ce que le PND réponde favorablement aux demandes de l’opposition. Il rappelle pour preuve les résultats décevants du dialogue entre l’opposition et le PND sur l’amendement de l’article 76 de la Constitution. Pour Hassan, « les conditions posées par les trois partis sont négociables, à la différence des droits des citoyens sur lesquels l’opposition est intraitable ».

Mais si les négociations supposent un dialogue, ce dialogue « national » a repris samedi entre le PND et les petits partis de l’opposition « apprivoisée » en l’absence des trois grands qui ont claqué la porte il y a près d’un mois. « On cherchera d’autres cadres de dialogues, et notre opinion parvient au pouvoir à travers les journaux et les communiqués », note Hassan.

« La principale caractéristique qui marque la scène politique est la perplexité. Aucune des parties, que ce soit le régime ou l’opposition, n’a une stratégie claire en ce qui concerne la réforme. Les scénarios se font au conditionnel, rien n’est sûr et la situation peut rebondir d’une semaine à l’autre et d’un mois à l’autre », conclut Abdel-Méguid.

Chérif Albert

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Guerre de banderoles
A Bab Al-Chaariya, les habitants sont divisés en deux camps : l’un opte pour le président Moubarak et l’autre soutient Aymane Nour, le chef rebelle du parti Al-Ghad. Reportage.
La bataille électorale semble avoir commencé dans un quartier de la ville, celui de Bab Al-Chaariya. Les vitrines des magasins, des cafés et les portes des maisons débordent des photos du président Moubarak et celles du président du parti d’opposition Al-Ghad, Aymane Nour, qui veut présenter sa candidature aux prochaines présidentielles. Des banderoles sont accrochées dans les quatre coins du quartier soutenant l’un ou l’autre des deux leaders. Sur les banderoles du PND (Parti National Démocrate, au pouvoir) on peut lire : « Une souris fait face à un aigle », « Nous refusons que les fraudeurs dirigent notre peuple », « La bonne réputation est la condition majeure que nous voulons pour notre président ». Les partisans de Nour ont, pour leur part, accroché des banderoles sur lesquelles ils ont écrit : « Aymane Nour est le représentant de la démocratie et de la jeunesse », « Avec l’âme, avec le sang, les habitants du quartier soutiennent Aymane Nour, le prochain président de la République ».

Les accusations sont mutuelles entre les deux camps. Les partisans de Nour affirment avoir été attaqués par des baltaguis (hommes de main) envoyés par le PND. « Nous avons affiché nos banderoles pendant le soir. Le matin, la plupart d’entre elles étaient déchirées et jetées par terre. Lorsque nous avons commencé à les accrocher de nouveau, nous avons été attaqués par les baltaguis », raconte Ahmad Osmane, membre du parti Al-Ghad et habitant du quartier. Selon lui, ils ont dressé un procès-verbal à la police. « La loi nous accorde le droit de mener notre propagande électorale. Mais pour le PND, tout est permis », insiste Osmane. Il affirme que les partisans du PND ont versé de grosses sommes d’argent aux propriétaires de certains cafés et magasins pour enlever les photos d’Aymane Nour et les remplacer par celles du président Moubarak. « De toute façon, je compte sur ma réputation dans le quartier. J’ai la capacité de faire face à la campagne du PND voulant nuire à ma réputation », dit Aymane Nour avec confiance. En fait, selon Ahmad Abdel-Chakour, membre du parti Al-Ghad, les alliés du PND font circuler des rumeurs selon lesquelles Aymane Nour est un fraudeur, en se basant sur le dernier procès où il a été impliqué. « Comment osent-ils parler d’une affaire où la justice n’a pas encore dit son dernier mot ? », s’indigne Abdel-Chakour.

De l’autre côté de la barre, Ahmad Farghali, secrétaire général du PND dans le quartier de Bab Al-Chaariya, dit que c’est exactement le contraire qui s’est passé. Selon lui, c’est Aymane Nour qui a commencé à afficher des banderoles portant des insultes et des expressions ironiques, ce qui s’oppose aux principes de la propagande électorale selon lesquels chaque candidat a le droit de mener sa campagne sans porter atteinte à la réputation de son adversaire. « Nous avons collé nos affiches en face de celles d’Aymane Nour pour lui montrer que nous ne sommes pas moins forts que lui », affirme Farghali. Et d’ajouter : « Ce sont les baltaguis du parti Al-Ghad qui nous ont attaqués, car nous essayons de les convaincre d’enlever ces expressions ironiques. Nous avons dressé deux procès-verbaux contre eux ». La guerre est donc déclarée entre les deux camps avant même que la présentation de candidature pour la présidence de la République ne commence.

Marianne Youssef
 

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