Sans
nul doute, le oui à l’amendement de la Constitution égyptienne
a incité de nombreux analystes et commentateurs à commenter
et analyser l’après-référendum.
Dans le
magazine hebdomadaire Al-Ahram Al-Arabi, sous le titre
La Constitution en Egypte ranimée, l’analyste Nabil
Abdel-Fattah affirme que « l’un des plus importants
événements intervenus sur la scène politique égyptienne
est la relance de la politique et du mouvement populaire
appelant au changement et à la réforme. Ce, après cinq
décennies d’inertie ».
Sur un
ton plus optimiste encore, Samir Ragab, dans Al-Gomhouriya,
renchérit : « Nous avons maintenant l’occasion de participer
positivement et efficacement au pouvoir. Il n’y a plus
de restrictions, chacun peut s’exprimer librement et
adopter la position qui lui convient. Nous prions les
intrus de s’abstenir de s’ingérer dans nos affaires
».
Certains
dénoncent ouvertement la démocratie à l’américaine.
Comme Emile Amin qui écrit dans Al-Hayat : « La démocratie
et les réformes intérieures en Egypte sont un droit.
Mais si cette revendication de démocratie se fait aux
dépens de la sécurité de la société et si elle conduit
au désordre, alors elle n’a plus de raison d’être. Que
tous ceux qui prônent la démocratie à l’américaine regardent
ce qui se passe en Iraq ».
Rose Al-Youssef
continue à vouloir descendre l’opposition toutes tendances
confondues. « Certaines ailes de l’opposition penchent
pour le fascisme et la dictature lorsqu’elles traitent
avec autrui. Elles oublient complètement l’esprit de
démocratie et ne font aucun cas de la volonté de la
majorité. Elles se contentent d’attaquer moralement
tous ceux qui sont en désaccord avec elles », explique
Mohamad Abdel-Moneim, rédacteur en chef de cet hebdomadaire.
Ismaïl
Montasser, dans Octobar, va dans le même sens en rappelant
que : « On ne peut se passer de l’opposition ni de son
rôle dans la vie politique. Mais il ne faut en aucun
cas que le désaccord dépasse les lignes rouges de sorte
que les intérêts de la nation soient menacés ».
Plus neutre
est l’article de Ramzi Zaqlama dans Nahdet Misr (indépendant),
sous le titre Les chocs surréalistes dans l’Etat égyptien,
sur un ton très pessimiste : « L’Egypte malade qui se
trouve en soins intensifs se réveille de temps à autre,
mais seul un travail sérieux lui permettra de s’en sortir.
Débarrassons-nous des vieux programmes, car le monde
évolue, et mettons sur place de nouveaux programmes
pouvant nous conduire vers un avenir meilleur. Aussi,
il n’y a pas de place pour les partis religieux ».
Dans son
éditorial dans l’hebdomadaire Al-Osboue, l’éminent Yéhia
Al-Gamal compare l’Egypte d’aujourd’hui (après-référendum)
à la France de Louis XIV, « Cinq siècles sont passés
et l’Etat est toujours le domaine réservé du pouvoir
... c’est lui qui autorise et lui qui interdit ... c’est
lui qui fait monter et fait baisser. Les gouverneurs
ne disent pas comme disait Louis XIV, mais font comme
lui, oubliant complètement que déjà 5 siècles sont passés,
et que le monde bouge et évolue depuis ... et le vent
du changement souffle de partout. Le sage est celui
qui navigue de concert avec l’évolution, lui ouvrant
la porte, pour un transfert pacifique vers la démocratie
».
Malheureusement,
cette phase de l’après-référendum a fait aussi surgir
un des phénomènes les plus odieux : il s’agit de la
baltaga (violence commise par des malfrats au service
du PND).
« La baltaga
est devenue le slogan de l’Etat égyptien, et sa façon
de traiter avec les problèmes qui s’y posent. Il semble
que ce régime ne comprend pas que cette politique l’affaiblit
autant à l’extérieur qu’à l’intérieur », écrit le Dr
Mohamad Aboul-Ghar sur un ton très offensif dans l’hebdomadaire
Al-Arabi (nassérien). La porte reste donc grande ouverte
au dialogue et à tout changement pouvant porter profit
aux citoyens égyptiens en premier lieu.