Dès la fin de notre
référendum sur l’amendement de l’article 76 de la Constitution,
un autre s’est tenu en France sur la Constitution européenne.
Malgré la différence des résultats des deux consultations, les
circonstances les entourant étaient quasi similaires. Les deux
référendums, celui de l’Egypte et de la France, se rapportaient
tous deux à la Constitution. Dans les deux cas, il fallait approuver
ou refuser ce qui était proposé sans pouvoir exprimer son avis
sur les détails ou avancer vers une alternative.
L’opposition
française a accusé le gouvernement d’avoir manqué à son devoir
pour ne pas avoir soumis le texte de la Constitution de l’Union
Européenne (UE) à une discussion populaire plus élargie. Raison
pour laquelle l’opposition a incité l’opinion publique à rejeter
le texte proposé pour ne pas avoir fait l’objet de discussions
suffisantes. C’était la position du Parti socialiste français,
estimant que certaines clauses étaient en défaveur de certaines
catégories sociales du peuple français.
Nous
avons vécu une situation similaire en Egypte, d’autant plus
que certains ont estimé que le texte de l’amendement suggéré
était défectueux parce que trop contraignant. Un autre camp
a reproché au gouvernement de ne pas avoir exposé le texte
au débat populaire avant qu’il ne fasse l’objet d’un référendum.
Ce fut la réaction d’une partie en France qui a refusé au
même titre que le référendum porte sur un texte qui lui était
incompréhensible.
Il y a cependant
une différence entre les deux cas égyptien et français. En
Egypte, le référendum a ouvert une nouvelle ère politique
alors qu’en France, il a entravé la marche vers l’intégration
européenne.
En dépit de ce
résultat positif dans le cas de l’Egypte, où plusieurs candidats
peuvent désormais concourir à la magistrature suprême, il
n’en demeure pas moins que notre référendum a été entaché
de beaucoup de vieilles pratiques négatives que l’amendement
même était supposé abolir.
Je ne fais pas
allusion ici aux exactions qui ont été commises contre les
manifestants devant le Syndicat des journalistes. Des exactions
immorales qui font l’objet de poursuites judiciaires. Une
fois leurs auteurs inculpés, c’est à ce moment-là seulement
que nous réussirons à effacer ce point noir qui a beaucoup
souillé l’image de l’Egypte.
Ce que les conditions
du référendum ont engendré de plus dangereux est à mon avis
la pratique de l’ancienne méthode de duperie politique, témoin
du mépris à l’égard du peuple. Les exactions commises lors
des manifestations n’étaient que l’expression directe de cette
méthode qui est allée au-delà pour toucher à la communication
politique même. A titre d’exemple, une des premières mesures
prises pour mettre en application la décision présidentielle
d’amender l’article 76 était de tenir des séances d’audiences
auxquelles ont pris part des personnalités représentant toutes
les tendances et catégories du peuple. Mais ces audiences
ont révélé la même ancienne méthode qui ne se soucie guère
des avis des autres. Ainsi, il a été décidé que ces séances
seraient tenues à huis clos, afin d’empêcher quiconque en
dehors de ces audiences de savoir ce qui s’y déroulait. Ce
qui permettait aux responsables de choisir l’avis qui leur
convenait et d’annoncer qu’il représentait l’opinion de la
majorité. Une grande supercherie bien sûr à laquelle nous
n’aurions pas dû recourir alors qu’on est en train de fonder
notre vie politique sur de nouvelles bases. Résultat : le
texte de l’amendement constitutionnel n’a pas répondu à l’opinion
du peuple dans son ensemble. Il nous suffit de revenir sur
les avis exprimés dans les journaux et les médias publics,
ainsi que ceux de l’opposition pour réaliser l’écart important
entre les avis qui y étaient exprimés et ceux auxquels sont
parvenues les audiences.
Cette formule
défectueuse de l’article 76 a provoqué un large front d’opposition
contre le référendum au moment où le peuple, toutes catégories
confondues, était unanimement d’accord avec la proposition
présidentielle de transformer le référendum sur l’élection
du président en une élection présidentielle à candidatures
multiples.
Pour contrer
l’opposition au texte de l’amendement, les responsables ont
eu recours à la même méthode de duperie, en voulant soumettre
au peuple le simple principe de l’amendement constitutionnel
sans aborder le contenu même de cette modification. Mais face
à l’opposition qui a eu recours à la justice pour stopper
cette méthode détournée, les responsables ont introduit à
la dernière minute le texte amendé sur le bulletin de vote.
Tout cela a incité
l’opposition à boycotter le référendum. Une mesure que l’on
ne peut qualifier que de passive. Nous comprenons certes ses
motifs, mais nous ne l’approuvons pas du tout. Car c’est un
procédé qui nous fait revenir à l’ancienne passivité et n’est
guère différent des méthodes vétustes utilisées par le gouvernement.
D’ailleurs, j’avais mentionné il y a deux semaines que la
participation populaire était un principe dont on ne doit
guère nous passer sous n’importe quelle condition. Parce que
c’est justement là que réside la différence majeure entre
régime démocratique et non démocratique.
La vie politique
en Europe a été témoin d’un scénario similaire lorsque le
gouvernement français a appelé à la tenue d’un référendum
sur le texte de la Constitution européenne. Mais, l’opposition
au lieu d’inciter les Français à boycotter le référendum et
à rester chez eux, les a au contraire encouragés à dire non
et à refuser la Constitution. Le résultat final a alors été
une victoire de l’opposition française qui refusait la Constitution
proposée dès le départ et qui appelle aujourd’hui, secondée
par toutes les factions de la société, à une révision de la
Constitution européenne.
Nous ne pouvons
que nous demander pourquoi l’opposition n’a pas concentré
ses efforts pour lancer un appel aux Egyptiens à refuser le
texte de l’amendement de la Constitution ? Que se serait-il
passé si les partisans du non ne s’étaient pas limités à 2
millions ? Que se serait-il passé s’ils étaient au nombre
de 4 ou de 6 millions ou encore la majorité absolue ? Ceci
n’aurait-il pas été suffisant pour contraindre le gouvernement
à réexaminer le texte rejeté ?
Malheureusement,
ceci restera un point noir dans la pratique de l’opposition.
Cette réalité n’enlève rien au fait que le gouvernement, lui
aussi, a mal agi. Nous devons actuellement rassembler nos
forces et nos efforts pour obliger le gouvernement à renoncer
à ses méthodes vétustes dont le mot d’ordre est duperie plutôt
qu’habileté politique. Cette duperie qui a souillé tout ce
que nous attendions de ce dernier référendum et de l’impact
qu’il aurait pu avoir sur notre vie politique.