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Notre référendum et le leur !
Par Mohamed Salmawy
Dès la fin de notre référendum sur l’amendement de l’article 76 de la Constitution, un autre s’est tenu en France sur la Constitution européenne. Malgré la différence des résultats des deux consultations, les circonstances les entourant étaient quasi similaires. Les deux référendums, celui de l’Egypte et de la France, se rapportaient tous deux à la Constitution. Dans les deux cas, il fallait approuver ou refuser ce qui était proposé sans pouvoir exprimer son avis sur les détails ou avancer vers une alternative.

L’opposition française a accusé le gouvernement d’avoir manqué à son devoir pour ne pas avoir soumis le texte de la Constitution de l’Union Européenne (UE) à une discussion populaire plus élargie. Raison pour laquelle l’opposition a incité l’opinion publique à rejeter le texte proposé pour ne pas avoir fait l’objet de discussions suffisantes. C’était la position du Parti socialiste français, estimant que certaines clauses étaient en défaveur de certaines catégories sociales du peuple français.

Nous avons vécu une situation similaire en Egypte, d’autant plus que certains ont estimé que le texte de l’amendement suggéré était défectueux parce que trop contraignant. Un autre camp a reproché au gouvernement de ne pas avoir exposé le texte au débat populaire avant qu’il ne fasse l’objet d’un référendum. Ce fut la réaction d’une partie en France qui a refusé au même titre que le référendum porte sur un texte qui lui était incompréhensible.

Il y a cependant une différence entre les deux cas égyptien et français. En Egypte, le référendum a ouvert une nouvelle ère politique alors qu’en France, il a entravé la marche vers l’intégration européenne.

En dépit de ce résultat positif dans le cas de l’Egypte, où plusieurs candidats peuvent désormais concourir à la magistrature suprême, il n’en demeure pas moins que notre référendum a été entaché de beaucoup de vieilles pratiques négatives que l’amendement même était supposé abolir.

Je ne fais pas allusion ici aux exactions qui ont été commises contre les manifestants devant le Syndicat des journalistes. Des exactions immorales qui font l’objet de poursuites judiciaires. Une fois leurs auteurs inculpés, c’est à ce moment-là seulement que nous réussirons à effacer ce point noir qui a beaucoup souillé l’image de l’Egypte.

Ce que les conditions du référendum ont engendré de plus dangereux est à mon avis la pratique de l’ancienne méthode de duperie politique, témoin du mépris à l’égard du peuple. Les exactions commises lors des manifestations n’étaient que l’expression directe de cette méthode qui est allée au-delà pour toucher à la communication politique même. A titre d’exemple, une des premières mesures prises pour mettre en application la décision présidentielle d’amender l’article 76 était de tenir des séances d’audiences auxquelles ont pris part des personnalités représentant toutes les tendances et catégories du peuple. Mais ces audiences ont révélé la même ancienne méthode qui ne se soucie guère des avis des autres. Ainsi, il a été décidé que ces séances seraient tenues à huis clos, afin d’empêcher quiconque en dehors de ces audiences de savoir ce qui s’y déroulait. Ce qui permettait aux responsables de choisir l’avis qui leur convenait et d’annoncer qu’il représentait l’opinion de la majorité. Une grande supercherie bien sûr à laquelle nous n’aurions pas dû recourir alors qu’on est en train de fonder notre vie politique sur de nouvelles bases. Résultat : le texte de l’amendement constitutionnel n’a pas répondu à l’opinion du peuple dans son ensemble. Il nous suffit de revenir sur les avis exprimés dans les journaux et les médias publics, ainsi que ceux de l’opposition pour réaliser l’écart important entre les avis qui y étaient exprimés et ceux auxquels sont parvenues les audiences.

Cette formule défectueuse de l’article 76 a provoqué un large front d’opposition contre le référendum au moment où le peuple, toutes catégories confondues, était unanimement d’accord avec la proposition présidentielle de transformer le référendum sur l’élection du président en une élection présidentielle à candidatures multiples.

Pour contrer l’opposition au texte de l’amendement, les responsables ont eu recours à la même méthode de duperie, en voulant soumettre au peuple le simple principe de l’amendement constitutionnel sans aborder le contenu même de cette modification. Mais face à l’opposition qui a eu recours à la justice pour stopper cette méthode détournée, les responsables ont introduit à la dernière minute le texte amendé sur le bulletin de vote.

Tout cela a incité l’opposition à boycotter le référendum. Une mesure que l’on ne peut qualifier que de passive. Nous comprenons certes ses motifs, mais nous ne l’approuvons pas du tout. Car c’est un procédé qui nous fait revenir à l’ancienne passivité et n’est guère différent des méthodes vétustes utilisées par le gouvernement. D’ailleurs, j’avais mentionné il y a deux semaines que la participation populaire était un principe dont on ne doit guère nous passer sous n’importe quelle condition. Parce que c’est justement là que réside la différence majeure entre régime démocratique et non démocratique.

La vie politique en Europe a été témoin d’un scénario similaire lorsque le gouvernement français a appelé à la tenue d’un référendum sur le texte de la Constitution européenne. Mais, l’opposition au lieu d’inciter les Français à boycotter le référendum et à rester chez eux, les a au contraire encouragés à dire non et à refuser la Constitution. Le résultat final a alors été une victoire de l’opposition française qui refusait la Constitution proposée dès le départ et qui appelle aujourd’hui, secondée par toutes les factions de la société, à une révision de la Constitution européenne.

Nous ne pouvons que nous demander pourquoi l’opposition n’a pas concentré ses efforts pour lancer un appel aux Egyptiens à refuser le texte de l’amendement de la Constitution ? Que se serait-il passé si les partisans du non ne s’étaient pas limités à 2 millions ? Que se serait-il passé s’ils étaient au nombre de 4 ou de 6 millions ou encore la majorité absolue ? Ceci n’aurait-il pas été suffisant pour contraindre le gouvernement à réexaminer le texte rejeté ?

Malheureusement, ceci restera un point noir dans la pratique de l’opposition. Cette réalité n’enlève rien au fait que le gouvernement, lui aussi, a mal agi. Nous devons actuellement rassembler nos forces et nos efforts pour obliger le gouvernement à renoncer à ses méthodes vétustes dont le mot d’ordre est duperie plutôt qu’habileté politique. Cette duperie qui a souillé tout ce que nous attendions de ce dernier référendum et de l’impact qu’il aurait pu avoir sur notre vie politique.

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