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Syrie . Le 10e congrès du Baas s’est ouvert lundi à Damas et doit s’achever ce jeudi. Au menu : un examen des grandes questions économiques et politiques, ainsi que l’adoption probable de modestes réformes.

Timide ouverture

C’est dans un contexte régional hautement délicat, dominé par les pressions internationales accrues sur la Syrie, que le parti du Baas, au pouvoir, a ouvert lundi son 10e congrès. Considéré soit comme un rendez-vous décisif à l’heure où Damas est prié de s’engager plus sérieusement dans des réformes, soit comme une simple réunion parmi d’autres, ce congrès attire aussi bien l’attention de la classe politique interne que de la communauté internationale. Toutefois, il semble qu’il ne faudra pas s’attendre à de grands bouleversements. En effet, responsables et médias syriens ont assuré, à la veille du congrès, qu’aucune mesure décisive n’y serait prise, bien que le président Bachar Al-Assad eût annoncé en mars dernier qu’il constituerait « un grand bond en avant ».

Dès le premier jour du congrès, Al-Assad a appelé à une plus grande ouverture politique et à faire de la lutte contre la corruption, et de l’amélioration des conditions économiques des Syriens, une priorité.

Le chef de l’Etat syrien n’a pas évoqué en détail les pressions internationales, notamment américaines, exercées sur la Syrie, ni le conflit arabo-israélien, se contentant d’affirmer qu’il était « nécessaire de faire face d’une manière courageuse et raisonnable aux développements » internationaux.

Lors de son discours d’ouverture, le président syrien a assuré que « le rôle du Baas restera essentiel » en Syrie, appelant à « consacrer le rôle du parti » et à « développer son idéologie et moderniser son projet social ». « Nous devons rendre nos institutions politiques plus performantes, élargir la participation populaire aux prises de décision nationales » et effectuer « une plus grande ouverture en direction des forces nationales, ce qui ouvrirait la voie à tous pour contribuer à l’édification de l’avenir de la Syrie », a ajouté le chef de l’Etat syrien.

En effet, si le congrès est habilité à proposer des directives et non pas des décisions, il devrait, parmi les timides réformes politiques, adopter une nouvelle loi autorisant la formation de partis politiques. Selon un membre du Baas, Aymane Abdel-Nour, qui se présente comme un « réformateur », cette loi serait assortie de restrictions draconiennes, comme le fait que les partis n’aient pas de « base religieuse ni ethnique », ce qui exclut d’office les islamistes ou les Kurdes.

Sur le plan économique, le président Assad a souligné que la « priorité est la situation économique ; il faut améliorer les performances dans ce secteur et les conditions de vie des citoyens », augmenter « le taux de croissance » économique et lutter contre « la corruption qui constitue un problème économique, social et moral ».

Selon M. Abdel-Nour, le congrès doit ainsi prôner « une plus grande libéralisation des échanges économiques, l’ouverture des marchés et l’encouragement des investissements étrangers ». Il souligne aussi que l’Etat « continue à jouer un rôle social important ».

Dans le même temps, le congrès devrait « adopter une motion proposant l’allégement ou l’abrogation des lois d’exception, dont la loi d’urgence (en vigueur depuis 1963) et de la Cour de sûreté de l’Etat », selon la même source. Il devrait également proposer une nouvelle loi sur l’information, ouvrant la voie à l’autorisation de stations de télévision et de radio non gouvernementales et de sites d’information électroniques, selon M. Abdel-Nour.

Abir Taleb

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3 QUESTIONS À
Safwane Al-Qodsi, secrétaire général de l’Union socialiste, membre du Front national progressiste au pouvoir en Syrie.

Al-Ahram Hebdo : Qu’attendez-vous du 10e congrès général du parti Baas, qui s’achève ce jeudi 9 juin ?

Safwane Al-Qodsi : Le congrès doit recommander l’élaboration d’une loi sur les partis, tout en interdisant la fondation de partis religieux, confessionnels ou raciaux. Et ce afin de préserver l’unité de la Syrie ainsi que son tissu social. Ajoutons qu’il existe des groupes qui s’identifient à l’opposition ou les institutions de la société civile qui trouveront certainement un moyen de s’exprimer à travers la nouvelle loi sur les partis. Il existe deux types d’opposition : le premier revêt un caractère national alors que le second se caractérise par ses relations avec l’étranger ainsi que l’octroi d’un financement par certaines ambassades et institutions internationales. Cependant, je ne vois pas d’autres forces politiques influentes en dehors du cadre du Front national, au pouvoir en Syrie.

— Des responsables ont dit que le congrès du parti Baas serait un tournant dans la vie politique et économique du pays. En quoi consiste ce tournant ?

— Le président Bachar a tenu le 2 mai une réunion du commandement central du Front. La principale question abordée était d’examiner les suggestions des partis ainsi que les sujets à discuter lors du Congrès. Nous étions d’accord que le congrès doit constituer un pas significatif dans la vie interne du parti, tout en déterminant la relation entre le parti et le pouvoir exécutif.

Nous sommes tous d’accord sur le fait que le congrès doit régler la question de la nature du système économique en Syrie ainsi qu’un nécessaire assainissement économique, tout en ouvrant la voie à davantage de liberté politique et au multipartisme.

— Accepteriez-vous l’ouverture de l’économie syrienne comme condition nécessaire à la relance économique ?

— Le parti ne peut pas renoncer à ses racines nassériennes, puisqu’il est fondé sur le principe de la coalition de toutes les forces de la société (ouvriers, paysans, soldats, intellectuels, capitalisme national). Cependant, la conception économique du parti est actuellement révisée pour naviguer de concert avec les nouvelles donnes telle la naissance d’un nouveau monde basé sur l’économie de marché. Or, ceci ne doit certainement pas s’opposer à la justice sociale si l’on désire éviter la division de la société.

Propos recueillis par
Atef Saqr
 

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