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Iran
. La course fiévreuse à la présidentielle du 17 juin
est à son comble. Malgré le programme alléchant des réformateurs,
le conservateur Rafsandjani est donné favori des élections. |
| Rafsandjani
prépare son retour |
Le
compte à rebours a commencé en Iran. Les prochains jours vont
être décisifs pour l'avenir. Le 17 juin, le peuple iranien
aura à choisir entre huit hommes qui se disputent la succession
du réformateur Mohammad Khatami : quatre ultra-conservateurs
et trois réformateurs, en plus du favori des élections, l'ancien
président Akbar Hachémi Rafsandjani, réputé comme un pragmatique.
Ce
sont seulement ces huit candidatures qui ont été approuvées,
la semaine dernière par le conseil de la Constitution, organe
chargé de la supervision des élections, après le rejet de
89 autres candidats, femmes ou réformistes, souhaitant participer
aux élections.
Samedi
matin, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a pressé
tous les Iraniens pour qu'ils aillent voter en masse à la
présidentielle, « un devoir divin » pour contrer la menace
de « l'ennemi ». « Déterminer son propre destin est un droit
et un devoir divins », a lancé le guide à des dizaines de
milliers de personnes rassemblées devant un mausolée au sud
de Téhéran pour commémorer le 16e anniversaire de la mort
de Ruhollah Khomeiny, fondateur de la République islamique.
« Je sais que la nation aura raison de l'ennemi dans cette
épreuve », a-t-il dit. Dans le discours officiel, le mot «
ennemi » désigne les Etats-Unis, Israël et les dissidents.
Malgré cet appel, les sondages prédisent, jusqu'aujourd'hui,
une participation aux environs de 50 %, qui pourrait être
l'une des plus faibles de l'histoire de la République islamique.
Appelant
le peuple à ne pas boycotter le scrutin, le principal prétendant
réformateur, Mostapha Moïn, a présenté, samedi, un programme
« alléchant », relevant ouvertement le défi aux conservateurs
: « Je suis parvenu à cette difficile conclusion que je devais
être candidat pour construire un pays fondé sur la loi »,
a-t-il déclaré, tout en dénonçant la « politique d'humiliation
» pratiquée à l'encontre des Iraniens et la sélection des
candidats « selon le goût » du régime.
M.
Moïn a réclamé, lors de sa campagne la libération des prisonniers
politiques, affirmant son intention d'associer à son gouvernement
des « personnalités qui ont été jugées et condamnées injustement
ou illégalement ». Il a également promis de nommer dans son
cabinet un chargé des droits de l'homme et de s'occuper des
arrestations des journalistes.
Le
programme de M. Moïn envisage un rétablissement des relations
irano-américaines, rompues en 1980. « Je suis convaincu depuis
des années que les Américains doivent montrer de la bonne
volonté pour que les relations reprennent. Ils doivent nous
traiter d'égal à égal et renoncer à leur animosité », a-t-il
dit.
Pour
se donner davantage de poids, les partisans de M. Moïn se
sont alliés à l'opposition libérale, quasiment frappée d'ostracisme,
dans un « Front pour la démocratie et les droits de l'homme
», a déclaré lundi un proche du candidat. Un front qui « voit
le jour après plusieurs mois de discussions avec les membres
de l'opposition nationale et religieuse », ainsi que s'appellent
les libéraux, a déclaré Issa Saharkhiz, membre de l'équipe
de campagne de Mostapha Moïn. Ce dernier avait rencontré jeudi
les dirigeants de l'opposition libérale, notamment Ebrahim
Yazdi, chef du Mouvement de la Libération de l'Iran (MLI),
et d'autres dirigeants de l'opposition libérale, Ezzatollah
Sahabi et Habibollah Payman, pour forger cette alliance. Il
s'agit de la première alliance du genre de ceux qui soutiennent
Mostapha Moïn. L'alliance entre les réformateurs et les libéraux
intervient au moment où Mostapha Moïn a radicalisé son discours.
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Second
tour en vue
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Or,
malgré toutes les manœuvres et même si M. Moïn a le soutien
des principaux partis réformateurs, il arrive, dans les sondages,
très loin derrière l'ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani.
Ce dernier est en tête des derniers sondages avec 32 % des
voix, loin devant ses concurrents. Ce qui signifie que, pour
la première fois sous la République islamique, un second tour
de présidentielle sera nécessaire. Toutefois, pour les réformateurs
iraniens, la victoire annoncée d'Akbar Hachémi Rafsandjani
et leur propre défaite sont tout sauf une fatalité. « Mostapha
Moïn a progressé ces dernières semaines, il est devenu le
premier concurrent de Rafsandjani », assure le chef du principal
parti réformateur, Mohammad Reza Khatami. Même s'il est encore
loin dans les sondages derrière M. Rafsandjani, « il y aura
un second tour », ose prédire le numéro un du Front de la
participation.
Cette
semaine, M. Rafsandjani a annoncé son programme électoral,
promettant une « diplomatie interactive et constructive »,
sans évoquer les Etats-Unis avec lesquels une éventuelle décrispation
passe pour un de ses principaux arguments électoraux. Le candidat,
réputé pragmatique, par opposition aux ultra-conservateurs
et aux réformateurs, compte résoudre le problème du chômage,
contrôler l'inflation, relever le pouvoir, faire appel aux
investissements étrangers et privatiser une partie d'une économie
ultra-étatisée.
«
J'entends développer les relations politiques et économiques
avec les pays industrialisés pour utiliser leurs technologies
et leurs capitaux au mieux des intérêts communs », a affirmé
le candidat donné favori des élections.
Dans
un pays constamment montré du doigt par les Occidentaux, M.
Rafsandjani veut « empêcher l'intervention du gouvernement
dans la vie privée des gens », « protéger les libertés individuelles
et publiques » et « renforcer la liberté d'expression en améliorant
la situation de la presse dans le cadre de la Constitution
».
Pourtant,
le programme de Rafsandjani ne dit mot sur les Etats-Unis,
alors que pour beaucoup M. Rafsandjani pourrait devoir sa
victoire à la faculté qui lui est prêtée de renouer les liens
rompus en 1980 avec Washington, au moment où la République
islamique est soumise à une forte pression internationale.
Nombre d'Iraniens estiment que l'absence de relations et les
sanctions américaines sont la cause principale des problèmes
diplomatiques et économiques de la République islamique. Ils
voient aussi en M. Rafsandjani le seul des huit candidats
à posséder l'autorité et l'expérience nécessaires pour éventuellement
normaliser les relations, même si son programme n'évoque pas
les Etats-Unis.
En
fait, les relations avec les Etats-Unis se sont révélées ouvertement
cette semaine comme un enjeu majeur de la présidentielle iranienne
du 17 juin, les réformateurs allant jusqu'à prôner la reprise
d'un dialogue sans conditions, à la différence d'Akbar Hachémi
Rafsandjani. « Il faut casser le tabou des relations avec
les Etats-Unis pour que tout le monde puisse donner son avis
», a déclaré le chef du principal parti réformateur, Mohammad
Reza Khatami, qui présentait le programme de Mostapha Moïn.
Les réformateurs, renchérissant sur Rafsandjani, ont aussi
flirté avec une autre « ligne rouge » du régime en préconisant
une remise en cause des pouvoirs du guide suprême, l'ayatollah
Ali Khamenei.
En
l'état actuel d'aléatoires sondages, M. Moïn n'a aucune chance
de remporter l'élection s'il ne secoue pas l'apathie de l'électorat
qui a fait triompher Mohammad Khatami en 1997 et 2001.
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Maha
Al-Cherbini |
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