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Côte-d’ivoire . De nouvelles violences interethniques et les accusations réciproques du pouvoir et de la rébellion d’en être à l’origine risquent de remettre en cause le processus de désarmement des combattants.

Animosités menaçantes

A peine l’espoir semblait-il se dessiner pour une solution durable à la crise ivoirienne qu’un nouvel accès de violence est venu rompre le climat de confiance déjà fragile. Et, comme souvent depuis le début de la crise, en septembre 2002, le danger vient de l’ouest, précisément dans la région de Duékoué, considérée comme une « poudrière ethnique » et où des violences interethniques ont fait le week-end dernier quelque 70 morts. D’abord, une cinquantaine de villageois de l’ethnie des Guérés ont été tués, un massacre qui s’est suivi par une autre tuerie d’une vingtaine de civils de l’ethnie Dioula. Ce qui fait craindre que l’enchaînement infernal des vengeances et des représailles sur fond de rivalités tribales n’en finisse pas.

En outre, ces violences dans la région de Duékoué, une sous-préfecture de la « boucle du cacao », la richesse de la Côte-d’Ivoire, premier producteur mondial, pourraient remettre en cause le processus de désarmement des combattants. Récemment, les parties en conflit avaient convenu d’entamer, le 27 juin, le processus de désarmement après avoir proclamé, une nouvelle fois, la fin de la guerre. Aujourd’hui, les atrocités commises à Duékoué risquent de tout remettre en cause. D’autant plus que le pouvoir et la rébellion s’accusent mutuellement d’en être à l’origine.

Ces massacres « profitent » au président Laurent Gbagbo, a ainsi affirmé vendredi le porte-parole de la rébellion des Forces Nouvelles (FN), Sidiki Konaté. Selon lui, « c’est pour éviter de procéder au démantèlement des milices de l’ouest », favorables à M. Gbagbo que ces tueries ont été « perpétrées par le clan présidentiel », une sorte de « prélude à la guerre civile » en Côte-d’Ivoire. Le porte-parole des FN a en outre averti que l’échec du démantèlement des milices favorables à Laurent Gbagbo aura des « conséquences désastreuses » sur le processus de paix en Côte-d’Ivoire. Sceptique, il a déclaré : « L’échec du démantèlement des milices, dans la forme et dans le fond, est, à ce jour, une évidence admise par toute l’opinion nationale et internationale ».

M. Konaté a également accusé les milices « au service du pouvoir FPI » (Front Populaire Ivoirien, parti présidentiel) d’être « la véritable menace contre la paix civile », étant les « auteurs » d’« exactions et des tueries ciblées (...) à Abidjan, à Duékoué et dans les villes du sud sous contrôle de M. Laurent Gbagbo ».

Du côté présidentiel, la version est tout autre, et le porte-parole de la présidence ivoirienne, Désiré Tagro, a accusé les rebelles, qui contrôlent le nord de la Côte-d’Ivoire depuis le coup d’Etat raté de septembre 2002, d’en être les auteurs. Ces tueries « portent la marque des rebelles », a-t-il affirmé. M. Tagro a souligné que ces « agressions » ont eu lieu dans « des localités situées, certes en zone gouvernementale, mais à la lisière de la zone de confiance » contrôlée par les Casques bleus et le contingent français de l’Opération Licorne, qui sépare les rebelles des loyalistes, laissant clairement entendre que les « agresseurs » venaient de la zone rebelle. Les forces de sécurité ivoiriennes « n’ont normalement pas à redouter une attaque venant de la zone de confiance qui est tenue par les Forces impartiales qui ont pour mission d’empêcher par tous les moyens les mouvements de personnes armées dans cette zone », ajoute M. Tagro.

Selon les observateurs, ces accusations et contre-accusations risquent de déboucher sur un embrasement, portant ainsi un coup fatal au démantèlement des milices et au désarmement des combattants.

Un accord sur le démantèlement des milices et le désarmement des combattants, deux points-clés dans la crise sans précédent que traverse la Côte-d’Ivoire, avait été laborieusement conclu le 6 avril dernier à Pretoria entre tous les protagonistes de la crise sous la houlette du président sud-africain Thabo Mbeki. Cet accord, élaboré dans la perspective de l’élection présidentielle du 30 octobre, prévoyait un démantèlement immédiat des milices, notamment celles favorables à M. Gbagbo, alors que l’autre partie de l’accord stipule un désarmement des combattants de la rébellion et des enrôlés après septembre 2002 dans l’armée loyaliste. Un protocole établi entre la rébellion et l’armée, le 14 mai à Yamoussouko, a établi que ce désarmement aurait lieu entre le 27 juin et le 10 août.

Mais avant même les tueries du week-end dernier, le porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Jules Yao Yao, avait affirmé que le désarmement des milices commencé dans l’ouest n’avait pas encore obtenu « les résultats escomptés », laissant entendre qu’il pourrait être un échec.

Abir Taleb
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3 QUESTIONS À
Ali Triki, secrétaire général de l’Union africaine au ministère libyen des Affaires étrangères.
Propos recueillis par
Aïcha Abdel-Ghaffar

Al-Ahram Hebdo : La Libye accueille à la fin du mois, à Syrte, le sommet de l’Union Africaine (UA). Qu’attendez-vous de cette rencontre ?

Ali Triki : Le prochain sommet approuvera le principe de l’établissement de ministères africains de Défense et des Transports. Nous y accorderons un grand intérêt. Concernant notamment le domaine des transports, nous construisons actuellement un chemin de fer long de 1 200 km pour relier la Libye, le Tchad et le Niger. Nous avons construit une route reliant le Soudan à l’Erythrée. Nous avons proposé la construction d’un chemin de fer reliant tout le nord de l’Afrique, du Caire jusqu’au Maroc, et qui devrait être financé par le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Il y a d’autres projets de routes pour relier le nord au sud du continent, ainsi que de ports sur la côte de la Méditerranée afin d’aider les pays enclavés, comme le Tchad et le Niger.

D’autres projets concernent la santé dans le cadre de notre coopération avec le Nigeria. Nous avons aussi des investissements directs énormes en Afrique, notamment dans le domaine bancaire.

Cette action est complémentaire avec celle des organisations régionales africaines, comme le COMESA, la CEDEAO et la SADC, qui ont beaucoup avancé dans le domaine de l’intégration économique régionale. Cette action devrait bénéficier à celle de l’UA qui sera dotée d’institutions financières et d’un genre de gouvernement uni.

— Comment évaluez-vous les réalisations du Nepad ?

— Nous sommes conscients que beaucoup de promesses des pays industrialisés n’ont pas été tenues. C’est pour cela que les Etats africains ont décidé de se concentrer sur une coopération avant de réclamer l’assistance extérieure, notamment les investissements étrangers nécessaires au développement de l’Afrique. Tous les chefs d’Etat africains sont d’accord sur l’importance d’activer l’initiative du Nepad ainsi que le renforcement de la coopération entre les pays africains.

— Voyez-vous une solution à la crise du Darfour au Soudan ?

— La Libye et le président Kadhafi déploient énormément d’efforts pour trouver une solution pacifique à la crise du Darfour. Nous avons réuni récemment un sommet à cinq pour appuyer les efforts de paix. Notre énergique intervention se justifie par notre inquiétude vis-à-vis de l’ingérence étrangère et de la résolution du Conseil de sécurité de l’Onu imposant des sanctions au Soudan. Cela est de nature à entraver l’action de l’Afrique visant à résoudre ce conflit.

 
 

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