| Adam Curtis
affirme par ailleurs que Qotb n’était pas le seul à vouloir
réaliser ses rêves « cauchemardesques » pour un monde meilleur.
A Chicago, un autre homme a partagé les mêmes craintes quant
à la force destructive de l’individualisme américain. C’est
le philosophe Léo Strauss qui trouvait en la liberté individuelle
la source de la dégradation des valeurs morales. C’est de lui
qu’est née la conviction américaine de prendre en charge la
lutte contre les forces du mal. Ainsi, le président George W.
Bush se prend aujourd’hui pour le sauveur du monde et se sert
des médias pour justifier sa « guerre sainte » contre le mal.
Le réalisateur
souligne le fait que la politique américaine est basée sur l’invention
d’un danger imaginaire. Une scène-clé étaye cette thèse : Donald
Rumsfeld met en garde contre « le danger nucléaire de l’ex-Union
soviétique », de Saddam Hussein, des Afghans et surtout d’Ossama
bin Laden. Le film insiste sur l’idée qu’Al-Qaëda n’a jamais
existé. Elle aurait été inventée par les faucons de la politique
américaine, suite à la découverte d’une cassette tournée par
des jeunes à Disneyland qui ont été pris pour des terroristes.
Bin Laden et Al-Qaëda resteront toujours les ennemis des Etats-Unis
sous prétexte qu’ils menacent toujours le monde, même après
la disparition de Bin Laden dans les montagnes de Tora Bora.
Le film prend fin
comme il a commencé, par des scènes montrant des gens habillés
à l’afghane, dansant sur les rythmes de la musique américaine.
Une conclusion qui laisse comprendre qu’Américains et Britanniques
ont utilisé la peur du terrorisme, qu’ils ont eux-mêmes nourrie
à des fins politiques.
Malgré l’audace
de son contenu, le film n’est pas assez précis pour les spectateurs
ayant une faible connaissance du Moyen-Orient et des préceptes
de l’islam.
Le réalisateur
a eu recours à des extraits de deux films égyptiens : Al-Karnak
de Ali Badrakhan et Waraa Al-Chams (Derrière le soleil) de Mohamad
Radi, les utilisant pour montrer des scènes réelles illustrant
l’état des prisons. Or, ces films produits sous Sadate visaient
essentiellement à critiquer l’ère nassérienne. Une grave erreur
de la part de Curtis, qui a également omis de mentionner les
titres de ces films dans le générique.
De plus, une série
d’idées et de témoignages ont été mis à l’écran, insistant sur
le côté négatif de l’islamisme et omettant la profondeur et
la tolérance de l’islam. Curtis s’est contenté de jeter sur
les courants islamistes la responsabilité de la naissance du
terrorisme dans le monde, ce qui peut paraître subjectif. Mais
pour lui, le contenu controversé de son œuvre ne fait que pousser
le spectateur à réfléchir, au lieu de se limiter aux réactions
émotionnelles. |