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Cinéma . En mettant en avant la manipulation des médias dans la guerre contre le terrorisme, le documentaire britannique The Power of Nightmares (La Force des cauchemars) d’Adam Curtis fait des remous.

Digressions dérangeantes

« Dans le passé, les politiciens avaient promis de créer un monde meilleur. Mais (…) ces rêves ont été avortés, et à leur place, les politiciens offrent désormais de nous protéger contre des cauchemars. Ils disent qu’ils nous sauveront de dangers redoutables que nous ne pouvons pas apercevoir ni comprendre. Le plus grand danger est le terrorisme international. Une menace qui doit être combattue par une guerre contre la terreur », avance, en voix off, le film britannique The Power of Nightmares (La Force des cauchemars), produit par la BBC. C’est par ces propos que le réalisateur britannique Adam Curtis a choisi de débuter son film, présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes. Le documentaire est une critique des médias internationaux devenus de simples outils de manipulation entre les mains des politiciens. Une œuvre de 2 heures et 37 minutes, condensé d’une série de quatre documentaires, de 60 minutes l’un, du réalisateur.

Le film commence par une affirmation : deux hommes ayant vécu dans les années 1950 sont à l’origine du mal dont souffre le monde actuellement. A savoir, le Frère musulman égyptien Sayed Qotb et le philosophe Léo Strauss qui s’est inspiré des néo-conservateurs américains, aujourd’hui à la Maison Blanche.

A travers leurs histoires relatées en parallèle tout au long du film, Curtis nous présente sa vision sur l’histoire du terrorisme dans le monde.

Le film s’ouvre sur le parcours de Sayed Qotb, inspecteur d’école, arrivé en 1949 à Grelley dans le Colorado pour étudier le système éducatif. Le narrateur du film précise : « il a développé un ensemble puissant d’idées qui n’étaient pas sans inspirer les auteurs des attaques du 11 septembre ». Le documentaire montre comment Qotb percevait la civilisation et la culture américaines « dépravantes » qui ne devaient pas s’infiltrer en Egypte selon lui. Pour ce, il s’est joint aux Frères musulmans. A travers des séquences précises et certaines interventions d’historiens et islamologues, le réalisateur aborde le malentendu Qotb-Nasser, lequel conduira Qotb à la peine de mort, condamné par le tribunal de la Révolution en 1965.


Dégradation des valeurs morales

Adam Curtis affirme par ailleurs que Qotb n’était pas le seul à vouloir réaliser ses rêves « cauchemardesques » pour un monde meilleur. A Chicago, un autre homme a partagé les mêmes craintes quant à la force destructive de l’individualisme américain. C’est le philosophe Léo Strauss qui trouvait en la liberté individuelle la source de la dégradation des valeurs morales. C’est de lui qu’est née la conviction américaine de prendre en charge la lutte contre les forces du mal. Ainsi, le président George W. Bush se prend aujourd’hui pour le sauveur du monde et se sert des médias pour justifier sa « guerre sainte » contre le mal.

Le réalisateur souligne le fait que la politique américaine est basée sur l’invention d’un danger imaginaire. Une scène-clé étaye cette thèse : Donald Rumsfeld met en garde contre « le danger nucléaire de l’ex-Union soviétique », de Saddam Hussein, des Afghans et surtout d’Ossama bin Laden. Le film insiste sur l’idée qu’Al-Qaëda n’a jamais existé. Elle aurait été inventée par les faucons de la politique américaine, suite à la découverte d’une cassette tournée par des jeunes à Disneyland qui ont été pris pour des terroristes. Bin Laden et Al-Qaëda resteront toujours les ennemis des Etats-Unis sous prétexte qu’ils menacent toujours le monde, même après la disparition de Bin Laden dans les montagnes de Tora Bora.

Le film prend fin comme il a commencé, par des scènes montrant des gens habillés à l’afghane, dansant sur les rythmes de la musique américaine. Une conclusion qui laisse comprendre qu’Américains et Britanniques ont utilisé la peur du terrorisme, qu’ils ont eux-mêmes nourrie à des fins politiques.

Malgré l’audace de son contenu, le film n’est pas assez précis pour les spectateurs ayant une faible connaissance du Moyen-Orient et des préceptes de l’islam.

Le réalisateur a eu recours à des extraits de deux films égyptiens : Al-Karnak de Ali Badrakhan et Waraa Al-Chams (Derrière le soleil) de Mohamad Radi, les utilisant pour montrer des scènes réelles illustrant l’état des prisons. Or, ces films produits sous Sadate visaient essentiellement à critiquer l’ère nassérienne. Une grave erreur de la part de Curtis, qui a également omis de mentionner les titres de ces films dans le générique.

De plus, une série d’idées et de témoignages ont été mis à l’écran, insistant sur le côté négatif de l’islamisme et omettant la profondeur et la tolérance de l’islam. Curtis s’est contenté de jeter sur les courants islamistes la responsabilité de la naissance du terrorisme dans le monde, ce qui peut paraître subjectif. Mais pour lui, le contenu controversé de son œuvre ne fait que pousser le spectateur à réfléchir, au lieu de se limiter aux réactions émotionnelles.

Yasser Moheb

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