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Après
la Belgique, l’Allemagne, la France, etc. la Suisse est l’invitée
d’honneur du Festival de danse-théâtre cette année. Elle se
présente avec trois troupes. Les mettre toutes les trois dans
le même panier serait une manière d’aller à l’encontre de ce
qu’est la danse contemporaine. Une danse qui se caractérise
par le refus des moules et des définitions. Et à ceux qui cherchent
le « style » de se persuader, il n’y en a que plusieurs. A l’instar
du cinéma d’auteur, il s’agit ici de spectacles qui portent
chacun l’empreinte de son créateur. Dans le contexte suisse
présent au Caire, il s’agit du spectacle de Philippe Saire,
celui de Gisela Rocha et celui de Serge Campardon. En fait,
il faut se débarrasser de toutes les idées reçues. Plus de thème
à proprement dit à présenter, plus d’histoire à raconter, mais
juste des séquences de la vie en miettes. Le corps devient le
support pour déceler l’incommunicabilité, le rapport avec l’autre
étendu sur un large registre. Le corps s’étale, se meut, s’épanouit
pleinement pour ne tarder à tourner en rond, à se heurter à
l’inachevé et à l’inaccompli, ou à céder à la dérision, tout
comme dans la vie.
Le choix des Affluents,
de la compagnie Philippe Saire, à l’ouverture de cette édition
est représentatif. Il est question d’une compagnie à succès
basée en 1986 à Lausanne, ayant donné plus de 750 performances
de par le monde et participant à l’essor de la danse contemporaine
en Suisse. Un spectacle qui nous promet un voyage vers l’inattendu
et l’exceptionnel, nous transporte, nous « brusque » et nous
mène au cœur de la danse contemporaine qui annule, tout naturellement,
la barrière sacro-sainte qui distingue les actions, le langage
corporel sur scène de celles de la vie. L’exemple des chaussures
vidées d’un sac par un danseur pour être ensuite jetées dans
tous les sens pour peupler entièrement la scène peut bien irriter
le spectateur distant, conservateur disons. Au bout de cette
scène, hautement plastique (malgré les chaussures !), on arrive
à une sorte de danse rythmique, tandis que d’autres danseurs
paraissent sur scène dépaysés, cherchant des paires de chaussures
dans un jeu d’équilibre/déséquilibre. Le spectateur ne perçoit
plus les choses de la même manière. Il sait maintenant la règle
du jeu, il sait qu’on lui demande d’être plus détendu, de laisser
libre cours à son imagination, de ne pas étouffer l’image par
le sens unique : ce ne sont pas des chaussures, ou plutôt ce
ne sont pas que des chaussures.
Les Affluents de
Saire est né de l’idée du croisement, de ce cours d’eau qui
se jette dans un autre, comme ces solos de huit danseurs qui
se rencontrent comme l’eau de la rivière.
Toujours tenté,
dès qu’il s’agit de danse contemporaine, de remonter aux sources
mêmes de l’idée (la rencontre), pour ensuite la démonter, de
disséquer la gestuelle (aller dans les plus minimes particules
d’un geste). Ainsi, Philippe Saire est parti de ce simple sujet
pour se balader dans les différents registres de la rencontre
allant de sa forme la plus primitive, vers ses formes les plus
civilisées. Toute la gestuelle sera marquée par le fait de couler
en abondance vers l’autre, que ce soit dans le rapport de l’intime,
du non-dit dès qu’il s’agit du besoin de l’autre et du désir
de l’approcher ou dans un rapport marqué de violence qui parcourt
le spectacle avec des scènes typiques de revolver adressé d’un
danseur à l’autre. Le chorégraphe explique cette tendance de
violence dans le spectacle : « Une rencontre n’est pas toujours
quelque chose de civilisé, il existe toujours un danger provenant
du comportement primitif. La rencontre avec l’autre n’est pas
chose banale, elle constitue un risque énorme ».
La fin nous donne
le leurre de l’harmonie, de l’individu qui se trouve au sein
de la collectivité répétant les mêmes répliques. Cependant,
Philippe Saire trouve dans la rencontre, dans le sens d’être
pareil aux autres, un moyen de se rassurer, mais qui refléterait
également la solitude.« Pour moi, c’est dérisoire de se réunir
et de se ressembler ».
Si l’avant-première
est partie d’une idée aussi banale que la rencontre pour mettre
sur scène sa complexité et son absurdité, les deux autres seront
plus ancrés dans le quotidien, à tendance plus décontractée.
Re Mind de Gisela Rocha, donné ce soir au théâtre Al-Gomhouriya,
est imprégné par les racines brésiliennes de la chorégraphe
qui vit depuis 1997 à Zurich. Ses œuvres sont des collages sensuels
de textes, de sons, de mouvements puissants et virtuoses, d’images
fortes et poétiques. Elles naissent en collaboration avec ses
danseurs. Dans son spectacle au titre révélateur Re Mind, elle
souligne par le langage corporel le mécanisme de souvenir.
Ce besoin de transporter
les palpitations de la rue sur scène sera également, mais tout
différemment, ressenti dans Traces, de Serge Campardon, qui
sera donné les 12 et 13 du mois sur le même théâtre, Al-Gomhouriya.
Ancien soliste de Béjart, Campardon insiste cependant sur la
chorégraphie de la fête. Il s’était dernièrement aventuré avec
des danseurs amateurs pour réaliser le rêve d’emmener sur scène
des centaines de danseurs pour faire l’ambiance toute live de
la Fête des Vignerons. Dans Traces et dans toute son œuvre,
l’important est de danser, de ne pas rendre des mouvements purs,
mais surtout la danse comme sensation.
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