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Musique
. Chanter cheikh
Imam, c’est rendre un hommage à sa musique et sa
personne. Mais le risque est de tomber dans le panneau
de son style poétique et dépouillé, mystique et
révolutionnaire. Etat des lieux, 10 ans après sa
mort. |
| Non
au clonage ! |
Il
y a plus de six ans, le chanteur engagé Mohamad
Ezzat a pris part à un hommage musical adressé à
l’expérience Imam-Negm. C’était la manière du richissime
homme d’affaires Naguib Sawirès de fêter le soixante-dixième
anniversaire d’Ahmad Fouad Negm, le poète à la langue
bien pendue. Présenter le patrimoine longtemps négligé
de ce duo révolutionnaire, devenu mythique au lendemain
de la défaite de 1967, grâce à l’argent d’un magnat
des affaires, cela était assez significatif quand
même. D’autant plus qu’à la même époque, des copies
non autorisées de leurs œuvres se vendaient à la
Foire du livre contre une modique somme.
Ces deux faits signifient
en quelque sorte que les chants du cheikh Imam sortent
peu à peu de leur cadre fustigé du militantisme
de gauche pour aller vers un public plus large ou
du moins différent par rapport à l’ancienne audience.
Ils ne se donnent plus exclusivement dans les rassemblements
de gauche et ceux des partis progressistes, mais
s’étendent désormais à des groupes huppés tel West
Al-Balad, qui se produit justement dans les bars-restaurants
du centre-ville. Les membres de ce groupe se contentent
d’interpréter une seule chanson du cheikh, Al-Bahr
biyadhak leh (Pourquoi la mer sourit-elle ?), sur
les paroles d’un autre poète rebelle, Naguib Sourour.
Le contenu amoureux et politique de la chanson va
de pair avec le style de West Al-Balad, toujours
à la recherche d’un effet sarcastique et jazzy.
« Nous avons essayé d’adapter une autre œuvre d’Imam,
Ham Ham (Niam Niam) mais on a fini par comprendre
qu’elle ne nous convenait pas. Cheikh Imam est surtout
politique et il le restera », dit Mizzo, membre
de West Al-Balad.
L’étiquette du stricto
politique semble à la fois un atout et une appréhension.
Ceci dit, certains rechantent ses œuvres par désir
de s’afficher comme des « engagés nouvelle vague
ou dernier cri » tel Cherbini, lequel interprète
également des paroles de Salah Jahine et Fouad Haddad.
Tandis que d’autres évitent le message trop direct
de certaines chansons, à l’exemple de l’interprète-compositeur
Waguih Aziz. « J’essaye de ne pas commettre la même
erreur qu’Imam et Marcel Khalifa en optant pour
des choses trop directes. Je ne chante pas l’Iraq
ou la Palestine pour ne pas condamner la chanson
à mort. Des générations à venir pourraient ne plus
comprendre de quoi parlaient ces gens-là qui n’arrêtaient
pas de ressusciter la Palestine ou autres. Je suis
plus l’école de Sayed Darwich », explique Aziz,
ayant à son actif 17 ans d’expérience. Les gens
comparent souvent par contre la performance de ce
dernier au cheikh Imam. Car en amateur de théâtre,
il a opté pour la formule : oud, chant et poésie,
sur scène. De quoi rappeler le duo Imam-Negm, privilégiant
également la sobriété et le droit à la parole. Tous
ces interprètes-compositeurs, qui ont un jour ou
l’autre gravité dans l’orbite du cheikh Imam, souffrent
en effet du culte de la personnalité. Les gens cherchent
à tout prix à ressusciter les morts en eux, essayant
de leur trouver des similitudes. Et eux, ils répètent
pour la plupart la même rengaine : le narcissisme
de l’artiste a fait que l’on devait se dissocier
du cheikh. Couper le cordon ombilical s’avérait
alors la seule solution afin d’échapper au fantôme
d’Imam. Mais le résultat n’est pas toujours garanti.
C’est en fait le cas de tout un groupe d’artistes
qui, dans le temps, se regroupait dans l’appartement
du chanteur aveugle, à Khoch Qadam. Farouq Al-Charnoubi,
Mohamad Ezzat, Kamal Attiya et Ali Ismaïl préfèrent
aujourd’hui chanter leurs œuvres en public, pour
ne pas verser dans la nostalgie d’une époque. Ils
considèrent qu’ils ont d’autres missions à accomplir
que le clonage du maître. Alors qu’Ahmad Ismaïl
continue à solliciter les chansons prophétiques
d’Imam, jugeant que tous ces autres n’ont pas pu
faire mieux. Jonglant avec les variations complexes
de la musique tonale arabe et turque, sans orchestre,
le dépouillement d’Imam a été son image de marque.
« La place qu’il réservait à la musique n’étanche
pas ma soif. Car il privilégiait les paroles, sa
musique ne faisait que traduire les mots. Je préfère
par exemple la rythmique d’une chanson comme Nixon
baba. Parfois, je chante Imam pour des occasions
politiques. Le public politisé répète derrière moi
comme dans une manifestation. Il connaît les paroles
par cœur et se montre assez nostalgique. Dans d’autres
cas, les gens découvrent les chansons. Ils ignorent
qu’elles sont signées Imam et s’adressent à moi
comme si j’en étais l’auteur, faisant part de leur
appréciation », précise Moustapha Wafi, membre du
jeune groupe Sada we mazbout.
En tout cas, si
vers la moitié des années 1980 la chanson politique
n’était plus de mise, elle semble retrouver ses
forces différemment depuis notamment l’an 2000.
Plusieurs font état d’une ébullition. C’est tantôt
un vox populi comme Chaabane Abdel-Réhim, qui exprime
une grogne populaire nouveau style. Tantôt ce sont
des jeunes comme Mariam Saleh Saad, qui à 18 ans
ne chante que le cheikh Imam.
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Dalia
Chams |
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Soirées
commémoratives du cheikh Imam : |
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— Le 14 juin, à 19h, au Centre
culturel russe.
— Le 16 juin, à 19h30, à l’atelier
de Zeitoun.
— Manifestation probable à l’Atelier
du Caire, mais la date reste à déterminer.
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