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Droit.
Les mémoires d'Al-Sanhouri reflètent une période mouvementée
de l'histoire nationale
de la magistrature égyptienne. |
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Histoire du Doyen
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On le nommait
partout « le Doyen » avec un grand d. C'est Abdel-Razeq Al-Sanhouri,
celui qui a reformulé le droit civil en Egypte et dans tout
le monde arabe. Les juges, les présidents des tribunaux, les
maîtres avocats du barreau parlaient de lui avec un respect
profond, avec une sorte de vénération. Trente-quatre ans après
sa
mort, le 21/7/1971 à l'âge de 75 ans, sa fille, Nadia Al-Sanhouri,
et son mari Tewfiq Al-Chawi, tous les deux juristes, décident
de publier Al-Sanhouri à travers ses écrits personnels. L'éditeur
Al-Chourouq s'attache à commenter le titre choisi par les
deux auteurs. Il explique : « Plusieurs écrivent leurs mémoires
dans le but qu'ils soient publiés. Ce qui fait que les lecteurs
lisent ce genre de textes avec une certaine précaution. Mais
les mémoires de Sanhouri ne sont pas de ce genre parce qu'ils
n'étaient pas destinés à la publication mais pour enregistrer
ses convictions. Dans cette perspective, ces mémoires ne sont
autre chose que le langage de la sincérité ».
Par son œuvre colossale, Al-Wassit, de dix
tomes, faisant plusieurs milliers de pages, Al-Sanhouri fut
le premier juriste arabe à mettre en application les méthodes
vigoureuses du raisonnement juridique moderne, à l'exemple
des travaux des juristes français, pour étoffer un droit civil
compatible avec les conditions sociales et religieuses des
sociétés arabes du Machreq et du Maghreb. Il suffisait, lors
d'un débat juridique, d'un réquisitoire ou d'une plaidoirie
que l'argument soit basé sur un ou plusieurs passages tirés
des écrits de Sanhouri, pour que la question soit tranchée
une fois pour toutes.
A son retour en Egypte en 1926, après avoir
passé cinq ans en France, il fut un des premiers docteurs
égyptiens en droit. La lecture des notes que Sanhouri rédigeait
à Lyon, à Marseille et à Paris révèle les contours de son
profil intellectuel qui est vraiment particulier, même distingué.
Sanhouri, en tant qu'esprit méthodique, était très attiré
par l'objectivisme de l'Occident et par le cartésianisme français.
Mais au fond de lui-même, il ne pouvait pas se limiter seulement
au positivisme de la raison humaine parce qu'il était un grand
croyant en Dieu, avec une forte attitude moraliste, qui s'inspire
de la religion pour établir une nette distinction entre le
bien et le mal. En combinant la méthode rationnelle de l'Occident
aux valeurs religieuses et morales de l'Orient arabe, Sanhouri
fut en fait un trait d'union entre deux mondes, deux civilisations.
Son œuvre fut sans doute la tentative d'une compréhension
éclairée de l'esprit de la législation islamique à la lumière
du positivisme du Code civil français.
Mais ce caractère de juriste cartésianiste
et de penseur moraliste devait finalement l'opposer aux politiciens,
lui causer le tournant le plus tragique de sa vie. Le livre
cite en fait, dans les marges de plusieurs de ses pages, les
témoignages de personnalités dont le premier président de
la République, Mohamad Naguib, selon lesquels les Officiers
libres ont voulu imposer à Sanhouri de signer — en tant que
président en exercice du Conseil d'Etat — un communiqué selon
lequel il reconnaissait la légitimité du conseil de la Révolution
de 1952. Mais le Doyen refuse. En fait, sa signature en tant
que président de cette haute instance judiciaire aurait signifié
qu'il légitimait le pouvoir militaire au détriment d'un pouvoir
civil constitutionnel. La riposte des Officiers libres ne
tarda pas : des dizaines d'ouvriers incités par les militaires
forcent la porte du Conseil et attaquent sauvagement le Doyen.
Les juges, qui l'entourent pour le protéger, reçoivent les
coups à sa place. Sanhouri fut sauvé mais transféré à l'hôpital
entre la vie et la mort. L'émir du Koweït à l'époque intervient
pour que le Doyen puisse partir au Koweït où il passa plus
de sept ans en exil sans sa famille.
Cette terrible épreuve qu'a connue Sanhouri
au lendemain du 23 Juillet 1952 restera une page très significative
de l'histoire nationale. En fait, les effets produits par
cette épreuve tragique ont mis en relief l'importance d'une
magistrature indépendante .
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Khaled Abdel-Azim |
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| Al-Sanhouri à travers ses écrits
personnels, collectés par NadAl-Sanhouri à travers ses écrits
personnels, collectés par Nadia Al-Sanhouri et Tewfiq Al-Chawi,
Le Caire, Dar Al-Chourouq, 2005. |
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