Gazalé, ancien président d’AT&T en France
(une multinationale), consultant international en sciences
et technologie et auteur d’ouvrages en français et anglais
en mathématiques, traduits en plusieurs langues, évoque dans
cet ouvrage autobiographique une vie marquée par un témoignage,
voire une insertion dans beaucoup d’événements : les années
d’école au Lycée français du Caire, l’accession au trône du
roi Farouq, la Révolution de 1952 et la crise de 1956. Le
tout présenté avec un très fort sens et attachement à l’égard
des lieux, ceux qui ont changé de physionomie et qui ne sont
plus ce qu’ils étaient. Le tout se déroule sur ce thème :
« Comment l’Egypte était-elle ? Et comment a-t-elle changé
? ». Une nostalgie qui, dit-il, est aussi le propre de jeunes
générations à l’égard d’une « époque qu’elles n’ont pas connue,
celle des années 1940 et 50 (...) Que dire alors en ce qui
me concerne, moi qui ai connu cette époque ? ».
Mais Gazalé souligne qu’il ne faut pas se
méprendre sur le sens de ses propos. Non seulement il ne regrette
pas les Britanniques (qui occupaient l’Egypte), mais il affirme
aussi qu’il les a combattus. « J’ai des traces sur ma chair
jusqu’à présent des chevrotines. J’ai été frappé et battu
par la police de Noqrachi, je manifestais et je me réjouis
que l’Egypte soit devenue indépendante ».
Mais il y a des choses qui restent dans l’esprit,
le regret d’un certain mode de vie cosmopolite, toujours chez
les gens qui ont une double culture. Gazalé a indiqué à Al-Ahram
Hebdo que Bernard Pivot, lors d’une émission Double Je consacrée
au multiculturalisme, avec Alexandrie comme thème, lui a demandé
si cette époque allait oui et non revenir en Egypte. « Comment
voulez-vous qu’elle revienne ? Peut-être à terme ? A l’ouverture
de l’Egypte sur la culture occidentale. Pour l’instant, c’est
laborieux », a-t-il répondu. Difficile, mais pas impossible,
relève-t-il, notamment avec la nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie.
Cela dit, Gazalé exerce aussi son esprit
caustique sur les multinationales. Là aussi, une nostalgie
d’un temps plus simple ? C’est plutôt la préférence qu’il
a pour la vie de laboratoire par rapport à celle des grandes
entreprises. Il a occupé plusieurs postes de direction, son
dernier job étant président d’AT&T. Dans un chapitre très
distrayant et humoristique, il évoque « l’inanité des dirigeants
en contraste avec les chercheurs de laboratoire. J’ai commencé
mon travail comme chercheur et j’ai fini comme dirigeant.
Je suis toujours nostalgique des camarades de recherche et
non des dirigeants ». En fin de compte, il relève que pour
ces grandes sociétés, seul compte ce qu’ils appellent « le
Bottom Line », c’est-à-dire le profit.
On le voit bien, Gazalé n’est lui-même que
dans un cadre fait de beauté et d’humanité .