| Les
six premiers mois de 2005 ont vu apparaître une dizaine
de publications indépendantes. Alam Al-Machahir, hebdomadaire
consacré aux célébrités, est sorti jeudi dernier. Il rejoint
Al-Fagr, un autre hebdomadaire sorti au début du mois,
et Al-Hélwa, hebdomadaire féminin paru en mars. Depuis
fin 2004, la cadence des publications augmente de façon
remarquable. Le Conseil suprême de la presse accorde plus
facilement des licences aux sociétés anonymes égyptiennes,
propriétaires de la majorité des nouvelles publications.
Autre facilité, les publications ayant une licence étrangère
impriment désormais leurs journaux en Egypte, dans les
imprimeries des zones franches. La presse indépendante
est en plein épanouissement. Va-t-elle supplanter les
très classiques Al-Ahram, Al-Akhbar et autres ? « Nous
ne pouvons pas dire qu’une presse remplace l’autre. La
presse privée devrait être un complément et non un remplaçant.
Car, par définition, elle est libre et n’est pas alourdie
par des idéaux ou des politiques », explique Nagwa Kamel,
professeure à la faculté de communication. Selon elle,
le nombre de publications par rapport au nombre d’habitants
lettrés n’est pas grand. « Il faut regarder la qualité
et pas la quantité. Ces publications ne sont pas toutes
à la hauteur », poursuit-elle.
Quoi qu’il
en soit, le phénomène ne manque pas de surprendre. Mais
pourquoi ? Les tenants mêmes de cette presse y voient
un phénomène naturel. « Il n’y a rien d’étrange à ce qu’il
y ait une presse indépendante en grand nombre dans un
pays. L’exception est que les organes de presse et les
médias soient la propriété de l’Etat. Cela n’existe que
dans les régimes totalitaires », explique Yasser Al-Zayat,
vice-rédacteur en chef d’Al-Fagr. Et d’ajouter : « Le
lecteur doit avoir accès à l’information vraie en toute
liberté et sans aucune restriction ». Une opinion que
partage Magdi Al-Gallad, rédacteur en chef d’Al-Masri
Al-Yom, un des deux quotidiens indépendants présents sur
le marché. Celui-ci vient de fêter son premier anniversaire
et a été salué comme étant un journal objectif et impartial.
« Nous avons atteint un de nos objectifs qui est de gagner
l’estime de l’élite. Nous visons en second lieu les lecteurs
des gouvernorats et aussi la jeune génération qui a perdu
confiance dans la presse officielle », explique Al-Gallad.
Et d’ajouter : « Notre objectif à long terme est de pouvoir
remplacer la presse officielle, notre principale rivale.
Nous nous donnons pour cela cinq ans. (...) Nous savons
bien que le lecteur achète encore les journaux officiels
par habitude, et cela bien qu’ils aient perdu toute crédibilité
à leurs yeux. Mais, les lecteurs ne sont plus dupes. Ils
trouvent dans notre journal la version de l’actualité
à laquelle ils n’ont pas droit dans la presse officielle
». D’après lui, l’espérance de vie de la presse officielle
dans son état actuel est de dix ans, voire moins. Cette
nouvelle presse a choisi comme ligne éditoriale de présenter
l’actualité en toute objectivité et impartialité. « Ce
sont là les principes de base de la presse indépendante.
Elle ne doit pas être tendancieuse », explique Al-Zayat.
Al-Masri
et Al-Fagr, chacune dans son genre, ont choisi de dénoncer
la corruption, mais en adoptant un ton calme. Tant dans
le contenu que dans la forme, cherchant ainsi à sortir
des sentiers battus de la presse indépendante réputée
jusqu’ici pour son manque de professionnalisme, la recherche
de sensationnalisme et sa référence à des informations
pas très solides, et surtout son manque de respect à la
déontologie de la presse. Faire une presse crédible et
viable est le défi que tente de relever Al-Masri Al-Yom,
qui a pour rival les quotidiens officiels. Le noyau dur
de la rédaction est formé de journalistes d’âge moyen.
« Presque toute l’équipe rédactionnelle vient de journaux
gouvernementaux. Là où la seconde génération n’a pas de
place. Nous préférons former des jeunes journalistes,
qui ont encore l’esprit propre, pas infecté par la politique
des journaux officiels ou même ceux des partis », explique
Al-Gallad, qui vient, lui, d’Al-Ahram. Al-Masri Al-Yom
emploie 150 journalistes avec un capital de cinq millions
de L.E. Pas de vraie manchette étalée sur six ou huit
colonnes du journal. L’information principale est mise
en évidence dans un encadré. Les noms du rédacteur en
chef et du président du conseil d’administration ne sont
pas, comme il est commun de voir, sous l’en-tête du journal.
« Nous avons décidé de commencer là où la presse quotidienne
officielle s’est arrêtée », explique Al-Gallad. |
L’histoire
d’Al-Fagr est tout autre. Car pour l’équipe rédactionnelle,
le nouveau-né s’inscrit dans la continuité. Et pour cause,
l’équipe du journal est celle-là même qui pendant 5 ans,
sous la direction d’Adel Hammouda, a travaillé pour Sawt
Al-Oumma. « L’équipe maintient sa ligne éditoriale et
sa volonté de secouer et de briser les tabous. Mais cette
fois avec plus de recul, sans commentaire. Le lecteur
est mûr pour faire lui-même la part des choses. D’où le
ton calme et moins sensationnel », conclut Al-Zayat. Et
d’ajouter : « Nous ne pouvons plus publier l’information
simple. Il faut prendre du recul, car les chaînes satellites
nous devancent ». Sur le plan visuel, Al-Fagr a choisi
la différence. « Toute la presse indépendante a une en-tête
rouge. Le lecteur ne parvient plus à distinguer les titres.
D’où notre idée d’innover et de choisir le bleu », poursuit
Al-Zayat. Toute la presse indépendante n’est pas contestataire.
Il y a bien sûr des publications pour le simple divertissement.
Mais il y a aussi les publications proches du pouvoir,
comme par exemple Al-Gamahir, sorti également en 2005
et qui appartient au fils de Kamal Al-Chazli. La série
n’est pas terminée. West Al-Balad (centre-ville) s’est
déjà fait annoncer par des petites affiches, écriture
blanche sur fond bleu. L’annonce ressemble à s’y méprendre
aux panneaux de signalisation. Lecteur, à votre porte-monnaie
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