Al-Ahram Hebdo
: Le prix du brut a atteint les 60 dollars cette semaine sur
les marchés internationaux. Quelles sont les raisons de cette
hausse historique ?
Sameh
Fahmi : La hausse du prix du pétrole sur le marché mondial
est due à plusieurs facteurs. C’est principalement le développement
économique rapide que connaît la Chine et l’Inde qui a conduit
à une augmentation importante de la demande. Cela a eu lieu
à un moment d’insuffisance de la production des raffineries
de pétrole au niveau mondial, notamment aux Etats-Unis et
en Europe à cause de l’arrêt de la construction de nouvelles
raffineries dans le cadre de la convention de Kyoto pour la
protection de l’environnement. Ceci a entraîné une hausse
du prix des ventes de produits pétroliers et par conséquent
a mené à l’augmentation des revenus de ces raffineries, ce
qui leur a permis d’acheter le brut à des prix élevés.Ensuite,
il y a des tensions politiques dans plusieurs pays producteurs
de pétrole au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine
qui ont conduit également à la hausse. Reste enfin que les
superpuissances qui consomment le pétrole, notamment les Etats-Unis,
tiennent à augmenter le taux de leurs réserves stratégiques
en ce moment.
— Pourquoi
l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), malgré
son intention annoncée de calmer les marchés, ne réussit-elle
pas à réduire les cours ?
— L’Opep ne produit
et ne contrôle actuellement qu’environ 40 % de l’ensemble
de la production mondiale du brut, ce qui rend cette organisation
incapable de remédier seule à ce problème, surtout à un moment
où les informations sur l’offre et la demande mondiales sont
floues et imprécises.
— Quels sont
les effets de ces prix élevés sur l’Egypte ?
— Autrefois,
de telles hausses affectaient négativement l’Egypte, car elle
exporte peu et sa consommation est élevée. Les prix du gaz
naturel sont aussi indexés au prix du brut.
Ainsi, les prix
élevés du brut mènent à une hausse de notre facture d’achat
du gaz produit en Egypte par le partenaire étranger (ndlr
: en Egypte, les entreprises pétrolières étrangères qui produisaient
le gaz donnaient une partie de leur production gratuitement
au gouvernement et lui vendaient le reste).
Heureusement,
ceci n’est plus le cas après la création de certains projets
de production de gasoil et de butane que nous importions pour
la consommation locale, et surtout après l’amendement de la
clause relative aux prix du gaz dans les conventions pétrolières
avec les partenaires étrangers et en notre faveur, outre l’augmentation
de nos exportations de produits pétroliers et pétrochimiques.
Nous profitons ainsi de la hausse du prix du pétrole, qui
a coïncidé avec la baisse de nos importations en produits
pétroliers.
La valeur de
nos exportations de brut, de produits pétroliers et pétrochimiques
et de gaz naturel est passée en 2003/2004 de 3,4 milliards
de dollars à environ 4,2 milliards de dollars. On prévoit
qu’elle atteigne 5,5 milliards de dollars en 2004/2005 et
10 milliards de dollars en 2010.
— Pour la
première fois, certaines compagnies pétrolières qualifiées
pendant longtemps de « stratégiques » par l’Etat sont en voie
de privatisation et ont lancé des actions en Bourse, pourquoi
?
— Le lancement
de certaines actions des entreprises pétrolières en Bourse
est un pas positif. Il ravivera la Bourse égyptienne et renforcera
les investissements arabes, étrangers et égyptiens dans notre
secteur. Il permettra également aux simples citoyens d’investir
leurs économies dans des projets pétroliers qui réalisent
des gains importants. Sans compter que c’est une nouvelle
source pour le financement des nouveaux projets du secteur
pétrolier qui offrent des emplois aux jeunes et augmentent
en même temps la production, les exportations et nos réserves
en devises étrangères.
C’est dans ce
contexte que 20 % des actions de la société Sidi Kreir Sidpec
des pétrochimiques ont été lancées en Bourse. L’empressement
à l’achat de ces actions de la part des investisseurs témoigne
de la confiance que l’on a en ces sociétés du secteur pétrolier.
Il est à noter que Sidpec a réussi au cours de 2004 à réaliser
le plus grand taux de bénéfices de son histoire : environ
734 millions de L.E. Elle a réussi à la fois à se procurer
environ 270 millions de dollars via l’exportation de ses produits
vers 51 pays et à satisfaire la demande du marché local.
On s’attend également
à ce que la société d’Alexandrie des huiles minérales Amoc
lance ses actions en Bourse. Notons que le secteur pétrolier
dispose de 30 % des actions de cette société. Les sociétés
d’assurances et les banques nationales disposent de 70 %.
Le volume de ses ventes durant 2004/2005 a atteint environ
2,6 milliards de L.E. On compte dans ce chiffre 187 millions
de dollars d’exportations. La société a fourni au marché local
de nombreux produits comme le gasoil et le butane au lieu
de les importer de l’étranger. Ce qui nous aurait coûté 240
millions de dollars.
— Vous avez
annoncé en 1998 un plan à long terme pour l’industrie pétrochimique
en Egypte. Qu’en est-il de ce projet ?
— L’Egypte a
tout le potentiel qui lui permet d’avoir une industrie pétrochimique
concurrentielle au niveau mondial. Elaborer un plan national
intégré exécuté par la société holding pour les produits pétrochimiques
a propulsé cette industrie vitale. Le développement de tous
les projets de la première phase de ce plan (8 projets) a
été achevé à temps. Maintenant, nous sommes dans la phase
de l’exécution avec un coût d’investissement de 3,5 milliards
de dollars.
— Quel est
l’objectif du lancement de l’essence 92 sur le marché et de
la quasi-suppression de l’essence 90, 40 % moins cher ?
— L’essence 92
octane est d’une qualité supérieure. Elle est fabriquée conformément
aux normes européennes. Elle est exempte de plomb. C’est un
carburant ami de l’environnement du fait de la baisse du taux
de l’émission de gaz nuisible lors de sa combustion. Outre
le fait qu’il augmente la durée de vie du moteur et baisse
le taux de consommation des véhicules en carburant. Le secteur
pétrolier a produit ce genre de carburant pour satisfaire
la demande grandissante des consommateurs propriétaires de
nouveaux modèles automobiles qui exigent une nouvelle essence
de haute qualité et à prix modéré comparée avec l’essence
95 octane dont le prix par litre est de 175 piastres.
— Cela ne
s’inscrit-il pas dans le cadre de la réduction de la subvention
sur les produits pétroliers en Egypte ?
— N’oublions
pas qu’il existe plusieurs catégories d’essence 80, 90, 92,
95 octane pour satisfaire les demandes des différents consommateurs.
Pour ce qui est de la subvention des produits pétroliers,
elle a atteint un chiffre énorme d’environ 21,5 milliards
de L.E. en 2003/2004.
— Quel est
l’objectif de la création d’une société publique d’exploration
pétrolière Sarwa à un moment où le gouvernement vante les
mérites de la privatisation d’entreprises publiques ?
— Sarwa est la
première société d’investissement égyptienne pour l’exploration
du pétrole et pour son exploitation à l’intérieur et à l’extérieur
de l’Egypte. Elle dispose de tous les potentiels lui permettant
de travailler dans le domaine de la recherche, de l’exploration
et de la production. Et ce outre le domaine de la création
des installations maritimes et terrestres, ainsi que les oléoducs
nécessaires pour le transport de l’huile brute et du gaz.
Sarwa a été créée en novembre 2003. Le ministère du Pétrole
y est représenté par l’Organisme égyptien public du pétrole
et la Société égyptienne holding du gaz naturel, ainsi que
la société holding Sud de la vallée pour le pétrole. Y sont
représentés également le ministère des Finances, la Banque
nationale d’investissement et d’autres ministères.Sa création
constitue un pas très important pour confirmer notre présence
sur la scène pétrolière mondiale et pour augmenter les revenus
pétroliers de l’Egypte. D’autant plque l’Egypte dispose d’experts
compétents dans ce domaine et de capacités qui lui permettent
de fonder une société pareille et la gérer conformément aux
systèmes internationaux. Enfin, le fait qu’elle soit soumise
aux règles de la loi sur l’investissement enlève tous les
obstacles qui peuvent entraver son travail.
La création de
cette société s’inscrit dans le cadre du programme d’action
du ministère du Pétrole qui vise à augmenter ses ressources
en devises et à exploiter au maximum les ressources à sa disposition
sans faire assumer à l’Etat de nouvelles charges financières.
— L’Egypte
a commencé à exporter le gaz liquéfié vers l’Europe et les
Etats-Unis. Pouvez-vous nous éclairer sur la situation actuelle
des réserves ? Cette démarche se fait-elle aux dépens des
prochaines générations ?
— Les réserves
en gaz naturel ont augmenté ces dernières années. Elles atteignent
actuellement 67 trillions de pieds cubes de gaz. Outre les
réserves additives probables qui varieraient, d’après les
estimations des grandes sociétés mondiales œuvrant en Egypte,
entre 100 et 125 trillions de pieds cubes. On a envisagé l’exportation
pour soutenir la balance des devises étrangères du secteur
pétrolier et pour alléger une partie de la charge qu’il assume
dans le remboursement des coûts de développement des nouveaux
gisements de gaz naturel. Et ce, sans porter atteinte aux
droits des prochaines générations en énergie. On couvre actuellement
les besoins de 4 plans locaux de développement en gaz naturel
et on consacre le tiers des réserves aux exportations. Mais
la priorité est pour la satisfaction des besoins du marché
local. Les projets d’exportation du gaz naturel liquéfié permettront
à l’Egypte d’être présente avec force sur la carte d’exportation
du gaz. Elle sera l’un des 6 grands exportateurs de gaz liquéfié
au niveau mondial. On a commencé l’exportation le 30 mai dernier
après l’inauguration par le président Moubarak du projet d’exportation
du gaz naturel liquéfié à Damiette. La première charge — d’environ
140 000 m3 — a été exportée vers les Etats-Unis.
Reste à dire
que le projet d’exportation du gaz naturel liquéfié à Damiette
est la plus grande unité de liquéfaction au niveau mondial
du point de vue de sa capacité. Ce projet a été exécuté en
un temps record (3 ans). Il est conçu à l’aide des techniques
les plus sophistiquées. Les actionnaires sont la société italo-espagnole
Union Vénusa Gaz (80 %) et le secteur égyptien du pétrole
(20 %) .