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Événement. Les Prix de l’Etat pour l’année 2004 annoncés la semaine dernière par le ministre de la Culture ont dévoilé de nombreuses surprises. Ils s’ouvrent cette annéesur des changements tant demandés par les intellectuels.
La mue des Prix de l’Etat

Les événements se bousculent en ces mois chauds d’été. Du référendum sur l’amendement de la Constitution, en passant par les manifs du Mouvement de changement Kéfaya et la visite de Condi. Et au milieu de tout cela, on aurait presque pu rater les prix honorifiques de l’Etat attendus avec ferveur et annoncés en grande pompe avant, au mois de juin. Le politique a-t-il pris le pas sur le culturel ? Ou bien le culturel tente-t-il de flirter avec le politique avec des surprises du genre du Prix de l’estime en lettres attribué au trio Abdel-Wahab Al-Messeiri, libre penseur à tendance islamiste et auteur d’une importante encyclopédie sur les juifs et le judaïsme, Abdel-Moneim Téleima, critique marxiste et professeur imminent de littérature arabe, et Khaïri Chalabi, romancier connu pour ses positions critiques et classé parmi les écrivains marginaux. Ou celui décerné en sciences sociales à l’économiste de tendance socialiste Gouda Abdel-Khaleq.

Est-ce que les représentants de l’Etat ont renoncé au choix des figures politiquement correctes ou des universitaires enfermés dans leur académisme pour ouvrir la voie à des figures plus opposantes parce que plus indépendantes et plus libres ? Ou serait-ce, comme le répètent certaines mauvaises langues, des mesures nécessaires garantissant la distribution du gâteau entre des figures « dociles » et d’autres plus libérées, afin de maintenir une tenue démocrate ?

Quels que soient les motifs de cette sélection, ce qui nous importe c’est le fruit même, ces surprises, ces quasi phénomènes qui ont marqué les prix. Ce qui frappe en premier lieu, c’est qu’on s’est bien débarrassé des noms de grands responsables et ministres qui étaient auparavant élus par les universités pour répondre à des jeux d’intérêt et de pouvoir. Par contre, la liste abonde de nombreuses personnalités audacieuses. A l’exemple de l’écrivain Khaïri Chalabi (auteur de Wékalet Attiya, Sareq Al-Farah entre autres) ou du scénariste Yousri Al-Guindi, qui a remporté le Prix d’excellence dans les arts, tous deux dénonciateurs de la corruption, et qui prennent le parti des sans-voix contre tout despotisme. Il y a aussi des figures audacieuses dont la popularité dépasse la vraie production comme le détenteur du prix de haute stature décerné par élection institutionnelle et portant le nom de Moubarak, Kamel Zoheiri, et Fathiya Al-Assal qui a remporté le Prix d’excellence en littérature. Le premier est l’ex-président du Syndicat des journalistes, connu pour des positions fermes en faveur de la liberté d’expression avec à son actif de nombreux écrits en Histoire. Tandis que la seconde est connue avant même son titre d’écrivain comme autodidacte, membre du parti du Rassemblement (gauche), rangée du côté des « petites gens ».

D’un autre côté, il y a eu la longue liste de candidats séduits par l’augmentation de la valeur des prix qui atteint le double (200 000 L.E. au lieu de 100 000 pour le Prix Moubarak, 100 000 pour le Prix honorifique, 50 000 pour le prix d’excellence et 20 000 pour l’encouragement dans leurs différentes branches) et par le droit de se présenter individuellement, indépendamment des institutions, surtout en ce qui concerne le Prix d’excellence et celui de l’encouragement. Cela a donné lieu à l’apparition de nombreux noms qui ne sont pas à la hauteur de tels prix. Ainsi, Nabil Louqa Bébawi, malgré son âge, s’est présenté à deux branches du Prix de l’encouragement, consacré normalement à encourager les jeunes dans les différents domaines, en Histoire et en sciences sociales, et a pu collecter les voix pour la dernière. Un prix qui a suscité beaucoup de critiques vu la participation de Bébawi dans une campagne en faveur de la réélection du président Moubarak. De même, cette ambitieuse liste de candidatures, en dessous du niveau, a fait que de nombreux prix d’encouragement ont été retenus. Le comité a retenu 18 prix sur un total de 32, ce qui l’a exposé à de vives critiques.

Dans cette ambiance généralement positive, le ministère de la Culture a déclaré une rectification des lois qui régissent le comité de sélection. En réponse aux vives demandes des intellectuels d’augmenter le nombre de personnalités intellectuelles au sein du comité de peur d’être sous-estimé par les hauts fonctionnaires de l’Etat qui dominent le comité, on s’attend en juillet prochain à de nouvelles déclarations en faveur du changement .

Dina Kabil

 

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