| Les
événements se bousculent en ces mois chauds d’été. Du référendum
sur l’amendement de la Constitution, en passant par les manifs
du Mouvement de changement Kéfaya et la visite de Condi. Et
au milieu de tout cela, on aurait presque pu rater les prix
honorifiques de l’Etat attendus avec ferveur et annoncés en
grande pompe avant, au mois de juin. Le politique a-t-il pris
le pas sur le culturel ? Ou bien le culturel tente-t-il
de flirter avec le politique avec des surprises du genre du
Prix de l’estime en lettres attribué au trio Abdel-Wahab Al-Messeiri,
libre penseur à tendance islamiste et auteur d’une importante
encyclopédie sur les juifs et le judaïsme, Abdel-Moneim Téleima,
critique marxiste et professeur imminent de littérature arabe,
et Khaïri Chalabi, romancier connu pour ses positions critiques
et classé parmi les écrivains marginaux. Ou celui décerné en
sciences sociales à l’économiste de tendance socialiste Gouda
Abdel-Khaleq.
Est-ce que les
représentants de l’Etat ont renoncé au choix des figures politiquement
correctes ou des universitaires enfermés dans leur académisme
pour ouvrir la voie à des figures plus opposantes parce que
plus indépendantes et plus libres ? Ou serait-ce, comme le répètent
certaines mauvaises langues, des mesures nécessaires garantissant
la distribution du gâteau entre des figures « dociles » et d’autres
plus libérées, afin de maintenir une tenue démocrate ?
Quels que soient
les motifs de cette sélection, ce qui nous importe c’est le
fruit même, ces surprises, ces quasi
phénomènes qui ont marqué les prix. Ce qui frappe en premier
lieu, c’est qu’on s’est bien débarrassé des noms de grands responsables
et ministres qui étaient auparavant élus par les universités
pour répondre à des jeux d’intérêt et de pouvoir. Par contre,
la liste abonde de nombreuses personnalités audacieuses. A l’exemple
de l’écrivain Khaïri Chalabi (auteur de Wékalet Attiya, Sareq
Al-Farah entre autres) ou du scénariste Yousri Al-Guindi, qui
a remporté le Prix d’excellence dans les arts, tous deux dénonciateurs
de la corruption, et qui prennent le parti des sans-voix contre
tout despotisme. Il y a aussi des figures audacieuses dont la
popularité dépasse la vraie production comme le détenteur du
prix de haute stature décerné par élection institutionnelle
et portant le nom de Moubarak, Kamel Zoheiri, et Fathiya Al-Assal
qui a remporté le Prix d’excellence en littérature. Le premier
est l’ex-président du Syndicat des journalistes, connu pour
des positions fermes en faveur de la liberté d’expression avec
à son actif de nombreux écrits en Histoire. Tandis que la seconde
est connue avant même son titre d’écrivain comme autodidacte,
membre du parti du Rassemblement (gauche), rangée du côté des
« petites gens ».
D’un
autre côté, il y a eu la longue liste de candidats séduits par
l’augmentation de la valeur des prix qui atteint le double (200
000 L.E. au lieu de 100 000 pour le Prix Moubarak, 100 000 pour
le Prix honorifique, 50 000 pour le prix d’excellence et 20
000 pour l’encouragement dans leurs différentes branches) et
par le droit de se présenter individuellement, indépendamment
des institutions, surtout en ce qui concerne le Prix d’excellence
et celui de l’encouragement. Cela a donné lieu à l’apparition
de nombreux noms qui ne sont pas à la hauteur de tels prix.
Ainsi, Nabil Louqa Bébawi, malgré son âge, s’est présenté à
deux branches du Prix de l’encouragement, consacré normalement
à encourager les jeunes dans les différents domaines, en Histoire
et en sciences sociales, et a pu collecter les voix pour la
dernière. Un prix qui a suscité beaucoup de critiques vu la
participation de Bébawi dans une campagne en faveur de la réélection
du président Moubarak. De même, cette ambitieuse liste de candidatures,
en dessous du niveau, a fait que de nombreux prix d’encouragement
ont été retenus. Le comité a retenu 18 prix sur un total de
32, ce qui l’a exposé à de vives critiques.
Dans cette ambiance
généralement positive, le ministère de la Culture a déclaré
une rectification des lois qui régissent le comité de sélection.
En réponse aux vives demandes des intellectuels d’augmenter
le nombre de personnalités intellectuelles au sein du comité
de peur d’être sous-estimé par les hauts fonctionnaires de l’Etat
qui dominent le comité, on s’attend en juillet prochain à de
nouvelles déclarations en faveur du changement . |