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Nil. Le fleuve qui garantit 95 % de l’eau douce aux Egyptiens souffre de plusieurs sortes de pollution. Des efforts sont en cours pour les réduire, mais demeurent toujours insuffisants.

Hapy profané
Malgré l’existence de plusieurs lois qui incriminent toute forme d’agression et de pollution du Nil, ces législations ne sont pas du tout respectées, et restent lettre morte.

Pourtant, pour les Anciens Egyptiens, le Nil (Hapy) était un fleuve sacré, et l’une des invocations que le défunt faisait lors du jugement des âmes était : « Je n’ai pas pollué l’eau du Nil », car le faire constituait un péché. Un Egyptien d’aujourd’hui ne peut pas en dire autant.

En effet, on verse dans le Nil toutes sortes d’eaux usées, que ce soient industrielles, agricoles, ou sanitaires, en plus des déchets solides sous toutes leurs formes. La situation est vraiment dangereuse, les infractions contre le Nil sont nombreuses et il nous suffit de savoir que le nombre des malades qui souffrent de problèmes rénaux va crescendo. « Les rapports officiels récemment publiés assurent que 90 000 personnes perdent leur vie annuellement pour des raisons de pollution de l’environnement », a déclaré le Dr Magdi Allam, vice-président de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE). Des chiffres choquants annoncés lors du Forum égyptien pour défendre le fleuve du Nil, tenu récemment.

Il suffit de se référer aux données pour se convaincre de la gravité de la situation. Le volume du tout-à-l’égout brut ou traité partiellement qui se déverse dans le Nil atteint les 1,8 milliard de m3 annuellement. Il provient essentiellement des 4 200 villages, situés le long des 1 300 km que constitue le cours du fleuve.

Selon Magdi Allam, le réseau de drain sanitaire couvre les villes à la hauteur de 77 % et les villages d’un taux de 5 %. Tout le reste est donc versé dans le Nil. Ce problème s’est aggravé quand le gouvernement a commencé à étendre le réseau d’eau potable à certaines agglomérations sans élargir proportionnellement le réseau des égouts.

Mais le problème le plus grave est celui de l’évacuation des déchets industriels. « Le fleuve reçoit chaque année 549 millions de m3 de déchets industriels. Notre ministère a pu aider 34 industries à opérer une reconversion de leurs méthodes. Elles représentent un volume de 100 millions de m3 », a indiqué le ministre de l’Environnement, Magued Georges.

En fait, en ce qui concerne les déchets industriels, les premiers coupables, selon les rapports du ministère de l’Environnement, sont l’industrie alimentaire et l’industrie chimique qui sont responsables de la pollution du fleuve par les matières organiques et par les métaux lourds.

« Il ne faut pas quand même oublier le drainage agricole versé dans le Nil directement qui s’élève à 12,2 milliards de m3 par an », souligne le Dr Allam, tout en ajoutant qu’il y a dans le Nil 919 bateaux de pêche sur lesquels travaillent 7 643 pêcheurs, et tout ce nombre se débarrasse de ses déchets dans l’eau du fleuve.

Paroles, paroles

C’est ainsi que le ministère des Ressources hydrauliques et de l’Irrigation, dans son plan national pour la gestion complète des ressources hydrauliques 2005-2017, a consacré une des trois phases du programme au contrôle des sources de pollution de l’eau.

« Le ministère révise actuellement les articles de la loi 48 de l’année 1982 et de la loi 12 de l’année 1984 sur le Nil pour proposer les changements nécessaires, afin de rendre ces législations plus effectives et pouvoir ainsi contrer les infractions multiples dont souffre le fleuve », indique Hussein Al-Atfi, porte parole du ministère de l’Irrigation.

Plus encore, le ministère aura recours au réseau national de monitoring et de surveillance de la qualité de l’eau. « On dispose de 290 sites de mesure pour l’eau superficielle et 200 points de surveillance pour l’eau souterraine. Nous mesurons à travers notre réseau tous les éléments organiques, chimiques et microbiologiques dans l’eau d’une manière régulière », assure Al-Atfi.

Quant au ministère de l’Environnement, il essaye de résoudre le problème selon les moyens du bord. Il a, par exemple, construit 5 stations pour collecter les déchets liquides des croisières et a aidé 257 croisières à y établir des unités de traitement pour leur drainage sanitaire.

« Nous avons coordonné avec les ministères de l’Irrigation, de l’Habitat, du Développement local, de l’Agriculture, de la Santé et de l’Intérieur pour préparer 12 programmes destinés à éliminer la pollution du Nil », a déclaré le ministre de l’Environnement.

Ces 12 programmes ont pour objectif de réduire les différentes sortes de pollution, défendre les îles du Nil, prévenir des accidents dans le fleuve, procéder au monitoring environnemental du fleuve ainsi que d’établir des bases de données, des recherches et des études sur le Nil. Des programmes qui on ne peut plus ambitieux et prometteurs. Il reste qu’ils soient appliqués .

Dalia Abdel-Salam
 

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