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Elections. La campagne électorale pour les législatives, qui se tiendront en septembre prochain, a déjà commencé. Opposition et PND peaufinent leur stratégie de bataille.
Le défi des législatives

Parti au pouvoir et opposition se préparent actuellement aux élections législatives qui doivent se tenir en septembre prochain. Ces élections revêtent une importance particulière à la suite des derniers développements politiques, notamment la révision de la Constitution et de la loi sur l'exercice des droits politiques. « Les prochaines élections législatives représentent pour nous un grand défi. Car les nouvelles lois exigent que les partis de l'opposition remportent 5 % des sièges au sein du Parlement pour avoir le droit de participer aux élections présidentielles de 2011 », explique Diaeddine Daoud, président du Parti nassérien.

Contrairement donc aux élections précédentes qui ont été boycottées par certains partis de l'opposition, celles-ci s'annoncent chaudes. Les partis sont déjà lancés en action, leurs chefs craignant des « manœuvres frauduleuses » de la part du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir). Il y a deux mois déjà que les chefs des partis de l'opposition tiennent des réunions successives. L'objectif est de mettre une stratégie commune afin de pouvoir changer, même de manière minime, le rapport de forces sur la scène politique.

La première carte utilisée par l'opposition sera donc le jeu des alliances lui permettant de faire face à la domination du PND. Un front commun a donc été créé regroupant les trois grands partis politiques de l'opposition, à savoir le néo-Wafd, le Rassemblement et le Nassérien. « Une commission commune a été formée par les trois partis afin de présenter un programme électoral unique. Cette alliance prendra la forme d'une coordination, ce qui permettra à ces partis de faire des économies tant au niveau des efforts que des finances. Par exemple, les partis peuvent organiser des meetings électoraux conjoints. De même, lors des élections, on peut envoyer un seul délégué pour chaque circonscription afin de réduire les frais », explique Ahmad Nasser, du parti du néo-Wafd. Le jeu des alliances n'est pas nouveau. Il a été utilisé par l'opposition lors des élections législatives de 1995 dans une tentative de ne pas rester les bras croisés face au PND. Selon les leaders de l'opposition, cette ancienne alliance a porté ses fruits, puisque leurs partis ont pu être représentés même de façon limitée.

Outre le jeu des alliances, l'opposition a décidé d'intensifier les activités électorales à l'approche du scrutin. « Notre but est de mettre le PND dans l'embarras en mettant l'accent sur la corruption. Notre stratégie consiste à organiser des séminaires électoraux dans les différentes circonscriptions, afin de montrer aux citoyens par les chiffres la situation économique lamentable du pays. Nous affirmerons que cette situation est causée par la corruption et par la politique inefficace du gouvernement qui n'arrive pas à résoudre des problèmes comme le chômage », explique Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du Rassemblement. Il affirme que les partis de l'opposition sont aujourd'hui en position de force en partie, à cause des mauvaises conditions économiques et de la détérioration des conditions de vie des citoyens.

La troisième carte qu'utilisera l'opposition est celle des coptes. En effet, les partis de l'opposition vont tenter de mobiliser les voix coptes en comptant sur la faible présence de ces derniers au sein du PND. « Notre parti renferme plusieurs candidats coptes dont le plus fameux est Mounir Fakhri Abdel-Nour. Le parti peut compter sur la popularité de ces personnages pour gagner les voix des coptes », explique Mahmoud Abaza, du parti du néo-Wafd.

Dans les coulisses du PND, le duel s'annonce aussi très fort. Le premier objectif du PND consiste essentiellement à faire barrage au courant islamiste représenté par les Frères musulmans. Ces derniers ont annoncé leur intention de participer aux élections. « Les Frères musulmans font partie des coalitions de l'opposition bien que celle-ci ne l'avoue pas. Or, c'est une chose très dangereuse. Il s'agit effectivement d'un mouvement terroriste », a déclaré Ahmad Abou-Zeid, député du PND. Le parti au pouvoir a donc fourni à certains partis politiques des facilités électorales pour que ces derniers renoncent à toute alliance avec les Frères musulmans. Dans le même temps, le gouvernement a procédé à une série d'arrestations parmi les membres de la confrérie afin de les empêcher de commencer un mouvement de mobilisation des électeurs.

D'autre part, le PND insiste dans sa campagne sur les réformes économiques et politiques réalisées sous le président Moubarak. Le PND sera aidé dans sa campagne par le nouveau mouvement La continuité pour la prospérité, soutenant le président Moubarak pour un nouveau mandat et qui regroupe des politiciens, acteurs et personnalités publiques. L'objectif de ce mouvement est de sensibiliser les gens aux réalisations du président Moubarak et donc du PND. « A travers ce mouvement, nous jetterons la lumière sur les grands projets exécutés par le parti au pouvoir. Ceci à travers des spectacles et les œuvres artistiques nationales qu'il produira », explique Abou-Zeid. Sur le plan médiatique, le PND va profiter du contrôle gouvernemental sur les médias officiels pour mener efficacement sa campagne. Une dernière carte entre les mains du PND est sa position dans certaines régions de la Haute-Egypte où la présence de l'opposition est presque inexistante.

Toutes ces données montrent que la campagne électorale sera acharnée. Selon Nabil Abdel-Fattah, du Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, le PND va avoir cette fois-ci plus de difficultés à exécuter ses manœuvres, surtout le jour du scrutin. Il justifie son analyse par le fait que le PND a perdu ce qui lui reste de sa popularité. En outre, il est possible que les élections soient contrôlées par des observateurs internationaux. « Si le PND a recours aux méthodes habituelles de fraude qui consistent à utiliser des baltaguis (malfaiteurs) afin d'empêcher les électeurs d'avoir accès aux bureaux de vote, le gouvernement rencontrera de gros problèmes. L'image de l'Egypte sera ternie devant le monde entier. En même temps, la réaction des autres partis politiques sera violente surtout si les Frères musulmans mobilisent leurs nombreux partisans », explique Abdel-Fattah. Al-Sayed Eleiwa, professeur en sciences politiques à l'Université du Caire, renchérit : « A mon avis, s'il y a même un soupçon de fraude, l'opposition se soulèvera d’une manière violente. Celle-ci ne va pas cette fois-ci céder aux manœuvres du parti au pouvoir et ne se contentera pas de protester pacifiquement ». Le feuilleton électoral ne fait que commencer .

Mirande Youssef

Ici radio Al-Ghad
Le parti d'Al-Ghad a créé la première chaîne de radio de l'opposition qui diffuse à partir de l'Internet.

Une expérience jusqu'à présent réussie et que les autres partis de l'opposition veulent suivre.

 

www.elghad.org. C'est l'adresse du site Internet à travers lequel le parti Al-Ghad (Demain) diffuse les programmes de la première chaîne de radio de l'opposition. L'objectif annoncé de cette chaîne est de faire face au contrôle gouvernemental sur les médias officiels. « Finalement, nous sommes libres en tant que parti d'opposition d'exprimer nos pensées et nos opinions politiques, sociales ou économiques », dit Aymane Nour, président du parti et PDG de la nouvelle chaîne.

Cette chaîne diffuse ses programmes tous les jours à partir de 18h à 2h du matin. Elle présente des programmes variés : des talk-shows, des interviews avec des personnalités de la scène politique, des programmes culturels, sportifs et de loisirs essentiellement adressés aux jeunes et des bulletins d'informations. Selon Moussa Moustapha, membre du parti Al-Ghad, cette chaîne a été créée pour permettre à l'opposition de s'exprimer plus librement, mais aussi pour élargir l'assise du parti parmi les jeunes. « La plupart des jeunes n'aiment pas lire les journaux. Ils préfèrent plutôt l'Internet. La chaîne présente des programmes permettant aux jeunes de faire du chating avec les grandes personnalités politiques. De même, on leur diffuse l'actualité politique en direct comme le procès d'Aymane Nour, les manifestations, etc. », explique Moustapha.

Et Nour de critiquer : « A l'étranger, les partis d'opposition ne possèdent pas seulement des journaux, mais ils ont aussi le droit de créer des chaînes de radio ou de télévision. Une chose qui ne nous est pas permise dans le cadre du contrôle gouvernemental total sur les médias ». Il explique donc que le parti avait deux solutions. La première aurait été de louer une chaîne satellite, ce qui coûte une fortune. La deuxième était de créer une chaîne sur Internet sans frais. Il était donc logique pour le nouveau parti d'opter pour le deuxième choix.

La réussite de l'expérience a encouragé d'autres partis de l'opposition à faire de même. Le néo-Wafd est le premier parti qui étudie le projet. « Ce genre de chaînes permettra aux partis non seulement d'élargir leurs assises et de trouver des moyens efficaces d'expression, mais il pourra aussi être utilisé dans la campagne électorale de nos candidats », assure Kazem Fadel, journaliste au journal Al-Wafd. Gamal Abdel-Gawwad, du Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, estime que cette expérience est très révélatrice. Selon lui, ceci prouve que les partis de l'opposition ont finalement trouvé un moyen de contrecarrer le contrôle gouvernemental sur les médias. « L'opposition commence à avoir de nouvelles stratégies pour faire face à la domination gouvernementale », affirme Abdel-Gawwad. Et de conclure : « L'opposition est lancée dans une bataille contre le PND où tout est permis ».

Marianne Youssef
 

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