Les
événements de jeudi dernier dans le quartier populaire de
Sayeda Zeinab dresse déjà un décor tragique pour les prochaines
élections législatives prévues en octobre et novembre prochains.
L’histoire a commencé lorsque deux candidats du PND (Parti
National Démocrate, au pouvoir), Samir Al-Démerdach et Abdel-Fattah
Mohamad Ali, députés à l’Assemblée du peuple, ont eu recours
aux baltaguis (hommes de main) lors de leur campagne électorale.
Bilan : 2 morts, 25 blessés et 33 personnes arrêtées, sans
compter les dégâts causés sur 10 voitures et une dizaine d’échoppes.Après
une conférence populaire organisée par Abdel-Fattah Mohamad
Ali, les habitants de Qalaet Al-Kabch, à Sayeda Zeinab, ont
été surpris par l’apparition d’environ 300 baltaguis partisans
de Samir Al-Démerdach, équipés d’armes blanches et qui ont
envahi le quartier. Ils ont détruit des magasins, en ont volé
l’argent et y ont mis le feu. Ils ont également brisé les
fenêtres des maisons environnantes. Plusieurs voitures ont
fait aussi l’objet de vandalisme. « J’étais censé réparer
quatre de ces voitures le lendemain. J’en suis maintenant
le seul responsable et je dois dédommager mes clients. Qu’ai-je
fait pour mériter cela ? », se plaint Walid Aboul-Ela, mécanicien.Les
dégâts ont également touché des familles pauvres dont le seul
souci est de pouvoir se procurer leur gagne-pain. « Je n’ai
rien à faire de près ou de loin avec la politique. Je suis
vendeuse de foul et de taamiya. Je me dirigeais tôt le matin
vers mon magasin que j’ai trouvé cambriolé. Ce magasin que
j’ai hérité de mon mari était la seule source qui me permettait
de subvenir aux besoins de mes six enfants. Comment vais-je
faire pour survivre ? », se lamente Nagat Abdel-Ghaffar, veuve.
Les actes de violence se sont aggravés lorsque les agresseurs
ont assailli avec des armes blanches les commerçants du quartier
qui essayaient de se sauver en filant chacun vers sa maison.
D’autres ont tenté de trouver refuge au commissariat de police
de Sayeda Zeinab, sans succès. « Nous nous sommes évadés vers
le commissariat de police. Mais les responsables ont refusé
de dresser des procès-verbaux individuels. Ils se sont contentés
d’un seul procès-verbal collectif », lâche Mohamad Al-Sayed,
épicier.
Ce n’est qu’au
bout de 18 heures que la police est intervenue en arrêtant
seulement 33 des baltaguis et a fini par barricader le quartier
et y interdire la circulation. Une enquête a ensuite été ouverte.
Depuis l’incident, le PND est au centre des critiques de l’opposition.
Ce n’est pas la première fois que le parti au pouvoir a recours
aux baltaguis contre ses ennemis. Il a déjà été accusé d’avoir
eu recours à ces hommes de main le jour du référendum, le
25 mai dernier, pour interdire des manifestations organisées
par l’opposition. Ses partisans avaient commis des violations
contre les manifestants, dont des avocates et des journalistes.
« Le PND exagère. Il a de plus en plus recours aux baltaguis
pour obliger les citoyens à le suivre. Il est sûr d’avoir
le pouvoir, mais il sait très bien que le peuple est avec
l’opposition, contre lui », estime Al-Badri Farghali, du parti
du Rassemblement. Et d’ajouter : « Cela est la première preuve
que les prochaines élections seront dominées par les actes
de violence menés par les baltaguis du PND contre ceux qui
s’y opposent ». Avis partagé par le chef du parti opposé Al-Ghad
(Demain), Aymane Nour : « La société égyptienne ne prendra
pas part à un combat parlementaire, mais à un combat contre
la corruption, les actes de violence et la falsification des
élections et des référendums. Nous sommes habitués à ce type
de campagne électorale menée soit par la violence, soit par
les sommes d’argent versées par les candidats pour obliger
les citoyens à voter pour eux. Le PND a perdu sa légitimité
populaire ».
De l’autre côté
de la barre, Ahmad Abou-Zeid, ancien chef de la majorité à
l’Assemblée du peuple, défend les candidats de son parti :
« Il ne s’agit pas de conflits entre les deux candidats mais
d’incidents ordinaires entre les habitants du quartier qui
ne sont pas d’accord sur le même candidat. Il est tout à fait
normal d’assister à de telles choses lors de campagnes électorales
», déclare-t-il, tout en assurant que le Parquet est en train
de mener une enquête pour arriver aux vrais motifs des incidents.
« Au cas où l’enquête démontrerait qu’un des deux candidats
est impliqué dans l’affaire, je vous assure que le PND n’hésitera
pas un seul instant à prendre des mesures contre lui », conclut
Abou-Zeid.
Or, il est prévu
que la mesure se limitera à rayer le nom du candidat inculpé
de la liste électorale ... .