Jusqu'où
iront les prix des médicaments ? Depuis quelques années, les
prix progressent de manière régulière. Un récent rapport de
la Chambre du commerce du Caire confirme cet état de fait.
Le document affirme que les prix des médicaments ont connu
une hausse comprise entre 20 et 50 % au cours de l'année écoulée.
Au premier rang des produits concernés par cette hausse figurent
notamment les médicaments prescrits pour les troubles cardio-vasculaires,
le diabète et le cholestérol. Ce n'est pas la première fois
que les prix des médicaments augmentent. En effet, la hausse
est constante depuis quelques années. Pourquoi ? Principale
raison selon les responsables des compagnies pharmaceutiques
: la libéralisation des taux de change et le recul de la livre
égyptienne face aux devises étrangères. « Le résultat du recul
de la livre a été une hausse des prix des matières premières
entrant dans l'industrie médicamenteuse, ce qui s'est logiquement
répercuté sur les prix », assure Sarwat Bassili, PDG d'une
société pharmaceutique. Il explique que la plupart des compagnies
ont dû procéder, en accord avec le ministère de la Santé,
à une hausse des prix. « Nous avons eu des discussions très
ardues avec le ministère sur cette question pour lui faire
comprendre qu'il n'était pas possible de procéder autrement
», assure Bassili. En fait, le ministère de la Santé est l'instance
responsable de la fixation des prix des médicaments. Les compagnies
pharmaceutiques ne peuvent pas augmenter les prix sans en
référer au ministère.
La hausse des
prix des médicaments alimente un débat houleux. En effet,
comment assurer la fourniture des médicaments à des prix raisonnables
pour les couches défavorisées ? Et quel est le rôle de l'Etat
pour résoudre la crise ? La question a été débattue à plusieurs
reprises à l'Assemblée du peuple. Il existe 74 compagnies
pharmaceutiques, publiques et privées, en Egypte. La plupart
importent les matières premières de l'étranger. « C'est là
un problème majeur. Nous avons tout à fait les moyens de produire
ces matières premières en Egypte, mais l'Etat ne fait rien
», assure Ali Chami, professeur de pharmacie à l'Université
du Caire.
Résultat : les
sociétés importatrices des matières premières exercent un
quasi-monopole sur le marché et fixent à leur aise les prix.
Elles importent les matières premières à des prix bas de la
Chine et de l'Inde et réalisent de gros profits.
Mais ce n'est
pas tout. L'engagement de l'Egypte à respecter les accords
sur la propriété intellectuelle a contribué également à la
hausse des prix des médicaments. Cet engagement oblige les
compagnies égyptiennes à verser des droits d'invention aux
compagnies étrangères. Hussein Al-Sérafi, vice-président de
la commission de la santé à l'Assemblée du peuple, tente de
minimiser le problème. « Certes, il y a eu une hausse des
prix, mais elle ne concerne que certains médicaments. Le gouvernement
continue à les subventionner et il existe des substituts locaux
pour tous les produits étrangers », assure-t-il. Il existe,
selon lui, des médicaments qui ont jusqu'à 15 substituts avec
des prix variés bien qu'ils soient tous formés des mêmes matières
et qu’ils aient les mêmes effets. « A titre d'exemple, la
cibroflexcine est présentée sur le marché avec 16 noms différents
et 16 prix qui vont de 16 à 25 L.E selon la société qui l'a
produite », ajoute-t-il.
Le problème est
que personne ne prescrit ces médicaments locaux. La demande
sur les médicaments produits par les sociétés publiques locales
n'est pas forte car les médecins considèrent qu'ils sont peu
efficaces et ne les prescrivent pas. De plus, certains médicaments
n'ont pas de substituts. « Les sociétés privées envoient leurs
délégués dans les cliniques et les cabinets médicaux pour
les convaincre de prescrire leurs médicaments bien qu'il existe
des substituts moins coûteux. Par suite, le patient ne va
jamais utiliser que le médicament prescrit par le docteur
», affirme Al-Sérafi. En ce qui concerne la propriété intellectuelle,
il souligne : « Le gouvernement est en voie de produire 200
nouveaux genres de médicaments qui seront mis sur le marché
». Ahmad Adel, vice-ministre de la Santé, explique que « malgré
tout ce qui se passe, les médicaments essentiels des maladies
graves sont tous subventionnés, comme l'insuline qui est vendue
à 6 L.E., tandis qu'elle coûte à l'Etat 20 L.E. La subvention
des médicaments en Egypte continue ». Une affirmation qui
cache mal le malaise dans le marché des médicaments .