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Navigation.
Israéliens, Jordaniens et Palestiniens envisagent de creuser
une liaison entre la mer Morte et la mer Rouge. Selon les experts,
le Canal de Suez pourrait être menacé. |
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Controverses autour d’un accord
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Panique.
Ce mot résume l’état des experts en économie et en navigation
à la suite de l’annonce de la signature d’un accord préliminaire
entre Israël, la Jordanie et la Palestine, concernant la mise
en place du « canal des deux mers ». Cet accord engage les
trois pays concernés à faire une étude de faisabilité du projet
du canal afin d’estimer son coût et les éventuels obstacles
qui se poseraient. C’est après cette étude de faisabilité
que les trois pays prendront la décision de creuser ce canal
ou pas. Le canal est censé conduire les eaux de la mer Rouge
vers la mer Morte en vue de remédier au problème du niveau
de l’eau de cette dernière qui diminue d’un mètre tous les
ans. Il devra également générer de l’électricité et dessaler
l’eau de mer.
Depuis la signature de cet accord préliminaire,
des voix s’élèvent en Egypte mettant en garde contre un éventuel
plan israélien visant à concurrencer le Canal de Suez. Selon
les experts, la première phase du canal des deux mers ne nuit
en rien au Canal de Suez. Le danger ne se présentera qu’au
cas où le projet entrerait dans sa deuxième phase qui devra
relier la mer Rouge à la Méditerranée. « Israël ne cesse depuis
très longtemps de planifier des choses pour nuire aux activités
économiques des pays de la région. L’un de ses nombreux projets
est celui du canal qui met en danger les ressources du Canal
de Suez », déclare Saïd Ahmad, expert maritime. Selon lui,
les grandes universités et les centres de recherches israéliens
effectuent tout le temps des études et des recherches ayant
pour but d’attirer à l’Etat hébreu le maximum d’intérêts économiques
et politiques dans la région. « Avec la mondialisation et
le projet du Grand Proche-Orient, Israël a sauté sur l’occasion
pour annoncer son projet du canal des deux mers. Ce dernier
est probablement la concrétisation de l’ancien projet israélien
qui consiste à creuser un canal alternatif au Canal de Suez
», estime Ahmad.
Le président de l’Union arabe des chambres
de la navigation maritime souligne, pour sa part, l’importance
pour l’Egypte d’être sur ses gardes face à un tel projet,
car les ports arabes sont déjà en mauvaise posture. Ces ports
souffrent déjà des démarches entreprises par les autorités
israéliennes qui cherchent à s’attirer les voies maritimes
afin de monopoliser le mouvement du commerce international.
Par exemple, les responsables du port israélien de Haïfa œuvrent
depuis longtemps pour moderniser le port avec l’espoir d’en
faire le premier de la région.
Pire encore, l’expert maritime Mohamad Ezzat
avertit contre le danger des projets israéliens qui, selon
lui, visent à causer de grands dégâts économiques à l’Egypte.
« Le Canal de Suez est la deuxième source de devises étrangères
après le tourisme. Les plans israéliens visent à attirer le
plus grand nombre de pétroliers et de cargos de gaz naturel
qui traversent le canal », affirme-t-il.
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Une concurrence inévitable
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Côté jordanien, les responsables assurent que
le projet ne représente aucune menace pour l’Egypte puisqu’il
ne s’agit pas d’un canal au vrai sens du terme, mais d’une sorte
de tuyau transportant l’eau d’une mer vers une autre. Cela ressemble
plutôt au projet égyptien des années 1960 connu sous le nom
de « la dépression de Qattara ». Ce projet qui cherchait à relier
les deux mers n’a pas été exécuté. Selon les responsables jordaniens,
le canal des deux mers ne sera pas navigable, sa largeur dans
certains endroits ne dépassant pas les 2,5 m, il ne permettra
donc jamais le passage des pétroliers.
Pour sa part, l’ingénieur Waël Qaddour, conseiller
du président de l’Organisme du Canal de Suez, estime que ce
projet ne pourra en aucun cas représenter un danger pour le
canal, même s’il entre en seconde phase. « C’est juste un canal
qui reliera deux mers et en même temps qui servira à générer
de l’électricité. J’ai pris part aux discussions qui ont eu
lieu sur ce sujet à Amman lors du Forum économique mondial de
Davos. D’un point de vue technique, il est impossible d’utiliser
ce canal comme un canal de navigation qui fasse concurrence
à celui de Suez », affirme Qaddour. Et d’ajouter : « L’Organisme
du Canal de Suez dispose d’un département de planification et
de recherches chargé d’examiner tous les nouveaux projets internationaux
susceptibles de le mettre en danger et de frapper l’économie
du pays. En plus, l’organisme suit de près le mouvement du commerce
maritime international, notamment entre l’Orient et l’Occident
passant par le Canal de Suez ». Selon Qaddour, il faut savoir
que « la concurrence est inévitable et que tout ce que nous
pouvons faire, c’est trouver les moyens d’attirer les clients
en revoyant annuellement les frais de passage imposés et en
présentant les meilleures offres sur le plan économique ». Ahmad
Fadel, président de l’Organisme du Canal de Suez, a également
affirmé à plusieurs reprises : « Nous sommes prêts à faire face
à tout nouveau projet pouvant concurrencer le Canal de Suez
». Il n’a pourtant pas dévoilé les moyens que l’organisme utilisera
pour éviter la concurrence.
Ahmad Al-Naggar, chercheur économique au Centre
d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, affirme
que le problème réside dans le fait que l’Egypte ne déploie
pas les efforts diplomatiques nécessaires pour défendre ses
intérêts économiques. « Nous avons par exemple renoncé à notre
droit aux détroits de Tiran en acceptant d’en faire une propriété
internationale. Or, ces détroits contrôlent l’entrée du golfe
de Aqaba. Si jamais l’Egypte reprend ses droits sur eux, elle
sera sûre qu’aucun nouveau projet ne concurrencera le Canal
de Suez », explique Al-Naggar. Selon lui, Israël procède encore
en usant de sa stratégie classique : derrière un projet d’apparence
innocente, il cherche à imposer son hégémonie sur la région.
Et de conclure : « Mais malheureusement, nous ne possédons pas
un système politique capable de défendre nos intérêts » .
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Ola Hamdi |
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