Lors de sa récente
visite au Caire, la secrétaire d’Etat américain, Condoleezza
Rice, s’est abstenue de rencontrer des représentants de la confrérie
des Frères musulmans, par « respect de la loi égyptienne » qui
interdit toute formation politique basée sur la religion. Cette
position de Rice a fait taire les rumeurs qui allaient bon train
sur des contacts secrets de la confrérie et des personnalités
proches de l’Administration américaine.
« Notre position
était claire avant la visite de Rice, elle reste toute aussi
claire après son départ. On n’attend aucun bénéfice de ce genre
de visites qui ne visent qu’à servir les intérêts américains
en faisant chanter les régimes en place », affirme le guide
de la confrérie, Mahdi Akef. Et d’ajouter : « Par ailleurs,
je ne me permettrai jamais de m’allier à une force étrangère
contre le régime, même si celui-ci est grossièrement injuste
à mon égard ».
A la veille de
la visite de Rice, soit le 19 juin, le procureur général, Maher
Abdel-Wahed, avait libéré 137 membres des Frères musulmans.
Sur le millier de membres arrêtés durant les manifestations
qui s’étaient déroulées en mai dernier contre le référendum
constitutionnel, près de 300 membres restent encore en détention,
selon la confrérie. Mais Akef nie tout lien entre ces libérations
et la visite de Rice. « Je ne place aucun espoir dans une intervention
étrangère. Pourquoi n’avaient-ils donc pas relâché les 300 autres
prisonniers ? », s’interroge-t-il. Selon lui, tout ceci obéit
aux calculs du régime, les interventions étrangères ne font
que consolider l’injustice en place.
Chercheur au Centre
d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, Diaa
Rachwan, rejette également les rumeurs sur des soi-disant contacts
entre les Etats-Unis et les Frères musulmans. Il affirme que
les rencontres informelles de « prise de pouls » se sont arrêtées
net après le 11 septembre, du moins de la part des Américains.
Pour Rachwan, les déclarations de Rice, selon lesquelles les
Etats-Unis seraient prêts à coopérer avec les islamistes s’ils
parvenaient au pouvoir par les moyens démocratiques, n’ont rien
à voir avec les islamistes en Egypte mais sont des propos adaptés
à la situation qu’affrontent les Etats-Unis en Iraq. « C’est
ce pays qui façonne la politique américaine dans la région »,
affirme l’analyste. « En Iraq, les Américains ont découvert
qu’ils ne pourraient entrer par d’autres portes que celle de
l’islam. Au lieu de reconnaître leur échec à établir un système
démocratique laïc à la place du régime baassiste qui régnait,
ils ont adouci leur langage vis-à-vis des islamistes sur lesquels
ils comptent fatalement dans la gestion de ce pays. Mais cela
n’est pas à appliquer aux Frères musulmans dont se revendique
le Hamas, ennemi juré des Américains », explique Rachwan. Selon
lui, les pressions américaines sur l’Egypte concernant les Frères
musulmans « relèvent de l’illusion ».
Apparemment peu
soucieux du soutien américain, les Frères poursuivent leur action.
« Il ne s’agit pas de se concerter avec les autres partis et
forces politiques, mais plutôt de créer une coalition nationale.
Nous avons notre vision pour des réformes globales et nous sommes
prêts à travailler avec tous ceux qui la partagent », affirme
Akef. Cette vision sera exprimée lors d’une conférence organisée
demain, jeudi, par la confrérie au siège du Syndicat des journalistes
et à laquelle vont participer des mouvements réformateurs de
tous bords . |