Victime des censures et d’un rejet systématique
de ce présent papier par tous ceux qui nous harcèlent à coups de
slogans creux appelés démocratiques, je me permets donc de vous
le soumettre, chers amis lecteurs et lectrices de l’Hebdo, et vous
convier à cette mise au point ou cet éclaircissement concernant
la confrérie des Frères musulmans.
Par ce présent papier, je ne prétends aucunement
juger une époque révolue ou un pouvoir politique donné. Loin de
moi cette idée et cette prétention ! Je veux seulement apporter
un semblant d’objectivité sur des faits historiques ternis par
les préjugés des uns et les diffamations des autres, qui voilent
toute lueur de vérité.
Bien des choses ont été écrites et dites au sujet
des Frères musulmans. Pour le commun des mortels, et en Occident,
Frères musulmans rime avec violences et massacres commis çà et
là dans le monde arabe et musulman (...)
En toute objectivité et loin d’un quelconque
esprit partisan, disons, pour remettre les pendules à l’heure
juste, que c’est grâce à la confrérie et sa révolutionnaire pensée
en matière de théologie que le monde musulman n’a pas basculé
dans son intégralité dans les sphères de la violence qui sévit
un peu partout (...)
Notre frêle démocratie fait donc ses premiers
pas dans le monde arabe et a besoin de temps pour s’adapter et
s’épanouir car les séquelles de la pensée unique et du monologue
expressif ont enfanté des réflexes, en chacun de nous, qui font
que nous réfutons et rejetons toutes idées et opinions que nous
n’épousons pas.
Tout débat qui ne reflète pas nos aspirations
tendancieuses est rejeté inconsciemment par notre subconscient.
Le bâillonnement dont nous avons été victimes
ne pousse pas, du moins pour l’instant, à nous écouter mutuellement
afin d’animer des débats instructifs et d’opérer des échanges
fructueux où la complémentarité s’installera en lieu et place
de l’hégémonie de la pensée qui prédomine dans nos dialogues (...).
Ce genre de débats, que s’est attelé à instaurer
Al-Ahram Hebdo, contribuera assurément au lancement d’une nouvelle
ère, l’ère où les idées, toutes les idées, seront respectées et
où la plume sera reine et l’épée rangée à jamais dans son fourreau
(...).
L’attaque, tous azimuts, orchestrée ces derniers
temps par une certaine élite bien connue pour ses penchants idéologiques
contre tous les « repères culturels » de la nation musulmane et
arabe, a eu pour cibles les théologiens et penseurs musulmans,
ainsi que notre véhicule linguistique, la langue arabe, toujours
à la recherche de son diapason sur ses propres terres.
Cette campagne coïncide curieusement avec les
appels à l’ouverture sur les cultures universelles, à la normalisation
avec les sionistes et à la réforme totale de notre système éducatif,
sans oublier, bien entendu, leur cheval de bataille qu’est la
séparation du religieux de l’Etat, en termes très clairs, la laïcité
(...).
La fondation, donc, des Frères musulmans, n’est
ni une secte ni une invention de son concepteur, Hassan Al-Banna
(paix sur son âme), mais juste une recommandation de notre religion
musulmane remise à la surface. Notre erreur, à mon sens, c’est
de vouloir juger une époque révolue, qui n’est pas la nôtre, avec
la vision du XXIe siècle.
Un siècle qui a vu toutes les dictatures s’effriter,
laissant place, non sans luttes et bains de sang, aux jeunes démocraties
que nous vivons de nos jours.
Hassan Al-Banna, dont la pensée — n’étaient-ce
les préjugés des uns et la malveillance des autres — aurait dû
être enseignée dans nos universités en raison de son originalité,
sa simplicité et surtout sa tolérance. En appelant au djihad dans
les années 1920 et 40, Al-Banna n’a fait que son devoir de religieux
et de … politicien (...).
En outre, Hassan Al-Banna n’a fait qu’entériner
l’appel des peuples à l’indépendance et au djihad sacré, en ce
qui concerne les musulmans.
Les « Katibas d’Al-Banna » n’ont jamais égorgé
d’innocents, ni incendié d’écoles, mais ont simplement et, je
le dis avec toute fierté, fait boire le calice jusqu’à la lie
aux sionistes usurpateurs de la Palestine. Il était l’un des premiers
à s’opposer, farouchement, à la création de l’Etat hébreu sioniste
sur les terres saintes de la Palestine en 1948. Al-Banna n’a jamais
appelé ni incité au djihad entre frères d’une même nation.
L’appel est lancé dans son contexte légal, le
recouvrement des souverainetés et de l’indépendance des peuples
musulmans.
C’est lui, par exemple, qui s’est opposé à la
Djemâa qui s’est érigée en défenseur des vertus et qui s’attaquait
aux tavernes et autres lieux de débauche du Caire (...).
Al-Banna était beaucoup plus éducateur que théoricien.
C’était aussi un homme très réaliste.
Sans les mensonges et les calomnies dont ont
usé nos plumitifs et certains décideurs pour le salir et le souiller,
Hassan Al-Banna aurait mérité plus de considération et de reconnaissance
pour sa noble pensée et ses sublimes principes.
C’était aussi l’un des premiers islamistes à
siéger dans un Parlement et à sceller le premier regroupement
politique et le premier consensus politique ! (...).
Pour conclure, je tiens à saluer l’équipe d’Al-Ahram
Hebdo, qui mène une véritable odyssée pour combattre la censure
et le monologue expressif instauré par de pseudos démocrates qui
n’aiment entendre que leur propre son de cloche.