Sameh
Fahmi : La
hausse du prix du pétrole sur le marché mondial est due à
plusieurs facteurs. C’est principalement le développement
économique rapide que connaît la Chine et l’Inde qui a conduit
à une augmentation importante de la demande. Cela a eu lieu
à un moment d’insuffisance de la production des raffineries
de pétrole au niveau mondial, notamment aux Etats-Unis et
en Europe à cause de l’arrêt de la construction de nouvelles
raffineries dans le cadre de la convention de Kyoto pour la
protection de l’environnement. Ceci a entraîné une hausse
du prix des ventes de produits pétroliers et par conséquent
a mené à l’augmentation des revenus de ces raffineries, ce
qui leur a permis d’acheter le brut à des prix élevés.Ensuite,
il y a des tensions politiques dans plusieurs pays producteurs
de pétrole au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine
qui ont conduit également à la hausse. Reste enfin que les
superpuissances qui consomment le pétrole, notamment les Etats-Unis,
tiennent à augmenter le taux de leurs réserves stratégiques
en ce moment.
—
Pourquoi l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole),
malgré son intention annoncée de calmer les marchés, ne réussit-elle
pas à réduire les cours ?
—
L’Opep ne produit et ne contrôle actuellement qu’environ 40
% de l’ensemble de la production mondiale du brut, ce qui
rend cette organisation incapable de remédier seule à ce problème,
surtout à un moment où les informations sur l’offre et la
demande mondiales sont floues et imprécises.
—
Quels sont les effets de ces prix élevés sur l’Egypte ?
—
Autrefois, de telles hausses affectaient négativement l’Egypte,
car elle exporte peu et sa consommation est élevée. Les prix
du gaz naturel sont aussi indexés au prix du brut.
Ainsi,
les prix élevés du brut mènent à une hausse de notre facture
d’achat du gaz produit en Egypte par le partenaire étranger
(ndlr : en Egypte, les entreprises pétrolières étrangères
qui produisaient le gaz donnaient une partie de leur production
gratuitement au gouvernement et lui vendaient le reste).
Heureusement,
ceci n’est plus le cas après la création de certains projets
de production de gasoil et de butane que nous importions pour
la consommation locale, et surtout après l’amendement de la
clause relative aux prix du gaz dans les conventions pétrolières
avec les partenaires étrangers et en notre faveur, outre l’augmentation
de nos exportations de produits pétroliers et pétrochimiques.
Nous profitons ainsi de la hausse du prix du pétrole, qui
a coïncidé avec la baisse de nos importations en produits
pétroliers.
La
valeur de nos exportations de brut, de produits pétroliers
et pétrochimiques et de gaz naturel est passée en 2003/2004
de 3,4 milliards de dollars à environ 4,2 milliards de dollars.
On prévoit qu’elle atteigne 5,5 milliards de dollars en 2004/2005
et 10 milliards de dollars en 2010.
—
Pour la première fois, certaines compagnies pétrolières qualifiées
pendant longtemps de « stratégiques » par l’Etat sont en voie
de privatisation et ont lancé des actions en Bourse, pourquoi
?
—
Le lancement de certaines actions des entreprises pétrolières
en Bourse est un pas positif. Il ravivera la Bourse égyptienne
et renforcera les investissements arabes, étrangers et égyptiens
dans notre secteur. Il permettra également aux simples citoyens
d’investir leurs économies dans des projets pétroliers qui
réalisent des gains importants. Sans compter que c’est une
nouvelle source pour le financement des nouveaux projets du
secteur pétrolier qui offrent des emplois aux jeunes et augmentent
en même temps la production, les exportations et nos réserves
en devises étrangères.
C’est
dans ce contexte que 20 % des actions de la société Sidi Kreir
Sidpec des pétrochimiques ont été lancées en Bourse. L’empressement
à l’achat de ces actions de la part des investisseurs témoigne
de la confiance que l’on a en ces sociétés du secteur pétrolier.
Il est à noter que Sidpec a réussi au cours de 2004 à réaliser
le plus grand taux de bénéfices de son histoire : environ
734 millions de L.E. Elle a réussi à la fois à se procurer
environ 270 millions de dollars via l’exportation de ses produits
vers 51 pays et à satisfaire la demande du marché local.
On
s’attend également à ce que la société d’Alexandrie des huiles
minérales Amoc lance ses actions en Bourse. Notons que le
secteur pétrolier dispose de 30 % des actions de cette société.
Les sociétés d’assurances et les banques nationales disposent
de 70 %. Le volume de ses ventes durant 2004/2005 a atteint
environ 2,6 milliards de L.E. On compte dans ce chiffre 187
millions de dollars d’exportations. La société a fourni au
marché local de nombreux produits comme le gasoil et le butane
au lieu de les importer de l’étranger. Ce qui nous aurait
coûté 240 millions de dollars.
—
Vous avez annoncé en 1998 un plan à long terme pour l’industrie
pétrochimique en Egypte. Qu’en est-il de ce projet ?
—
L’Egypte a tout le potentiel qui lui permet d’avoir une industrie
pétrochimique concurrentielle au niveau mondial. Elaborer
un plan national intégré exécuté par la société holding pour
les produits pétrochimiques a propulsé cette industrie vitale.
Le développement de tous les projets de la première phase
de ce plan (8 projets) a été achevé à temps. Maintenant, nous
sommes dans la phase de l’exécution avec un coût d’investissement
de 3,5 milliards de dollars.
—
Quel est l’objectif du lancement de l’essence 92 sur le marché
et de la quasi-suppression de l’essence 90, 40 % moins cher
?
—
L’essence 92 octane est d’une qualité supérieure. Elle est
fabriquée conformément aux normes européennes. Elle est exempte
de plomb. C’est un carburant ami de l’environnement du fait
de la baisse du taux de l’émission de gaz nuisible lors de
sa combustion. Outre le fait qu’il augmente la durée de vie
du moteur et baisse le taux de consommation des véhicules
en carburant. Le secteur pétrolier a produit ce genre de carburant
pour satisfaire la demande grandissante des consommateurs
propriétaires de nouveaux modèles automobiles qui exigent
une nouvelle essence de haute qualité et à prix modéré comparée
avec l’essence 95 octane dont le prix par litre est de 175
piastres.
—
Cela ne s’inscrit-il pas dans le cadre de la réduction de
la subvention sur les produits pétroliers en Egypte ?
—
N’oublions pas qu’il existe plusieurs catégories d’essence
80, 90, 92, 95 octane pour satisfaire les demandes des différents
consommateurs. Pour ce qui est de la subvention des produits
pétroliers, elle a atteint un chiffre énorme d’environ 21,5
milliards de L.E. en 2003/2004.
—
Quel est l’objectif de la création d’une société publique
d’exploration pétrolière Sarwa à un moment où le gouvernement
vante les mérites de la privatisation d’entreprises publiques
?
—
Sarwa est la première société d’investissement égyptienne
pour l’exploration du pétrole et pour son exploitation à l’intérieur
et à l’extérieur de l’Egypte. Elle dispose de tous les potentiels
lui permettant de travailler dans le domaine de la recherche,
de l’exploration et de la production. Et ce outre le domaine
de la création des installations maritimes et terrestres,
ainsi que les oléoducs nécessaires pour le transport de l’huile
brute et du gaz. Sarwa a été créée en novembre 2003. Le ministère
du Pétrole y est représenté par l’Organisme égyptien public
du pétrole et la Société égyptienne holding du gaz naturel,
ainsi que la société holding Sud de la vallée pour le pétrole.
Y sont représentés également le ministère des Finances, la
Banque nationale d’investissement et d’autres ministères.Sa
création constitue un pas très important pour confirmer notre
présence sur la scène pétrolière mondiale et pour augmenter
les revenus pétroliers de l’Egypte. D’autant plque l’Egypte
dispose d’experts compétents dans ce domaine et de capacités
qui lui permettent de fonder une société pareille et la gérer
conformément aux systèmes internationaux. Enfin, le fait qu’elle
soit soumise aux règles de la loi sur l’investissement enlève
tous les obstacles qui peuvent entraver son travail.
La
création de cette société s’inscrit dans le cadre du programme
d’action du ministère du Pétrole qui vise à augmenter ses
ressources en devises et à exploiter au maximum les ressources
à sa disposition sans faire assumer à l’Etat de nouvelles
charges financières.
—
L’Egypte a commencé à exporter le gaz liquéfié vers l’Europe
et les Etats-Unis. Pouvez-vous nous éclairer sur la situation
actuelle des réserves ? Cette démarche se fait-elle aux dépens
des prochaines générations ?
—
Les réserves en gaz naturel ont augmenté ces dernières années.
Elles atteignent actuellement 67 trillions de pieds cubes
de gaz. Outre les réserves additives probables qui varieraient,
d’après les estimations des grandes sociétés mondiales œuvrant
en Egypte, entre 100 et 125 trillions de pieds cubes. On a
envisagé l’exportation pour soutenir la balance des devises
étrangères du secteur pétrolier et pour alléger une partie
de la charge qu’il assume dans le remboursement des coûts
de développement des nouveaux gisements de gaz naturel. Et
ce, sans porter atteinte aux droits des prochaines générations
en énergie. On couvre actuellement les besoins de 4 plans
locaux de développement en gaz naturel et on consacre le tiers
des réserves aux exportations. Mais la priorité est pour la
satisfaction des besoins du marché local. Les projets d’exportation
du gaz naturel liquéfié permettront à l’Egypte d’être présente
avec force sur la carte d’exportation du gaz. Elle sera l’un
des 6 grands exportateurs de gaz liquéfié au niveau mondial.
On a commencé l’exportation le 30 mai dernier après l’inauguration
par le président Moubarak du projet d’exportation du gaz naturel
liquéfié à Damiette. La première charge — d’environ 140 000
m3 — a été exportée vers les Etats-Unis.
Reste
à dire que le projet d’exportation du gaz naturel liquéfié
à Damiette est la plus grande unité de liquéfaction au niveau
mondial du point de vue de sa capacité. Ce projet a été exécuté
en un temps record (3 ans). Il est conçu à l’aide des techniques
les plus sophistiquées. Les actionnaires sont la société italo-espagnole
Union Vénusa Gaz (80 %) et le secteur égyptien du pétrole
(20 %) .