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Pétrole
. Consommateurs et producteurs
s’accusent mutuellement d’être responsables de l’augmentation
du prix du baril. Alors que selon les experts, les capacités
mondiales de raffinage insuffisantes expliquent le phénomène.
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La
baisse des cours n’est pas pour demain
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Le
marché est inondé de brut, mais les cours refusent de
fléchir. Ainsi, le prix du baril vient de franchir le
seuil des 60 dollars en dépit d’une décision prise le
22 juin par l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole
(OPEP) d’augmenter son plafond de production d’un million
de barils par jour (mbj). Un plafond qui a atteint désormais
près de 30 mbj, soit une augmentation de 40 % de sa production
quotidienne.
Il
faut dire que cette décision d’augmenter la production
a été prise lors d’une semaine riche en événements politiquement
déstabilisateurs dans un nombre de pays producteurs, annulant
ainsi l’effet recherché par l’Opep. En tête, il y a eu
les craintes de la suspension des exportations du Nigeria,
huitième exportateur mondial avec environ 2,4 millions
de barils par jour (mbj) de brut, suite à des menaces
d’attaques terroristes des objectifs américains dans ce
pays fournissant aux Etats-Unis 10 % de ses importations
en brut. Parallèlement, il y a eu des tensions en Norvège
en raison d’une possible grève des employés du secteur
pétrolier susceptible de réduire à 920 000 barils par
jour de brut la production du marché mondial. A quoi s’ajoute
enfin l’intensification des attentats en Iraq dont un
nombre ont ciblé des pipelines.
Mais
au-delà de ces tensions politiques, les consommateurs
accusent l’Opep, fournisseur de 40 % de la production
mondiale, de ne pas agir en conformité avec la demande
mondiale croissante. Une accusation réfutée par l’intéressée
puisqu’elle a de fait élevé sa production à maintes reprises
tout au long des deux dernières années. Et aujourd’hui,
tous les producteurs (sauf l’Arabie saoudite) opèrent
quasiment à plein régime. Un phénomène qui amène Hussein
Abdallah, expert pétrolier égyptien, à affirmer que «
la hausse des prix ne revient pas à un manque de l’offre,
même si la demande mondiale augmente » (voir Entretien).
Cette demande, emmenée par la Chine, devrait être de plus
de 2 mbj supérieure à son niveau de l’an dernier au quatrième
trimestre.
Alors
pourquoi les prix du baril ne baissent-ils pas ? Les producteurs
s’accordent sur le fait que le principal problème conduisant
à la hausse des cours se situe au niveau du raffinage,
qui a pâti de décennies entières de sous-investissement.
Le flux de brut se trouvant sur les marchés ne trouve
du coup plus suffisamment de raffineries pour le transformer
en dérivés. Ce qui risque de mettre durablement le prix
des carburants sous pression. Pire encore, ce problème
ne peut pas être rapidement résolu, car il faut une dizaine
d’années pour construire une raffinerie, et la seule décision
soulève de nombreuses difficultés à la fois politiques,
environnementales et économiques. Les installations mondiales
de raffinage de pétrole brut fonctionnent alors actuellement
à pleine capacité, contre 75 % dans la seconde moitié
des années 1990. Des considérations écologiques bien légitimes
et les procédures d’implantation très strictes imposées
par les autorités occidentales ont par ailleurs freiné
la construction de nouvelles installations. Par ailleurs,
les multinationales pétrolières trouvent plus rentable
d’investir dans l’exploration de nouveaux gisements. Résultat
: la construction de la dernière raffinerie date de 1976
aux Etats-Unis et de 1981 en Europe.
C’est
pourquoi il faut à présent « vivre » avec une zone de
fluctuation entre 55 et 65 dollars le baril. Voire au-delà
en cas de forte demande ou d’un recul des stocks qui conduira
à ce que le prix du baril augmente encore plus et dépasse
bientôt les 100 dollars, prévient le ministre de l'Energie
algérien, Chékib Khalil.
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| Ibtessam
Zayed |
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3
QUESTIONS A |
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Hussein
Abdallah, expert pétrolier et ancien sous-secrétaire du
ministère égyptien du Pétrole. |
Al-Ahram
Hebdo : Pensez-vous que l’Opep n’agit pas assez efficacement
pour freiner la flambée actuelle des prix ?
Hussein
Abdallah : Non. Les accusations des cercles occidentaux
affirmant que les pays exportateurs de pétrole manipulent
les prix sont fausses. En fait, le prix du pétrole ne
baissera pas, et cela jusqu’à ce que la dernière goutte
d’or noir soit produite. C’est une réalité que les pays
consommateurs commencent à accepter. Si le cours du baril,
à 40 dollars pendant les années 1970, représentait à l’époque
2,9 % du produit intérieur brut des pays consommateurs,
aujourd’hui, ce même prix n’en représente que 0,7 %. Et
puis, si ces pays voulaient alléger la pression des prix
sur leurs citoyens, ils devraient réduire leurs taxes
sur les produits pétroliers au lieu de demander à l’Opep
de réduire les prix du brut. Ces taxes représentent chez
eux les 4/5e des prix à la pompe. D’un autre côté, ils
ont alimenté leurs caisses à l’époque où le brut était
très bon marché, sans permettre aux consommateurs de sentir
la baisse des cours mondiaux. Ainsi, les taxes imposées
en Europe sur le baril des productions pétrolières sont
passées de 22 dollars en 1987 à 65 dollars au cours des
années 1990.
—
Mais le prix du baril est aujourd’hui plus que le double
de la fourchette des 22-28 dollars fixée il y a quelques
années par l’Opep ...
—
L’organisation revoit actuellement cette fourchette à
la lumière des nouvelles données du marché. Mais il faut
noter que le pétrole, même s’il paraît actuellement plus
cher, a connu une dépréciation de sa valeur réelle car
l’on tient compte de l’inflation mondiale. En 1987, le
prix du baril s’est stabilisé à 18 dollars (équivalent
à 12 dollars d’après le cours du billet vert en 1973).
C’était un prix juste pour les producteurs et les consommateurs.
Or, pendant les années 1990, le cours est resté aux alentours
de 18 dollars, alors que sa valeur réelle a fléchi pour
atteindre 4,5 dollars le baril dans la deuxième moitié
des années 1990 si on fait le calcul d’après la valeur
du dollar en 1973. Ce prix était donc trop inférieur.
—
Quelle fourchette de prix serait-elle donc satisfaisante
pour l’Opep ?
—
Je suggère une fourchette de prix de 40 à 50 dollars le
baril. Celle-ci pourrait satisfaire toutes les parties.
Elle permettrait aux compagnies pétrolières internationales
un revenu rentable pour financer des investissements indispensables
face à l’augmentation des capacités de production allant
de pair avec la demande croissante. Ces investissements
sont estimés à 500 milliards de dollars sur les dix prochaines
années. D’autre part, cette fourchette permettrait aux
pays producteurs et exportateurs de se constituer une
réserve en prévision de l’épuisement du brut. Cette fourchette
de prix devra cependant être revue à la hausse avec le
temps, conformément à l’inflation et aux taux de croissance
annuelle de la demande de brut ainsi qu’aux évolutions
de la valeur du dollar face aux autres devises. D’après
mes calculs, le prix actuel devrait donc atteindre 50
dollars. Et si l’on tient compte du prix minimum de 18
dollars, approuvé en 1987, celui-ci devient 40 dollars
selon la valeur actuelle du dollar. |
Propos
recueillis par
Ibtessam
Zayed |
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