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Comment corriger notre image déformée ?

Par Mohamed Salmawy
Comment peut-on corriger notre image déformée à l’étranger ? Est-ce en prenant l’initiative de présenter notre véritable image ou bien en attendant que cette image se rectifie par elle-même ? La capitale américaine a témoigné ce mois d’une tentative étudiée, qui a largement imprégné le public américain, pour présenter l’Egypte sous son meilleur jour. La réussite de cette initiative confirme notre responsabilité à corriger notre image, car il ne s’agit pas seulement de ceux qui la déforment.

 

Les Etats-Unis ont vécu ce mois un événement culturel important sur l’Egypte. L’ambassade d’Egypte a organisé une conférence culturelle aux aspects variés : conférences, concerts musicaux et expositions.

Cet événement culturel de taille auquel j’ai été invité fut soigneusement préparé, ce qui a eu un effet illimité sur le public américain. Un effet qui dépasse celui des festivals égyptiens similaires et celui des semaines culturelles. Alors que le mot d’ordre de cet événement était la diversité, il n’en demeure pas moins que chacun de ses volets était soigneusement choisi de manière à avoir l’effet requis. Pour y parvenir, un slogan unifié a été choisi pour toutes les activités « Egypt’s Other Pasts » (L’Egypte et ses diverses civilisations). Le slogan a voulu confirmer la richesse civilisationnelle de l’Egypte qui ne se résume pas à l’histoire pharaonique, mais qui s’étend à l’histoire islamique, copte, grecque et romaine. Toutes ses composantes forment la réalité égyptienne d’aujourd’hui.

Ce choix a été judicieux dans la mesure où il a réussi à détourner l’intérêt du public américain loin de l’image déformée qui a imprégné le nom de l’Egypte en Amérique. Selon cette image, l’Egypte se limite à ce passé pharaonique qui n’existe plus ou bien elle représente un présent extrémiste qui n’encourage quiconque à l’approcher ou à la visiter, au moment où la réalité égyptienne se situe entre ces deux images fausses.

Pour ce qui est de la première image du passé pharaonique, l’erreur réside dans le fait que nous croyons que ce passé est totalement déconnecté du présent. Ce qui n’est pas exact, car si nous voyons de plus près, nous verrons que beaucoup de valeurs et de principes qui ont formé l’ancienne civilisation égyptienne existent toujours dans notre présent. Pour la seconde image relative à l’extrémisme, l’erreur réside dans le fait que le peuple égyptien n’a pas de penchant pour l’extrémisme, surtout que la religion musulmane est l’exemple même de la tolérance et de la modération.

Les activités ont commencé par un dîner offert par l’ambassadeur égyptien, Nabil Fahmi, auquel ont été invitées quelque 500 personnalités des plus importantes de la société américaine. Le lendemain, c’était au tour du centre Kennedy, l’un des plus importants centres culturels au monde, d’ouvrir ses portes aux activités égyptiennes. Alma Powell, adjointe au président du conseil des curateurs, a alors prononcé une allocution, suivie par le discours inaugural de l’ambassadeur Nabil Fahmi, suivi par la conférence donnée par l’éminent savant égyptien le Dr Farouq Al-Baz, intitulée « L’Egypte au carrefour des continents, des cultures et des civilisations ». Ce fut ensuite le tour au Dr Zahi Hawas, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, pour prononcer son allocution sur « Le mystère des Pyramides et les découvertes récentes » et ensuite à Moustapha Al-Abbadi qui a parlé de l’époque gréco-romaine.

Certains chercheurs américains ont pris part à cette journée, où Elizabeth Bolman, professeur d’art du Moyen-Age, a parlé de l’ère copte, notamment les chefs-d’œuvre peints sur les murs des églises égyptiennes, alors que Marvin Meyer, chef du département des recherches religieuses à l’Université Chapman, a évoqué les papyrus de Nagea Hammadi découverts en 1945 et qui ont changé le regard du monde quant à la naissance des religions chrétienne et juive. Ce fut ensuite le tour de Mina Marbet, historienne de l’architecture, qui a donné un discours sur l’Egypte islamique : « Le Caire, la ville des mille minarets », puis l’ingénieur Mohamad Awad, qui a disserté sur l’Alexandrie des XIXe et XXe siècles.

Toutes ces interventions de la première journée étaient accompagnées de photos et de diapositives. Mais le comble de merveille était le spectacle musical impressionnant présenté pendant la soirée par l’ensemble de musique soufie « Lanternes d’Egypte ».

La seconde journée a commencé par une conférence donnée au centre Kennedy par le professeur d’égyptologie à l’Université College à Londres, Fekri Hassan, sur l’aspect intellectuel et philosophique de l’époque pharaonique. Une dimension largement négligée de la civilisation pharaonique. En parlant de l’Egypte ancienne, on évoque souvent l’architecture, la religion, l’astronomie et les autres sciences et on néglige la philosophie, alors qu’elle représentait le pilier des anciennes philosophies grecques. Fayza Heykal, professeur d’égyptologie à l’Université américaine, a ensuite parlé de l’égyptomanie au fil des âges modernes. Son cours a été suivi de celui d’Abdel-Halim Ibrahim, professeur d’architecture, qui a essayé de faire le lien entre l’architecture ancienne et les styles modernes de construction. Robert Cribbs, de l’Université de Sacramento, a parlé quant à lui de l’influence de la musique de l’Egypte ancienne sur la musique au fil des âges.

La seconde moitié de cette deuxième journée a commencé par des musiques de mouled, suivies par plusieurs conférences : sur les arts populaires par Chahira Mehrez, historienne d’art islamique ; sur les arts plastiques modernes et leur relation avec les arts anciens dans les différentes époques, par l’artiste-peintre Nazli Madkour ; sur les moyens technologiques de sauvegarder le patrimoine civilisationnel, par Fathi Saleh, président du Centre égyptien de documentation du patrimoine.

J’ai eu moi-même l’honneur de prononcer le discours de clôture de ces deux journées au centre Kennedy, où j’ai essayé de faire la synthèse de tout ce qui a été dit pendant ces journées et de le lier au présent. Et ce, en focalisant sur les principes fondateurs des anciennes civilisations égyptiennes et en démontrant comment elles ont contribué à façonner la personnalité égyptienne contemporaine.

David Welch, adjoint au secrétaire d’Etat américain et ex-ambassadeur américain au Caire, a prononcé le mot de la fin, en confirmant la nécessité de connaître l’image réelle de l’Egypte à travers de telles activités qui ont une influence importante sur le rapprochement entre peuples égyptien et américain.

En dehors du centre Kennedy, la salle Lisner était le théâtre d’un récital de la remarquable pianiste égyptienne Mouchira Issa qui a été vivement applaudie, alors que l’Université George Washington a accueilli un spectacle de danse de l’ensemble « Lanternes d’Egypte ». A proximité de l’université, au siège de la célèbre association National Geographic, Zahi Hawas a parlé de l’exposition de Toutankhamon qui était sur le point d’ouvrir ses portes à Los Angeles. Ensuite ce fut le tour de Mounir Neamatallah d’évoquer l’oasis de Siwa.

Enfin, la cérémonie de clôture a eu lieu au célèbre musée Corcoran qui a présenté le nouveau livre du Nobel égyptien de littérature Naguib Mahfouz. C’est un livre inédit fabriqué à la main. Il a été illustré par dix tableaux de l’artiste Nazli Madkour. Il s’agit de la traduction anglaise des Nuits des mille nuits. Une réception a été ensuite organisée par l’ambassade égyptienne au musée pour clôturer cet événement culturel égyptien « rare », pour reprendre le terme des journaux américains.

On peut longuement parler de cet événement, mais une seule remarque s’impose. Si un événement a attiré toute cette attention de la communauté politique et culturelle américaine, sans oublier le public, et si nous pouvons organiser de telles manifestations dans les forums culturels et artistiques les plus prestigieux de la capitale américaine, qui est donc à blâmer si de tels événements ne se répètent pas ? Qui est à blâmer si notre image continue à être déformée ? Est-ce la faute de celui qui ne fournit pas l’effort nécessaire pour se donner une boimage de lui, ou bien celle de son ennemi qui profite de cette négligence pour déformer son image à sa guise ? .

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