Comme
prévu, les opérations de désarmement n'ont pas commencé en Côte-d'Ivoire,
ce qui reporte une nouvelle fois une étape considérée comme
cruciale pour ramener la paix dans le pays. Les troupes rebelles
et les combattants des milices pro-gouvernementales devaient
commencer à remettre leurs armes le 27 juin dans le cadre d'un
plan de paix destiné à rassembler des protagonistes divisés
par la guerre civile de 2002-2003. Mais le responsable supervisant
le désarmement, Alain Richard Donwahi, a expliqué qu'une autre
conférence de paix était programmée les 28 et 29 juin à Pretoria,
capitale de l'Afrique du Sud, et qu'une nouvelle date pour la
mise en œuvre du désarmement ne serait probablement pas fixée
avant la fin de ce sommet. A cet égard, le président ivoirien
Laurent Gbagbo et quatre autres parties ivoiriennes ont été
invités à prendre part à ces nouveaux pourparlers.
Le président Mbeki, chargé par l'Union Africaine
(UA) de mettre fin à la guerre civile en Côte-d'Ivoire, avait
invité le 19 juin les parties au conflit à de nouveaux pourparlers
pour discuter de l'application de l'accord signé le 6 avril
entre les protagonistes de la crise ivoirienne. Ce nouvel accord
de paix est censé relancer les accords de Marcoussis signés
en France en janvier 2003.
Anticipant la rencontre de Pretoria, le président
Gbagbo a affirmé vendredi avoir fait son travail et attendre
que les autres acteurs de la crise ivoirienne fassent le leur.
« J'attends (de cette nouvelle rencontre) l'évaluation de l'accord
lui-même et que chacun de ceux qui sont impliqués dans la signature
de l'accord fasse son travail », a-t-il dit.
Mais Pierre Schori, le représentant permanent
en Côte-d'Ivoire de Kofi Annan, secrétaire général de l'Onu,
avait déploré devant le Conseil de sécurité le nouvel enlisement
du processus de paix ivoirien, soulignant que l'adoption de
certaines lois prévues dans l'accord de Pretoria était bloquée
au Parlement. Gbagbo, pour sa part, a estimé n'être pas visé
par cette critique. En effet, l'accord de Pretoria bute actuellement
sur la question cruciale du désarmement. Outre le désarmement
« immédiat » des milices, l'accord prévoit le désarmement des
combattants de la rébellion des Forces Nouvelles (FN, 42 500),
qui contrôle le nord du pays depuis le coup d'Etat raté contre
Gbagbo en septembre 2002, et des enrôlés, après cette date,
dans les rangs loyalistes (5 500). Le porte-parole de la rébellion
ivoirienne, Sidiki Konaté, a réaffirmé cette semaine que la
rébellion ne commencerait pas à désarmer ses combattants le
27 juin, comme prévu par le Programme National de Désarmement,
Démobilisation et Réinsertion (PNDDR), validé par les loyalistes
et les rebelles. « Toutes les étapes qui devaient être mises
en place avant un début serein du processus de désarmement n'ont
pas été faites. Le désarmement du 27 juin n'est donc pas une
éventualité », avait-il précisé, soulignant que « l'accord de
Pretoria est bloqué ».
L'accord du 6 avril a toutefois débouché sur
des résultats concrets, avec notamment la possibilité pour les
rivaux de Laurent Gbagbo, dont l'ancien premier ministre Alassane
Ouattara, de se présenter à l'élection présidentielle du 30
octobre. Ce scrutin doit être suivi par des élections législatives
et municipales.
A cet égard, le Conseil de sécurité a adopté
vendredi une résolution renforçant les effectifs de la mission
de l'Onu en Côte-d'Ivoire et prolongeant son mandat, ainsi que
celui des forces françaises « Licorne », jusqu'au 24 janvier
2006, c'est-à-dire pendant toute la période pré et post-électorale.
Cette mesure vise à permettre d'assurer les conditions de sécurité
indispensables au bon déroulement des élections ivoiriennes.
En effet, la crise s'est récemment aggravée
avec de nouvelles violences. Dernièrement, de nouveaux affrontements
ethniques ont obligé quelques centaines d'Ivoiriens à quitter
le pays. Ces épisodes de violence font craindre une résurgence
de la guerre civile et menacent le fragile processus de paix
visant à réunifier l'ancienne colonie française, divisée en
deux depuis que des rebelles ont pris le contrôle du Nord. Les
deux camps se rejettent mutuellement la responsabilité de ce
regain de tension et ils l'utilisent comme prétexte pour ne
pas déposer les armes.