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Iran.
Le nouveau président Mahmoud Ahmadinejad a entamé les consultations
pour former un gouvernement qui engagera le pays sur des questions
aussi fondamentales que le nucléaire et les relations avec les
Etats-Unis. Mais l'Occident se montre déjà sceptique.
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Le choc d'une victoire
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« Il a gagné. C'est l'effet tsunami ». Tel
est le sentiment général qui prédomine à la suite de la présidentielle
la plus imprévisible et peut-être la plus cruciale qu'ait connue
la République islamique et qui a vu le triomphe de Mahmoud Ahmadinejad.
Quasiment inconnu avant de devenir maire de Téhéran en 2003,
Ahmadinejad a recueilli plus de 61 % de la totalité des bulletins,
alors que son adversaire plus modéré, l'ex-président Rafsandjani,
n'a eu que 35 % des voix, a indiqué le porte-parole du ministère
de l'Intérieur, Jahanbakhsh Khanjani. Des résultats le moins
qu'on puisse dire inattendus lorsque l'on sait que Rafsandjani
était en tête des sondages avant le premier tour.
Issu d'une famille modeste, le président élu
est le premier laïc à devenir chef de l'exécutif depuis les
deux brèves présidences de l'après-Révolution entre 1979 et
1981. La victoire de Ahmadinejad signifie surtout que les ultra-conservateurs
se sont emparés de la dernière institution de la République
islamique, à savoir la présidence, qui échappait encore à leur
pouvoir, faisant redouter de sombres lendemains aux réformateurs
qui gouvernaient naguère et à tous leurs opposants.
Au lendemain de son élection, le nouveau président
a promis aux Iraniens une « société islamique exemplaire, développée
et puissante ». « Les différences de classe sont un problème
que la révolution était censée régler, mais cela n'a pas été
le cas », a affirmé le président qui fait désormais le bonheur
d'une frange du menu peuple, qui voit en lui un homme dévoué
et intègre. D'autant plus qu'il a déclaré que le futur gouvernement
aura pour tâche de combattre « la pauvreté, la corruption et
la discrimination ». Et d'ajouter : « Mon gouvernement est au
service du peuple, c'est le gouvernement de la paix, de la justice
et de la spiritualité ».
Toutefois, dans une première déclaration très
consensuelle sur les orientations de sa future présidence, M.
Ahmadinejad s'en est tenu aux généralités. « Je tends la main
de l'amitié et des relations équitables à tous les pays et nous
renforcerons nos relations avec tous les gouvernements qui veulent
l'entente, la justice et des relations équitables avec nous
», a-t-il dit. Le porte-parole des Affaires étrangères Hamid
Reza Assefi avait auparavant assuré que l'élection de M. Ahmadinejad
ne changerait pas la diplomatie nationale, affirmant que « la
politique du régime est une politique de détente. C'est une
des grandes lignes de la politique du régime, et cela va continuer
».
Sur le plan économique, le nouveau président
iranien a promis, samedi, de favoriser les compagnies pétrolières
nationales par rapport aux étrangères dans l'attribution de
contrats et d'instaurer plus de « transparence » dans le secteur
du deuxième pays producteur de l'Opep. « Cela fait des années
que les revenus du pétrole sont pratiquement entre les mains
d'une seule et même famille et d'un gang politique. Ce gang
motivé par le pouvoir et l'argent est en train d'accaparer toutes
les richesses du pays », a déclaré M. Ahmadinejad, promettant
de « balayer » la domination de cette « famille » et de nationaliser
les ressources publiques. En fait, l'accession d'un « dur »
à la présidence provoque l'inquiétude des milieux d'affaires
iraniens qui redoutent un nouveau tour de vis du pouvoir religieux.
Quant au dossier nucléaire qui inquiète fort
la communauté internationale, l'Iran a répondu, dimanche matin,
aux inquiétudes de la communauté internationale devant un éventuel
durcissement après l'élection d'un ultra-conservateur, affirmant
qu'il va poursuivre ses discussions avec l'Europe, mais il sera
plus renforcé dans ses positions, a déclaré Hamid Reza Assefi
: « Le nucléaire est une affaire de macro-politique, cela ne
change pas avec le changement de président », a-t-il déclaré.
Le nouveau président a adopté un ton d'inflexibilité sur le
nucléaire et a accusé les négociateurs iraniens de faire marche
arrière face aux pressions internationales, affirmant son intention
de créer une nouvelle équipe pour les négociations, comprenant
certains des religieux les plus anti-occidentaux du pays.
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Réactions diverses
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La victoire d'Ahmadinejad a suscité des réactions
disparates de par le monde. Alors qu'Américains et Européens
n'arrivent pas à cacher leur inquiétude, les pays islamistes
voient dans ce succès un camouflet à la politique de libéralisation
prônée par Washington au Proche-Orient.
Même à l'intérieur du pays, cette élection
a mis en lumière une division profonde de la société iranienne.
Loin des partisans du nouveau président, le camp réformateur
parle de « fraude électorale », « d'énormes irrégularités »
et « d'achats de voix ». Le candidat malheureux au second tour,
l'ayatollah Rafsandjani, s'en est pris avec virulence aux institutions
ultra-conservatrices, « pour avoir intervenu dans l'élection
», a-t-il fustigé. « J'espère que le pays sera débarrassé de
ces ennemis et de ces profiteurs sans foi ni loi », a-t-il dit
sans préciser qui il visait.
Sur la scène internationale, cette élection
a ouvert une période de grande inquiétude pour les délicates
négociations avec l'Union Européenne (UE) sur la question nucléaire.
Alors que l'UE se disait prête à travailler avec tout gouvernement
iranien ouvert à des progrès sur le nucléaire et les droits
de l'homme, l'élection de M. Ahmadinejad est accueillie avec
« scepticisme ». Déjà, les Européens ont dénoncé des « vices
» dans le processus électoral et critiqué l'exclusion de nombreux
candidats et candidates avant l'élection. L'Allemagne, la France
et la Grande-Bretagne, qui tentent de concert de convaincre
l'Iran de maintenir le gel de ses activités nucléaires les plus
sensibles, ont immédiatement répété leurs attentes au nouveau
président élu.
Or, si les Européens ont tenté de dissimuler
leur inquiétude, les Américains étaient beaucoup plus ouverts
dans leurs critiques. « Ces élections sont vicieuses, depuis
leur début, avec la décision de quelques personnes non élues
de rejeter plus d'un millier de candidatures dont celles de
93 femmes », a déclaré la porte-parole du département d'Etat
américain, Joanne Moore. Pour le département d'Etat, la victoire
surprise du candidat ultra-conservateur montre un Iran « déphasé
par rapport au reste de la région et aux tendances actuelles
vers la liberté qui ont été si visibles en Iraq, en Afghanistan
et au Liban ». Les Etats-Unis entendent pourtant attendre et
« juger le régime sur ses actes », a ajouté la porte-parole
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| Maha Al-Cherbini
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Trois questions à
l'ambassadeur Ahmad Al-Ghamrawi, président
de l'Association de l'amitié égypto-iranienne.
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| Al-Ahram
Hebdo : Comment évaluez-vous les relations entre les Etats-Unis
et l'Iran à la suite de la victoire de Mahmoud Ahmadinejad ?
Ahmad Al-Ghamrawi : Il faut d'abord
savoir que le régime iranien a des particularités qui lui sont
propres. En effet, le président de la République ne peut pas
prendre de décisions qui ne s'adaptent pas avec la politique
dessinée par le Guide suprême. Nous avons vu par exemple que
l'ancien président Mohamad Khatami n'avait pas toute la liberté
d'action, malgré sa grande popularité. Donc, la politique de
la République islamique ne change pas avec le nouveau président
de la République. Pour ce qui est d'Ahmadinejad, il a déclaré
qu'il tendait la main de l'amitié et des relations équitables
à tous les pays. Il n'a pas exclu les Etats-Unis. Mais, il faut
dire que la victoire de l'ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad
est aussi le résultat des pressions américaines sur l'Iran.
A mon avis, Téhéran est prêt à coopérer avec les Etats-Unis
s'ils changent leur politique. C'est-à-dire que les Iraniens
attendent une initiative américaine. Si les Etats-Unis poursuivent
leur politique de pression, l'extrémisme risque d'augmenter.
Bref, la politique de l'Iran en ce qui concerne les relations
avec l'Europe et les Etats-Unis ainsi que la question du programme
nucléaire ne changera pas tant que les pressions et les menaces
continueront.
— Certains analystes arabes craignent une détérioration
dans les relations irano-arabes, après qu'elles se furent améliorées
sous la présidence de Mohamad Khatami ...
— Non, au contraire, cela fait des années que
les relations entre les pays arabes et l'Iran s'améliorent.
Les pays du Golfe, notamment les Emirats arabes unis, ont des
investissements en Iran. Et ceci est très important pour l'Iran.
Téhéran a fait de grands efforts pour sortir de son isolement.
Un pas en arrière dans ce domaine n'est pas dans l'intérêt ni
de la République islamique, ni des pays arabes. Il ne faut pas
précipiter les choses puisque le nouveau président n'a pas une
grande expérience sur la scène internationale.
— L'ancien président Mohamad Khatami avait
entamé une politique de réformes. Le nouveau président ultra-conservateur
risque-t-il de revenir sur ces réformes ?
— Personne ne peut revenir sur la réforme entamée
par Khatami. Le peuple iranien n'acceptera jamais de revenir
sur l'ouverture sur le monde maintenant qu'il s'y est habitué.
La modération reste d'actualité. Le courant réformateur a déclaré
son appui au nouveau président. Ahmadinejad est un homme issu
du peuple, sa politique intérieure sera basée sur la réforme
: la lutte contre la corruption et la pauvreté notamment. Et
je pense qu'il va commencer par améliorer les conditions de
vie du peuple iranien .
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Propos recueillis
par Ingy Al-Qadi |
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