«
Ces bombardements sont une punition infligée à la population
par le gouvernement de Khartoum car ils ont échoué sur le terrain
», a affirmé à Asmara Salah Barqueen, l’un des dirigeants de
la rébellion du Front de l’est. « Ils bombardent des civils
car ils n’ont pas réussi à faire face à nos troupes, ils ne
bombardent pas nos troupes car ils ont peur de se faire descendre
par notre défense », a encore déclaré M. Barqueen, tout en précisant
que les forces rebelles n’ont pas encore réussi à prendre Tokar.
Celle-ci, où les rebelles affrontent les forces gouvernementales
depuis plus d’une semaine, se trouve à 120 kilomètres au sud
de Port-Soudan, le principal port du pays, situé sur la mer
Rouge. Les rebelles avaient attaqué, le 19 juin, des positions
gouvernementales au sud de Port-Soudan et affirment avoir fait
des avancées significatives depuis.
M. Barqueen a également accusé Khartoum d’avoir
acheminé dans l’est des forces spéciales, les mêmes qui avaient
tué des manifestants à Port-Soudan en janvier. Les rebelles
accusent Khartoum de poursuivre une stratégie similaire à celle
adoptée dans la région troublée du Darfour.
Selon les analystes, la rébellion de l’est,
latente depuis des années, essaye de tirer profit des négociations
en cours sur le Darfour. Elle a trouvé que seules l’escalade
et l’action militaire pourraient faire pression sur le régime
et attirer l’attention de la communauté internationale sur leurs
revendications.
La rébellion du Front de l’est est née de la
fusion, en février, de deux mouvements rebelles, le Congrès
Beja et les Lions Libres, qui accusent Khartoum de marginaliser
leur région et de ne pas chercher à développer ses infrastructures.
Le Congrès Beja, qui représente la majorité du Front de l’est,
a pris les armes contre Khartoum dès 1994 et contrôle aujourd’hui
une région au nord de Kassala près de la frontière érythréenne.
Depuis 1994, des heurts sporadiques ont lieu dans la région.
En février, le Congrès Beja et les Rashaidas du mouvement Lions
Libres ont fusionné pour former le Front de l’est.
Néanmoins, Khartoum a qualifié d’« infondées
» ces accusations, affirmant que « le gouvernement s’est engagé
à protéger la propriété et la vie des citoyens ». Le gouvernement
« n’a pas utilisé d’avions et n’a pas lancé d’attaque aérienne
contre aucune région de l’est du Soudan », a souligné le porte-parole
du gouvernement.
Un porte-parole militaire soudanais a admis
que les troupes gouvernementales étaient actives dans la région,
tout en insistant sur le fait qu’il s’agissait d’opérations
de recherche « des restes des forces rebelles qui ont attaqué
Tokar ».
Le Soudan est allé même jusqu’à déposer plainte
lundi au Conseil de sécurité de l’Onu contre l’Erythrée, l’accusant
de chercher à le déstabiliser en encourageant cette rébellion.
La plainte concerne « le régime érythréen et ses pratiques irresponsables
visant à déstabiliser le Soudan et à miner le processus de paix
en cours », souligne l’agence soudanaise.
Le Soudan accuse l’Erythrée voisine, où est
basé le Front de l’est, de soutenir l’offensive lancée à l’aide
d’un armement lourd et d’engins motorisés. « L’attaque a eu
lieu à environ 70 km de la frontière (avec l’Erythrée). Une
force d’opposition ne peut aller aussi loin à l’intérieur du
territoire soudanais sans avoir un soutien logistique qui peut
être fourni par l’Erythrée ».
Plusieurs milliers de réfugiés érythréens vivent
au Soudan, et Asmara a accusé à plusieurs reprises Khartoum
de les persécuter. Le gouvernement soudanais a imputé en retour
à son voisin un soutien aux rebelles. Asmara rejette régulièrement
ces accusations, et affirme ne leur offrir qu’un soutien politique
.