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Sahara Occidental. Son indépendance vient d’être reconnue par les autorités kényanes. Et ce à un moment où les relations entre le Maroc et l’Algérie sont plus que jamais crispées en raison d’un contentieux qui dure depuis le milieu des années 1970.
Le Kenya jette de l’huile sur le feu

La question du Sahara occidental, une terre qui prolonge le Maroc vers le sud en bordure de l’Atlantique et s’étend sur 267 000 km2, ne trouve aucun dénouement envisageable depuis plus de trente ans. Un conflit de souveraineté oppose le Maroc au front Polisario, un mouvement indépendantiste armé soutenu par l’Algérie. Le problème provoque très fréquemment des montées de tensions inquiétantes entre les deux protagonistes algérien et marocain. Depuis la récente crise entre les deux voisins due aux déclarations faites du président algérien Bouteflika et qui avait provoqué le report sine die d’un sommet maghrébin initialement prévu pour le 25 mai dernier, les antagonismes au sujet de ce territoire ne cessent d’abonder encore plus qu’à l’accoutumée.

L’événement le plus récent en date est la reconnaissance de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) par les autorités kényanes, qui a entraîné le rappel en consultation de l’ambassadeur du Maroc à Nairobi. Ce nouveau coup de semonce porté au Royaume chérifien suit l’exemple d’une dizaine d’Etats, notamment africains, comme l’Afrique du Sud.

Samedi dernier, un communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, a indiqué : « Nous déplorons vivement la décision injustifiée et injustifiable annoncée ce jour par le gouvernement du Kenya de reconnaître la pseudo RASD et d’établir avec elle de soi-disant relations diplomatiques ». Le Maroc a relevé que l’annonce kényane coïncidait avec le déclenchement d’une « campagne virulente menée par l’adversaire de toujours de l’intégrité territoriale du Maroc, qui a récemment réitéré son engagement en faveur de la création d’un Etat sahraoui indépendant », évoquant ici son voisin algérien avec lequel il mène un bras de fer qui nuit à l’Union du Maghreb Arabe (UMA), incapable de tenir un sommet depuis 1994.


Prôner l’apaisement

C’est pour ces raisons que le ministre marocain de la Communication, M. Mohamed Nabil Benabdellah, a réitéré la pleine disposition de son pays à dégager une solution politique globale et définitive à la question du Sahara dans le cadre des Nations-Unies, jeudi soir à Monaco, à l’ouverture de la 16e session du Forum Crans Montana. Cette conférence de trois jours a réuni des centaines de chefs d’Etat et de gouvernement, de ministres, de représentants d’organisations internationales et de décideurs du monde des affaires et de la finance. L’homme politique tentait ainsi d’adoucir un climat actuellement bouillonnant. Il est vrai que depuis plus d’un mois, les événements sur le thème du Sahara ponctuent l’actualité. Des milliers de Marocains se sont rassemblés dernièrement à Paris, Ottawa, Francfort, Madrid, Barcelone et Gibraltar pour exprimer leur attachement à l’intégrité territoriale en pointant du doigt le régime algérien qui, selon eux, est responsable d’une mascarade séparatiste et de la misère de plusieurs centaines de séquestrés sahraouis dans les camps de Tindouf au sud-est algérien.

La chape de plomb du Maroc sur le Sahara occidental n’a jamais cessé d’être maintenue, en témoignent les récents événements à Al-Ayoun, où pour la quatrième fois depuis les soulèvements sahraouis de mai dernier, une délégation espagnole s’est vu refuser l’accès par les autorités marocaines au territoire. « Quelque chose de très grave a dû se passer sur place », estimait l’un des membres de la délégation andalouse refoulée, pour expliquer ce refus d’accès, ajoutant que le gouvernement de José Luis Zapatero doit « réviser ses relations avec le Maroc, parce qu’il y a des motifs pour avoir des doutes très sérieux » sur l’attitude marocaine.

Autre fait marquant, le premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, s’apprêtait à effectuer une visite au Maroc le 21 juin dernier, mais elle a été annulée, qualifiée « d’inopportune » par Rabat. « Les prises de position affichées ces dernières semaines par les autorités algériennes sont en nette contradiction avec les objectifs de normalisation bilatérale, de rapprochement entre les deux peuples frères et de relance effective de l’UMA », justifiait un communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération.

Réagissant aux évolutions des relations entre les deux pays, Mohamed Bedjaoui, nouveau ministre algérien des Affaires étrangères, a quant à lui tenté de prôner l’apaisement en déclarant jeudi : « L’Algérie, peuple et gouvernement, ne nourrit que des sentiments de fraternel respect pour le Maroc, elle espère bâtir avec ce pays frère des relations fécondes et à l’abri d’une gestion étroitement conjoncturelle ». En aparté avec la presse, Mohamed Bedjaoui a précisé : « dans leur sagesse », Bouteflika et Mohamed VI ont décidé de laisser la question du Sahara occidental aux compétences de l’Onu.

La situation actuelle semble donc encore plus qu’hier définitivement floue et incertaine, la preuve en est que même les Nations-Unies n’ont jamais semblé en mesure d’être un arbitre de taille. D’autant plus que Kofi Annan, secrétaire général de l’Onu, semble avoir du mal à trouver un diplomate capable d’assumer la responsabilité du dossier du Sahara depuis la démission de James Baker .

Hicham Bennani

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