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Iraq. Face à l’intensification de la violence imputée aux sunnites, Américains et Iraqiens semblent opter pour le dialogue avec les insurgés et leur implication dans le processus politique.
Changement de tactique

Le 28 juin 2004, l’administrateur américain en Iraq, Paul Bremer, passait le pouvoir à un gouvernement iraqien de transition. Un an après ce transfert de souveraineté, qui avait officiellement mis fin à l’occupation, la situation en Iraq n’est pas des plus reluisantes : le pays reste en effet le théâtre de violences quotidiennes alors que les dissensions confessionnelles et ethniques s’y sont accentuées. L’année écoulée a ainsi connu une vague d’attaques meurtrières contre les chiites et une augmentation alarmante des règlements de compte entre chiites et sunnites.

Ainsi, le seul signe positif un an après le transfert de souveraineté est sans doute la tenue, le 30 janvier dernier, dans des conditions difficiles, d’élections historiques marquant le lancement du processus politique.

Il n’empêche que ces élections ont favorisé les scissions ethnico-religieuses : les Iraqiens ont été divisés entre chiites et Kurdes d’une part, qui ont massivement voté, et Arabes sunnites d’autre part, qui ont boycotté le scrutin. Ceux-ci ont ainsi été marginalisés de la vie politique et sont rendus responsables d’une partie des violences. Actuellement, la seule issue pour surmonter les désaccords est de traiter les sunnites comme de réels partenaires en leur permettant de participer à la commission de rédaction de la Constitution.

Contrer les violences et inclure les sunnites dans le processus politique sont donc devenus l’objectif aussi bien du gouvernement iraqien que des Américains.

C’est dans ce cadre que des responsables américains ont eu des contacts avec des insurgés iraqiens. Une information reconnue par le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld. « Nous facilitons de temps à autre » ce type de rencontres entre rebelles et responsables américains, a reconnu M. Rumsfeld, confirmant des informations publiées par le journal britannique Sunday Times. Mais le secrétaire à la Défense s’est refusé à préciser quand et avec qui avaient eu lieu ces contacts, soulignant qu’il ne fallait pas exagérer leur portée et que Washington « ne négociait pas avec les terroristes ». Le chef du Commandement central américain (Centcom), le général John Abizaid, a minimisé aussi sur CNN l’importance de ces contacts : « Je ne suis pas sûr que j’appellerais cela un dialogue entre des responsables américains et les insurgés », a-t-il dit. « Je dirais que les responsables américains et iraqiens recherchent les bonnes personnes à qui parler dans la communauté sunnite », a-t-il ajouté. M. Rumsfeld a fait un distinguo entre les djihadistes du groupe Al-Zarqaoui qualifiés de « criminels » et les anciens baassistes sunnites qui « voudraient reprendre le contrôle du gouvernement ». Il a aussi indiqué que la tactique américaine était de diviser une insurrection multiforme. « Bien sûr, la première chose que vous voulez faire, c’est diviser les gens et chercher leur ralliement », a-t-il déclaré.

Deux rencontres auraient eu lieu, le 3 juin et une dizaine de jours plus tard, entre les chefs de certains mouvements rebelles iraqiens — dont des membres d’Ansar Al-Sunna, lié au réseau terroriste Al-Qaëda — et des représentants américains à Balad, au nord de Bagdad, selon le Sunday Times. Toutefois, l’information a été « catégoriquement » démentie par Ansar Al-Sunna, dans un communiqué publié en son nom sur Internet.

Cette nouvelle approche de la rébellion par les Etats-Unis vient conforter les représentants sunnites iraqiens, politiques et religieux, qui appellent depuis plusieurs mois au dialogue avec les insurgés afin de les intégrer dans le processus politique et faire baisser le niveau de la violence. Le président iraqien, le Kurde Jalal Talabani, était lui-même allé dans le même sens après son élection début avril, appelant à discuter avec « les Iraqiens qui portent des armes contre les forces étrangères » mais en excluant toutefois les groupes liés à Al-Qaëda. « Nous avons toujours pensé qu’un processus politique global était essentiel pour l’avenir de l’Iraq et nous avons discuté avec différents groupes iraqiens pour leur demander de participer au processus politique », a également affirmé un porte-parole de l’ambassade américaine à Bagdad, sous couvert de l’anonymat. A l’inverse, le vice-président chiite iraqien Adel Abdel-Mehdi a dit avoir des doutes sur l’efficacité de la démarche, car, a-t-il dit, « pour stopper la terreur, il faut l’effort de tous les Iraqiens, et des relations fraternelles entre sunnites et chiites ».


Sombres pronostics

 

Au chapitre de la violence, un hélicoptère de combat américain Apache s’est écrasé lundi au nord de Bagdad, au lendemain d’une journée meurtrière au cours de laquelle 40 personnes ont été tuées en Iraq, dont 25 ont péri dans trois attentats suicide contre les forces de sécurité iraqiennes dans la région de Mossoul, à près de 400 km au nord de Bagdad. Les trois attentats ont été revendiqués sur Internet au nom de la section iraqienne d’Al-Qaëda, dirigée par le Jordanien Abou-Moussab Al-Zarqaoui. Face à cet état des lieux, Donald Rumsfeld a prédit une intensification de la violence à l’approche de l’adoption de la Constitution prévue mi-août et les élections de décembre, comme cela avait été le cas le 30 janvier pour les élections générales. Prédisant une longue insurrection, le secrétaire américain à la Défense a en outre estimé que les violences en Iraq seraient vaincues par les forces iraqiennes et non pas étrangères. Le président américain, George W. Bush, a lui aussi prédit « de durs combats » dans les mois à venir. Mais en dépit des difficultés à attendre, Bush a exclu, à la suite d’une rencontre avec le premier ministre iraqien Ibrahim Al-Jaafari, toute idée d’annonce d’un calendrier de retrait des forces américaines en Iraq.

Abir Taleb

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