Ainsi,
le seul signe positif un an après le transfert de souveraineté
est sans doute la tenue, le 30 janvier dernier, dans des conditions
difficiles, d’élections historiques marquant le lancement
du processus politique.
Il n’empêche que ces élections ont favorisé
les scissions ethnico-religieuses : les Iraqiens ont été divisés
entre chiites et Kurdes d’une part, qui ont massivement voté,
et Arabes sunnites d’autre part, qui ont boycotté le scrutin.
Ceux-ci ont ainsi été marginalisés de la vie politique et
sont rendus responsables d’une partie des violences. Actuellement,
la seule issue pour surmonter les désaccords est de traiter
les sunnites comme de réels partenaires en leur permettant
de participer à la commission de rédaction de la Constitution.
Contrer les violences et inclure les sunnites
dans le processus politique sont donc devenus l’objectif aussi
bien du gouvernement iraqien que des Américains.
C’est dans ce cadre que des responsables
américains ont eu des contacts avec des insurgés iraqiens.
Une information reconnue par le secrétaire américain à la
Défense, Donald Rumsfeld. « Nous facilitons de temps à autre
» ce type de rencontres entre rebelles et responsables américains,
a reconnu M. Rumsfeld, confirmant des informations publiées
par le journal britannique Sunday Times. Mais le secrétaire
à la Défense s’est refusé à préciser quand et avec qui avaient
eu lieu ces contacts, soulignant qu’il ne fallait pas exagérer
leur portée et que Washington « ne négociait pas avec les
terroristes ». Le chef du Commandement central américain (Centcom),
le général John Abizaid, a minimisé aussi sur CNN l’importance
de ces contacts : « Je ne suis pas sûr que j’appellerais cela
un dialogue entre des responsables américains et les insurgés
», a-t-il dit. « Je dirais que les responsables américains
et iraqiens recherchent les bonnes personnes à qui parler
dans la communauté sunnite », a-t-il ajouté. M. Rumsfeld a
fait un distinguo entre les djihadistes du groupe Al-Zarqaoui
qualifiés de « criminels » et les anciens baassistes sunnites
qui « voudraient reprendre le contrôle du gouvernement ».
Il a aussi indiqué que la tactique américaine était de diviser
une insurrection multiforme. « Bien sûr, la première chose
que vous voulez faire, c’est diviser les gens et chercher
leur ralliement », a-t-il déclaré.
Deux rencontres auraient eu lieu, le 3 juin
et une dizaine de jours plus tard, entre les chefs de certains
mouvements rebelles iraqiens — dont des membres d’Ansar Al-Sunna,
lié au réseau terroriste Al-Qaëda — et des représentants américains
à Balad, au nord de Bagdad, selon le Sunday Times. Toutefois,
l’information a été « catégoriquement » démentie par Ansar
Al-Sunna, dans un communiqué publié en son nom sur Internet.
Cette nouvelle approche de la rébellion par
les Etats-Unis vient conforter les représentants sunnites
iraqiens, politiques et religieux, qui appellent depuis plusieurs
mois au dialogue avec les insurgés afin de les intégrer dans
le processus politique et faire baisser le niveau de la violence.
Le président iraqien, le Kurde Jalal Talabani, était lui-même
allé dans le même sens après son élection début avril, appelant
à discuter avec « les Iraqiens qui portent des armes contre
les forces étrangères » mais en excluant toutefois les groupes
liés à Al-Qaëda. « Nous avons toujours pensé qu’un processus
politique global était essentiel pour l’avenir de l’Iraq et
nous avons discuté avec différents groupes iraqiens pour leur
demander de participer au processus politique », a également
affirmé un porte-parole de l’ambassade américaine à Bagdad,
sous couvert de l’anonymat. A l’inverse, le vice-président
chiite iraqien Adel Abdel-Mehdi a dit avoir des doutes sur
l’efficacité de la démarche, car, a-t-il dit, « pour stopper
la terreur, il faut l’effort de tous les Iraqiens, et des
relations fraternelles entre sunnites et chiites ».