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Exposition . A travers 40 tableaux de différents formats, Ahmad Nawar dépeint à nouveau les célèbres portraits du Fayoum sous le titre de Soul of Civilization (L’âme des civilisations).
Des portraits symboles

Pourquoi les portraits de Nawar ont-ils tant de présence ? Pourquoi ont-ils une individualité qui ressemble à la nôtre ? Cela méprend. Pourquoi semblent-ils appartenir à notre époque ? Les portraits du Fayoum réalisés par Ahmad Nawar sont émouvants, d’où provient leur énigme ? Ce sont des portraits anciens, mais qui datent de nos jours, leur hétérogénéité, leur hybridité sont en harmonie avec la situation actuelle. « J’ai pensé retravailler ces anciens portraits, qui datent du Ier siècle et qui illustrent une tradition égyptienne très ancienne selon laquelle on devait déposer sur le visage du défunt son portrait en signe d’éternité. Mais j’ai voulu les refaire selon les normes de notre époque, les impliquer aux problèmes et aux événements actuels, amers et sanglants », affirme Nawar. Et d’ajouter : « Les portraits du Fayoum ont été exécutés pour la postérité, pour fournir aux générations futures la preuve d’existence de toutes celles qui les ont précédées. C’est une recherche admirable, pleine d’imagination, de vivacité et de croyance ; de quoi mériter d’être revisités et contemplés ». L’artiste conçoit en effet les portraits du Fayoum comme étant l’origine de l’art populaire égyptien. « J’ai été épris par l’idée de recréer et de reformer les portraits du Fayoum pour la simple raison que ces portraits sont très proches de nos cœurs, nous les Egyptiens ».

En regardant ces portraits, on est pris par la magie d’un contrat d’intimité bien particulier. Ce contrat nous est peut-être difficile à cerner. Les regards expressifs de ces êtres qui sont passés par là nous parlent incontestablement. Ils s’adressent à chacun en particulier, lui murmurent des secrets.

En préservant l’aspect classique des portraits, notamment la forme et le regard des yeux, Nawar met en lumière des yeux en état d’attente. Ils sont chargés d’énergies, de mystères, mais aussi de messages qui les lient au monde contemporain. « Le langage des yeux est le plus expressif et le plus émouvant à peindre. Ces yeux sont témoins du passé et du présent. De retour à la vie, ces yeux pourront aisément rentrer en contact avec ce monde contemporain », lance l’artiste qui fête ses soixante ans avec cette exposition. D’où peut-être le désir de jeter des ponts entre le présent et le passé.

Du point de vue style, sa « trilogie » regroupant trois œuvres réciproques juxtapose les portraits d’une jeune fille avec sa petite couronne, lui ajoutant une forme pyramidale. Les vêtements, les coiffures et les bijoux demeurent anciens. « L’Egypte était à cette époque une province romaine gouvernée par des préfets venus exprès de Rome. La mode romaine était alors en vigueur dans la capitale ».

Nawar a voulu ensuite marquer ces portraits de sa propre empreinte. Il leur a ajouté plein d’éléments modernes : engins militaires, formes géométriques, objets électroniques comme les lamelles de transistor et les fils électriques. Les éléments susmentionnés se collent aux portraits, créant un beau contraste entre l’ancien et le moderne, entre les icônes de tous les temps. Une manière de faire revivre ce qu’il appelle « l’âme de la civilisation ».

En 2000, Nawar avait déjà retravaillé les portraits du Fayoum à l’encre de chine, dans une tentative d’en dévoiler les secrets. Cette fois-ci, il se lance dans la même aventure en jouant avec l’éclairage et les couleurs. Une harmonie et une esthétique spirituelles en émanent. Dans « Trilogie de l’âme égyptienne », l’émotion de Nawar jaillit. Les noir, blanc et rouge du drapeau égyptien forment l’arrière-plan des trois portraits de jeunes filles du Fayoum. Ce même drapeau est transpercé par des planches en bois, peintes en bleu. Cette couleur n’est pas sans rappeler le Nil, symbole de la protection, de la sérénité et de la vie. Et justement toute l’exposition de Nawar tourne autour de la vie.

Névine Lameï

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Soul of Civilization (L’âme des civilisations). Peintures et collages d’Ahmad Nawar à la galerie Zamalek. 11, rue Brazil, Zamalek.

Tél. : 735 12 40. Jusqu’au 30 juin, de 10h30 à 21h (sauf le vendredi). www.zamalekartgallery.com.

 

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