Avec un scénario médiocre, creux et plein d’exagération
dramatique, le film Ismaïliya rayeh gay (Ismaïliya aller retour)
a fait l’événement en cette année-là. Il a canonisé ses héros,
lancés au devant de la scène. Ce film, qui a fait date, a baptisé
l’expression Al-Cinéma al-nazifa (Le cinéma propre, c’est-à-dire
conservateur). « J’ai l’honneur d’être le premier à introduire
les nouveaux scénaristes sur scène. Celle-ci a été longtemps
dominée par deux ou trois noms », dit Al-Beih, non sans fierté.
Il continue ensuite, justifiant la réussite inattendue de son
premier film. « Le scénario d’Ismaïliya aller retour présentait
des
types de jeunes qu’on trouve partout en Egypte.
Des prototypes loin de la femme invincible ou du jeune premier
traditionnel qui avaient fini par lasser le public ».
Devenu très prisé sur le marché cinématographique,
Al-Beih a perdu de son éclat au fil des années. Ses scénarios
sont faiblement construits et ses intrigues s’avèrent sans nouveauté.
Ayant signé plusieurs films interprétés par les chanteurs Mohamad
Fouad et Moustapha Qamar, il entre cet été en compétition avec
son film Ahlam omréna (Les rêves de notre vie). « Je tiens aux
thèmes simples communs aux différentes classes de la société.
C’est ce genre de scénarios proches des sentiments qui fait
la réussite de mes œuvres », dit-il.
Khalti Faransa (Ma Tante Faransa), Al-Pacha
telmize (Son Excellence est un étudiant), Abou-Ali ont porté
sa signature. Bilal Fadl a connu, comme le reste de sa génération,
l’admiration du public et l’indignation des critiques. C
es
derniers trouvent dans les scénarios de Fadl une technique d’écriture
qui tient, mais qui est assez creuse, souvent vide de tout contenu.
La projection de Khalti Faransa lui a attiré les foudres des
spécialistes. Journaliste à l’origine, il conçoit la critique
autrement. « Je crois à la parole de Bernard Shaw disant que
les critiques sont des gens inactifs, comme les petits oiseaux
qui se nourrissent des miettes que laissent tomber les créateurs.
Mon travail de journaliste fait que je passe outre la critique
et l’avis du public. Je n’écoute que ma voix interne et je n’en
fais qu’à ma tête ! ».
Ayant
débuté sa carrière en 2002 par le film Haramiya fi KG2 (Voleurs
au jardin d’enfant), il n’a pas tardé à se forger la réputation
du scénariste le plus productif de sa génération. Il suffit
de savoir que quatre films parmi ceux projetés l’an dernier
portaient sa griffe, à savoir : Al-Pacha telmize, Sayie bahr
(Très débrouillard), Khalti Faransa et Abou-Ali. Durant cet
été, deux de ses films sont en projection : Ali Spicy (Ali l’épicé)
et Sayed Al-Atefi (Sayed le romantique). Bien qu’il rejette
la critique, Fadl se permet quand même de lancer des quolibets
aux autres. « J’essaye de faire rire le public sur ses propres
problèmes. J’essaye de diversifier pour ne pas tomber dans le
même piège que Tamer Habib lequel ne parle que d’une classe
qui ne représente que 10 % de la société. Il décrit les personnages
qu’on aimerait être et non des gens issus de la réalité ».
Al-Lembi est le mot de passe qui lui a ouvert
toutes les portes. Ce personnage, qui a fait son apparition
à travers Al-Nazer, a prêté ensuite son nom à une comédie, signée
Ahmad Abdallah.
«
Al-Lembi n’est-il pas un personnage que l’on rencontre dans
les rues égyptiennes ?, s’interroge le scénariste. Ceux qui
m’ont critiqué, dénonçant ce personnage comme vicieux, pourquoi
n’ont-ils guère décrié les fétéwas (Gueux) du cinéma égyptien
des années 1950 et 60, ou encore des personnages comme Abou-Lamëa,
(l’imposteur) ? Au moins, Al-Lembi évoquait des sujets réalistes
! ». Il paraît que le comédien Mohamad Héneidi a été le dénominateur
commun entre tous ces nouveaux scénaristes. Pour ce qui est
d’Ahmad Abdallah, il lui a donné la chance de sa vie en persuadant
son producteur de lui céder le scénario des films Askar fil
moaskar (Askar au camp) puis Foul al-Sine al-azim. Cette saison,
l’on retrouve le même duo, à travers Yana ya khalti (Ou Moi
ou ma tante) en concurrence avec un autre film écrit également
par Abdallah, Eyal habbiba (Des jeunes Valentins). « Je connais
Héneidi depuis fort longtemps. Encore étudiant, il m’avait demandé
d’écrire un poème d’amour à sa copine. On était de la même promotion
à l’Institut du cinéma, avec les comédiens Alaa Walieddine et
Achraf Abdel-Baqi ». Malgré la banalité des thèmes abordés,
Ahmad Abdallah, qui a étudié la mise en scène à l’Institut du
cinéma, n’arrive pas à dissimuler sa colère face aux critiques.
II semble croire en ce qu’il fait.
« Nous sommes une génération chanceuse et victime.
Nous avons eu la chance de réaliser des films qui ont remporté
des millions, mais nous sommes victimes de critiques acerbes.
Nous avons le droit de nous exprimer à travers un langage qui
nous est propre ». Il en est persuadé.
Tamer Habib a fait un tabac avec la sortie
de deux films en 2002-2003, Sahar al-layali (Nuits blanches)
et Hob al-banat (L’amour des filles). Deux scénarios qui ont
été au box-office, avec des trames bien tissées. Basé sur l’idée
des couples et du Happy End, Sahar al-layali se distinguait
des autres productions. Contrairement à Bilal Fadl, Habib refuse
de faire plonger le public dans la comédie.
« Je crois toujours que la qualité peut résister.
Je tiens à présenter des scénarios sérieux mais simples, sans
verser dans les effets comiques ». Il se démarque du reste de
sa génération. Du coup, il met plus de temps à écrire ses films
et ne présente rien actuellement dans les salles. Fin la trentaine,
il semble connaître son chemin.