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La sécurité avant la reconstruction
Hassan Abou-Taleb
Rédacteur en chef du Rapport stratégique arabe

Au lendemain de la tenue de la Conférence de Bruxelles pour la reconstruction de l’Iraq, le journal britannique The Independant a publié un commentaire concis selon lequel la conférence aurait brandi de nombreux slogans mais réalisé très peu de pas effectifs. Et ce alors que les actes de violence continuent en Iraq sans merci. Il est vrai que cette analyse est très succincte, mais elle est aussi très éloquente et réaliste. Effectivement, la reconstruction de l’Iraq est conditionnée par l’arrêt des actes sanglants qui se poursuivent sans aucune interruption depuis que le président américain a annoncé, en mai 2003, l’arrêt des grandes opérations militaires en Iraq et le commencement de la reconstruction du pays. Tant que la violence persiste, il n’y aura pas de reconstruction possible pour ce pays arabe frappé par l’occupation, le terrorisme, la violence et le démantèlement politique.

La Conférence de Bruxelles semble être un acte symbolique plutôt qu’une manifestation réelle qui propose des solutions concrètes. Les promesses lancées par la secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice, par Kofi Annan et par les représentants des pays participants se sont caractérisées par l’ambiguïté et l’expression des souhaits et rien de plus. Un seul programme pratique a été signalé par Solana, le représentant de l’Union Européenne (UE). Il constitue une réponse de cette dernière à la réclamation du gouvernement iraqien de mettre en place un programme pour le renforcement de la souveraineté de la loi en Iraq. Ce programme qui commencera début juillet prochain vise à donner une formation à 770 officiers supérieurs et des personnes occupant des postes moyens dans les secteurs de la police, de la justice et des prisons. Cette formation se concentre sur la promotion des capacités de gestion et l’amélioration des compétences et des procédures concernant les enquêtes criminelles. Ce programme a également fait allusion à une promesse de présenter des aides économiques européennes d’une valeur de 1,2 milliard d’euros.

L’absence de programmes clairs et d’engagements déterminés a poussé la délégation iraqienne à exprimer sa déception face au bilan de la conférence. En effet, elle aspirait à des engagements réels concernant le dégrèvement des dettes iraqiennes évaluées à 130 milliards de dollars ainsi qu’aux plans déterminés pour le développement de l’industrie pétrolière, principale source de revenus pour l’Iraq. La délégation iraqienne s’attendait aussi à des aides précises, notamment de la part des pays voisins, pour resserrer l’étau autour des groupes terroristes dont l’activité évolue de manière stupéfiante. Et ce en interdisant l’infiltration des terroristes par les frontières. Et enfin, les Iraqiens espéraient que le monde entier affiche son soutien politique, symbolique et économique au gouvernement transitoire et aux efforts politiques concernant l’élaboration de la Constitution finale et la préparation du pays pour des élections visant à instaurer un gouvernement continu.

C’est la deuxième fois qu’est tenue une conférence internationale pour la reconstruction de l’Iraq. La première avait été tenue à Madrid en automne 2003 avec la participation de 75 Etats qui s’étaient tous engagés à présenter des garanties financières, des aides, des programmes économiques et des projets d’infrastructure. Le total des sommes qui avaient été promises à l’Iraq est évalué à 113 milliards de dollars et il n’en a reçu que 2 en un an et demi. La question s’impose donc : Pourquoi les différents pays ont-ils manqué à leurs engagements envers l’Iraq ? Pourquoi semblent-ils aussi peu empressés en ce qui concerne le soutien de l’Iraq à l’heure actuelle ?

En réalité, la réponse n’est pas difficile. La situation sécuritaire en Iraq devient de plus en plus dangereuse. Les actes de violence : explosions, voitures piégées, attaques contre les civils et les policiers mais aussi contre les forces américaines ont atteint le nombre de 420 opérations par jour en mai 2005 en comparaison avec 128 opérations en mai 2004. C’est-à-dire que le taux de violence a triplé en un an. Donc, le cercle de violence s’est élargi de façon à empêcher toute application de plans de reconstruction comme l’espèrent les Iraqiens avant n’importe qui d’autre.

A cause des conditions détériorées de sécurité, de nombreuses compagnies œuvrant dans la reconstruction ont rapatrié leur personnel à cause des menaces d’enlèvement des employés. Ce qui ralentit la réalisation effective des différents projets. D’un autre côté, il est sûr que les conditions sécuritaires ont causé la hausse des coûts, à cause des frais de sécurité et de protection des employés et des équipements de travail. Cette hausse est évaluée à au moins 40 % du coût total de n’importe quel projet.

Si le problème essentiel de l’Iraq réside dans la sécurité, cela implique 2 réalités indivisibles. Premièrement, il s’agit d’un pays occupé et rien ne prédit la fin de cette occupation alors qu’il s’est avéré que les motifs de l’occupation américaine, notamment les armes de destruction massive, n’étaient que des mensonges. Deuxièmement, le processus politique actuellement en cours en Iraq, malgré son importance et bien qu’il englobe des aspects démocratiques formels, se révèle être défectueux puisqu’il ne comprend pas une conciliation nationale qui engloberait tous les Iraqiens sans aucune exception.

Ces 2 réalités suscitent à leur tour de nombreuses problématiques : Le problème sécuritaire cessera-t-il avec la fin de l’occupation ou sera-t-il plus sérieux encore ? Est-ce qu’une opération politique pacifique englobant toutes les classes iraqiennes pourra-t-elle régler le problème sécuritaire ? Ou bien cette opération ne constitue pas une garantie suffisante, d’autant plus que les actes de violence et de terrorisme sont motivés par des objectifs fondamentalistes qui dépassent le simple fait de mettre fin à l’occupation américaine ? De telles interrogations acquièrent de l’importance dans le contexte des changements actuels au Congrès américain. Effectivement, de nombreux membres réclament au comité des forces armées de faire promulguer par le Pentagone un agenda pour le retrait de l’Iraq et de laisser les rênes aux Iraqiens. Chose refusée par le Pentagone qui considère que le retrait à une date déterminée ne contribuera pas à l’instauration de la sécurité en Iraq. Au contraire, ce retrait pourrait causer une catastrophe en Iraq et dans toute la région. De même, les déclarations faites par Ibrahim Al-Gaafari, président du gouvernement iraqien transitoire au cours de sa visite à Washington, n’ont pas appuyé la question de l’agenda, pour qu’elle ne soit pas, de son point de vue, un motif pour les groupes terroristes d’accentuer leurs opérations contre les Iraqiens et les nouvelles institutions.

Parce que la construction des institutions sécuritaires n’est pas achevée et l’activité des groupes de violence a augmenté, le recours à la présence étrangère pour un certain temps peut être compréhensible. Mais le plus important est que les Iraqiens eux-mêmes tentent de reconstruire un Iraq uni. C’est là la seule issue aux problèmes de sécurité et de terrorisme d’abord, puis à la reconstruction du pays.

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