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Mohieddine, candidat à la présidence
Mohamed Sid-Ahmed

En ce qui concerne les prochaines élections présidentielles, la gauche égyptienne hésitait entre deux choix.

Soit s’engager avec détermination dans le combat en rassemblant toutes ses forces, soit boycotter totalement le scrutin, partant du principe de la protestation contre les conditions du combat, considérées comme répressives. Quant à un éventuel troisième choix, c’est-à-dire l’adoption d’une position négative ou d’indifférence, ce ne serait qu’un « suicide politique ». Disons donc que ce qui serait contraire à la participation aux élections n’est pas la non-participation, mais le boycott total. Certains peuvent considérer ces idées comme allant à l’encontre de la démocratie. Or, la démocratie existe ou n’existe pas. Elle est indivisible. Soit ses règles sont appliquées à tous, soit elles ne sont pas du tout prises pour référence.

Le parti du Rassemblement a opté pour le premier choix, tout en reconnaissant que les règles du jeu ne sont pas en sa faveur. En effet, il n’est pas question ici de satisfaire des fins personnelles ou de réaliser les ambitions d’une classe déterminée, mais il s’agit de s’engager dans un combat au nom de la gauche égyptienne et de ses partisans, comme substitut au programme proposé par le pouvoir, en accélérant la démocratie et en polarisant le mécontentement pour le transformer en énergie positive.

La date de la visite effectuée la semaine passée par le président russe, Poutine, en Egypte n’est pas un hasard. En effet, aucun président russe n’avait visité l’Egypte depuis la visite de Kroutchev en 1964 à l’occasion de l’inauguration du Haut-Barrage.

Ce n’est pas par hasard que Poutine visite l’Egypte, alors que de nombreux pays du tiers-monde fêtent le jubilé d’or de la conférence de Bandung, point de départ de nombreux mouvements de libération nationale en Afrique et en Asie, après la seconde guerre mondiale.

A la suite des attaques du 11 septembre 2001, il semblait que le troisième millénaire commençait avec une défaite fatale de la gauche dans le monde.

 


Multiples expériences

Khaled Mohieddine, la figure historique de la gauche égyptienne, avait une expérience hâtive dans la défense de la démocratie, qui a atteint son apogée en 1954. A cette époque, ceux qui lèvent aujourd’hui le slogan de la démocratie s’y opposaient fermement. Quant à Khaled, il avait appelé au retour des officiers de l’armée à leurs casernes pour céder le pouvoir à ce qui est aujourd’hui appelé « la société civile » et les organisations non-gouvernementales. A ce propos, il avait pris le parti de Mohamad Naguib contre Gamal Abdel-Nasser et les membres du Conseil de commandement de la révolution. Et le conseil avait alors pris la décision de l’exiler à l’étranger.

Très tôt, Khaled avait adhéré au mouvement de paix. Il était parmi les premiers à fonder des relations avec des parties israéliennes qui n’ont jamais cessé de s’opposer à leurs gouvernements sionistes et aussi de réclamer un règlement pacifique et juste du conflit, tout en condamnant fermement le terrorisme.

En temps qu’homme de paix, Khaled s’est toujours opposé aux armes de destruction massive pour un Proche-Orient exempt d’armes nucléaires. A ce propos, il avait pris le parti des politiques du président Moubarak sans aucune restriction.

Khaled Mohieddine est un croyant pratiquant qui prie et jeûne même quand il est à l’étranger. Il s’est enrichi de la culture marxiste et croit au socialisme scientifique. Ceci ne signifie pas qu’il appuie toute action effectuée au nom du socialisme. Il avait fortement condamné l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique. Il a ensuite été prouvé qu’il avait tout à fait raison. Rares sont les Egyptiens qui ont pratiqué une pareille variété d’activités qui leur attribue, comme Mohieddine, le respect, le sérieux et la crédibilité.

Remarquons que le Rassemblement est l’unique parti égyptien d’opposition (à part le Wafd qui est un parti d’opposition partant d’un principe libéral) dont le titre ne contient pas le mot « socialisme », bien qu’il adopte le « socialisme scientifique ». Ceci ne signifie pas un renoncement au socialisme en tant que doctrine. Il serait donc incorrect de faire croire à tous que les objectifs actuels du parti sont « socialistes ».


Qu’en est-il de « Kéfaya » ?

Qu’en est-il du mouvement spontané « Kéfaya » (Ça suffit) ? Ce mouvement est une provocation. Il se résume en un cri ! Par un mot, il exprime un état de refus, de mécontentement, de protestation.

Pour l’homme de la rue, ce sont de simples slogans, alors que c’est une action se basant sur des analyses compliquées et des études approfondies de la société.

Donc, le choix de Khaled Mohieddine en tant que candidat à la présidence au détriment de Réfaat Al-Saïd n’est pas fait pour minimiser l’importance de ce dernier. Mais c’est une façon de distribuer le travail loin des ambitions personnelles, c’est un exemple à suivre. Khaled, le leader du parti et qui fait aussi figure de sage du parti, jouit d’une large popularité et d’un grand respect à l’extérieur du parti.

Quant à Réfaat, il a une grande capacité à stimuler le parti et à mobiliser au mieux son énergie, de façon à servir et non à handicaper la campagne électorale. Réunir les avantages de ces deux figures crée un climat favorable pour répondre aux ambitions d’une nouvelle génération de jeunes qui s’engagent pour la première fois sur le champ politique dans des conditions très précaires .

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