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Politique. Les nouvelles démissions de membres du parti Al-Ghad (Demain) ont été interprétées comme un signe de déclin de la formation. Pourtant, rien ne confirme cette théorie.

Al-Ghad perd en noms mais gagne en nombre

Après la démission collective d’une quarantaine de membres en mars dernier, plusieurs grandes figures viennent à leur tour de quitter le parti Al-Ghad. Ce qui menacerait d’effritement cette jeune formation présidée par le député Aymane Nour. Dans cette vague de départs figurent cette fois-ci de grands noms comme Mohamad Farid Hassanein, Raafat Khaled et Mahmoud Al-Chazli. Toutefois, les responsables du parti restent imperturbables. « Le parti ne fait l’objet d’aucune agitation, il s’agit de démissions individuelles », insiste Ragab Hilal Hémeida, président adjoint du parti Al-Ghad. Et d’ajouter : « Il y a des gens qui décident d’adhérer à un parti sans prendre le temps de bien étudier son idéologie. Avec la pratique, ils découvrent que la politique du parti se heurte à leurs tendances politiques et ils décident de s’en aller. C’est très normal pour un nouveau parti politique ». C’est le cas par exemple du député Mahmoud Al-Chazli, qui a présenté sa démission au lendemain de la relaxe d’Aymane Nour, accusé de fraude. « Al-Chazli a des tendances étrangères à l’esprit du parti. Il y a adhéré non pour offrir quelque chose au parti, mais pour servir ses relations avec le parti au pouvoir. On le savait depuis le premier jour, mais on ne peut interdire à quiconque de rejoindre notre parti. On s’attendait à ce qu’il s’en aille un jour ou l’autre », annonce Hémeida. Une accusation catégoriquement rejetée par Al-Chazli, qui affirme qu’il ne s’agit que de mensonges. « Je ne courtise personne et mon histoire le prouve. Quand Aymane Nour était en prison, moi j’étais le mur protecteur du parti. Si j’avais eu d’autres objectifs, cela aurait été l’occasion de détruire l’édifice. Mais j’ai tout fait pour resserrer les rangs en attendant que Nour soit libéré pour clarifier les positions des uns et des autres et j’ai donné ma démission lors de la réunion du conseil du parti ». Al-Chazli explique sa démission simplement par le fait qu’il n’était pas « en phase avec l’idéologie du parti ». Une idéologie qui, selon lui, manque de consistance. En effet, certains membres du parti étaient également membres du Centre des droits de l’homme Ibn Khaldoun présidé par Saadeddine Ibrahim, un Egypto-américain qui a été emprisonné pour avoir publié des rapports « portant atteinte à la réputation de l’Etat ». Al-Chazli aurait demandé à ces membres de choisir entre le parti Al-Ghad et le Centre Ibn Khaldoun, et à Aymane Nour de publier un communiqué officiel rejetant tout soutien moral des Etats-Unis. Il croyait fermement au fait qu’il valait mieux compter sur le soutien populaire et s’adresser au peuple égyptien pour défendre la cause du parti. « Mais les autres pensaient que vu les pressions exercées sur le parti, on ne pouvait pas compter sur la réaction de la rue qui risquait de tarder », regrette-t-il. Quant aux démissions en bloc de 41 membres dans le gouvernorat de Qalioubiya, au lendemain de l’arrestation d’Aymane Nour, Ragab Hémeida estime qu’elle est due à la peur de ceux qui croyaient que le parti Al-Ghad était « comme les autres partis où l’on travaille sans se confronter à la réalité de la vie ». Et d’enchaîner : « Si l’on considère le nombre de démissions — entre 45 et 50, y compris ceux de Qalioubiya — par rapport aux membres fondateurs qui sont au nombre de 5 000, on découvre que c’est une proportion infime. Rien qu’en avril, entre 15 000 et 20 000 personnes ont présenté des demandes de candidatures au parti qui compte aujourd’hui près de 400 000 membres ! ».

Wahid Abdel-Méguid, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, estime que ces démissions ont pris plus d’ampleur qu’elles ne le méritaient. « Un nouveau parti a besoin de grands noms ayant une histoire et une popularité dans le monde politique. Quant aux démissionnaires, ils n’avaient joué aucun rôle majeur dans la fondation du parti, tout ce qu’ils voulaient, c’était occuper des postes de direction, et ils sont partis à la première confrontation avec le pouvoir », analyse Abdel-Méguid. Pour lui, l’avenir du parti dépend d’une toute autre chose. « S’il n’est pas été décidé de priver par décision de justice Aymane Nour de toute activité politique, le parti Al-Ghad aura un rôle important à jouer dans la vie politique égyptienne ». Demain nous le dira .

Chérif Albert

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